Semaine noire dans les relations entre les Canaries et l’État
Les critiques du gouvernement régional des Canaries envers la gestion de l’exécutif précédent, issu du « pacte des fleurs », ont ouvert une séquence de désaccords que le PSOE a répondu en niant toute irrégularité et en défendant la continuité des projets hérités. Les différends sur le traitement réservé aux îles concernant le « décret Canaries » – alors que celui des Catalans de Junts est accepté –, les manœuvres de l’État sur les aides à La Palma, la répartition des subventions Covid non justifiées, la distribution des mineurs migrants ou l’exclusion de l’archipel du sommet avec le Maroc ont débouché sur un feu croisé politique qui annonce une campagne électorale difficile. Dans ce paysage pré-électoral, Fernando Clavijo (CC) et Ángel Víctor Torres (PSOE) se profilent à nouveau comme les principaux prétendants à la présidence du gouvernement régional en 2027, avec Manuel Domínguez (PP) également en lice.
Le « décret Canarias », un dossier qui stagne
Le contraste entre la rapidité avec laquelle le gouvernement central tente de finaliser ses accords avec Junts – qui dispose de sept voix au Congrès – et la lenteur des engagements envers les Canaries a de nouveau tendu les relations institutionnelles. L’exécutif régional déplore que les dossiers en suspens de l’archipel ne reçoivent pas la même attention que ceux pactés avec la formation catalane, alors que certains avaient été signés par le PSOE et le PP lors de mandats précédents. Sur la même ligne, la porte-parole de Coalition Canaria (CC) au Congrès, Cristina Valido, exige que le « décret Canarias » ait le même niveau de priorité.
Les demandes de l’archipel sont en négociation pour être approuvées par un décret-loi, compte tenu de l’instabilité du gouvernement et de l’absence de budget de l’État. Valido avertit que le « décret Canarias » doit être finalisé avant le début de la prochaine session parlementaire, en février, faute de quoi son parti révisera sa position parlementaire ; c’est-à-dire qu’il conditionnera son vote au Congrès, où le gouvernement peine à obtenir des majorités au milieu des affaires de corruption. Fernando Clavijo a été très direct dans son analyse de la situation politique du pays : « Les choses commencent à se gâter en Espagne, avec un exécutif qui gouverne sans le soutien du législatif et une remise en question continue du pouvoir judiciaire ». À ses yeux, « cette législature n’est pas une législature normale, sans budget, avec un climat d’irritation et de tension dans les chambres sans précédent ». Clavijo a donc recommandé à Pedro Sánchez qu’« au lieu de faire le fier, il demande pardon et convoque des élections ou un vote de confiance ».
Un traitement inégal sur la gestion des excédents
Le décret-loi approuvé cette semaine par le Conseil des ministres pour permettre aux communautés autonomes et aux municipalités d’utiliser leur excédent a été perçu aux Canaries comme une nouvelle preuve du traitement inégal de l’État envers les îles. La mesure, impulsée également pour s’assurer le soutien de Junts au Congrès, a provoqué un malaise au sein de l’exécutif régional, qui dénonce une double pénalisation. La conseillère aux Finances, Matilde Asián, a exprimé sa « perplexité » en rappelant que, tandis que le reste des autonomies pourra destiner 100 % de son excédent à des investissements durables, les Canaries ne pourront en utiliser que 30 %, car les 70 % restants doivent être employés à la reconstruction de La Palma.
Il y a à peine une semaine, le gouvernement central avait autorisé l’exécutif régional à utiliser sa propre réserve à cette fin, alors qu’il lui devait encore 100 millions d’euros engagés. « Nous avons accepté, comme un moindre mal, de mettre notre argent, mais nous constatons maintenant qu’un autre décret ne nous laisse que 44 millions à investir, alors que le reste des communautés peut utiliser la totalité de son excédent », a-t-elle critiqué.
Le contentieux des aides Covid et l’ombre de La Palma
Le débat sur les aides Covid a rouvert un autre front entre le gouvernement actuel et le précédent. Durant la dernière législature, le ministère régional de l’Économie – alors dirigé par Elena Máñez (PSOE) – a géré 1,231 milliard d’euros de subventions aux entreprises canariennes pour faire face aux effets de la pandémie. Quatre ans plus tard, l’exécutif de Fernando Clavijo en affronte les conséquences, avec 3 000 dossiers ouverts pour des fonds non justifiés et l’exigence de l’Union européenne de rembourser 100 millions avant août 2026. Elena Máñez a répliqué au vice-président et conseiller à l’Économie, Manuel Domínguez, qu’« il mélange deux questions distinctes » et a défendu que l’exécutif précédent « avait résolu avec l’État le mécanisme pour payer les aides judiciaires et respecter la légalité avec rapidité et transparence ».
Exclues du sommet avec le Maroc, les îles s’indignent
À la tension économique s’ajoute la friction diplomatique ouverte par le nouveau sommet bilatéral entre l’Espagne et le Maroc, tenu à Madrid jeudi dernier sans la présence des Canaries, malgré les demandes répétées de l’exécutif régional pour participer, au moins en tant qu’observateur. Sa présence a été refusée, et cette absence s’est soldée par un appel du ministre José Manuel Albares à Fernando Clavijo, dans lequel le chef de la diplomatie a assuré qu’« on n’a pas parlé des Canaries » lors de la réunion. Une explication qui a suscité la stupéfaction du gouvernement régional et de la CC, qui jugent incompréhensible d’exclure l’archipel d’une rencontre où Pedro Sánchez a réitéré son soutien au plan d’autonomie du Maroc sur le Sahara occidental, dans un contexte où les Canaries, en tant que territoire frontalier, sont directement affectées par la délimitation des eaux, la gestion de l’espace aérien et les flux migratoires.
L’immigration, un désaccord permanent
Précisément en matière d’immigration, les désaccords entre les Canaries et l’État sont constants. Le gouvernement régional accuse Madrid de ralentir le transfert des mineurs migrants non accompagnés, non seulement de ceux qui demandent l’asile, mais aussi de ceux qui arrivent dans les îles et qui devraient être transférés dans un délai de 15 jours. Ironie du sort, l’un des jeunes déjà transféré sur le continent a dû retourner aux Canaries après le rejet de sa demande d’asile, un précédent que l’exécutif régional craint de voir se répéter et aggraver la saturation du système d’accueil.

