La mairie d’Arona annonce faire appel
La mairie d’Arona, dans le sud de Tenerife, a annoncé son intention de faire appel de la sentence qui exempte de procédure d’évaluation environnementale le promoteur d’un des projets urbains envisagés sur la Montaña de Guaza, un site classé monument naturel. L’élu à l’Urbanisme, Javier Baute, l’a confirmé à notre rédaction.
Un jugement en faveur du promoteur
Le Tribunal Supérieur de Justice des Canaries (TSJC), dans un arrêt notifié le 14 novembre, a donné raison à l’entreprise madrilène Metrovacesa face à la municipalité. Cette dernière soutenait que l’évaluation environnementale était une pièce clé pour autoriser la résidence ‘Gara’, prévue sur un terrain concerné par le réseau Natura 2000, un instrument de l’Union européenne pour préserver la biodiversité. Ce jugement peut faire l’objet d’un pourvoi en cassation devant le Tribunal suprême dans un délai de 30 jours.
Les craintes des défenseurs de l’environnement
Dans cette optique, l’Association Tinerfeña des Amis de la Nature (ATAN) souligne dans un communiqué que si la mairie ne fait pas appel, “la sentence deviendra définitive et la protection effective de la Montaña de Guaza sera gravement affaiblie”. Selon l’association, cela ouvrirait la porte à de nouvelles constructions dans un site protégé par l’Europe.
Le différend sur la procédure environnementale
La mairie d’Arona a expliqué que ce permis de construire était resté en suspens et avait fait l’objet d’un contentieux parce que la municipalité estimait ne pas pouvoir l’autoriser sans la procédure préalable d’évaluation environnementale, la parcelle étant concernée par Natura 2000. “La partie requérante ne partage pas ce critère et a saisi la juridiction contentieuse administrative”, ont ajouté les services municipaux.
Les arguments juridiques du tribunal
L’arrêt du TSJC conclut que la législation nationale, en particulier la Disposition Additionnelle Septième de la Loi sur l’Évaluation Environnementale, permet de se passer de l’évaluation environnementale lorsque le plan de gestion de l’espace naturel lui-même, en l’occurrence les Normes de Conservation du Monument Naturel de la Montaña de Guaza (2008), prévoit l’action comme un “usage autorisé” de l’espace. Le tribunal estime que la mairie d’Arona n’a pas fourni “une explication minimalement acceptable” des raisons pour lesquelles cette Disposition Additionnelle ne devrait pas s’appliquer.
Les détails du projet immobilier Gara
Le projet consiste en la construction de 28 logements, quatre locaux commerciaux, des débarras, des garages et une piscine communautaire sur la parcelle 15-2. D’une superficie de 3 200 mètres carrés, elle est située sur l’un des versants de la montagne de Guaza, déclarée Monument Naturel pour ses valeurs environnementales et historiques, et à proximité du noyau touristique et résidentiel de Palm-Mar.
Une unique étude environnementale commandée par le promoteur
Dans le dossier du projet, consulté par notre rédaction, ne figure pour l’instant qu’un seul document environnemental, commandé par le promoteur à Bejeque Medio Ambiente. L’étude conclut que la résidentialisation “n’aura pas d’effets significatifs sur l’environnement” à condition que soient respectées à la fois les mesures environnementales proposées dans ce document et celles qu’établira l’autorité environnementale compétente.
Travaux, stabilisation et restauration d’habitat
Selon cette étude, les actions prévues par Metrovacesa sur la Montaña de Guaza se divisent en trois blocs : les travaux pour ériger le bâtiment Gara, les opérations de stabilisation du talus (incluant la pose d’un filet et l’utilisation de béton) et la restauration de l’habitat de l’espèce *Pimelia canariensis*, un coléoptère en danger d’extinction. Cela provoquera une affectation collatérale sur l’espace protégé de 1 648,947 mètres carrés.
Un site d’importance majeure pour la faune
Dès ses premières pages, le rapport souligne qu’en raison de l’occupation directe du projet sur cette surface protégée, une atteinte notable aux sites Natura 2000 et au Réseau Canarien des Espaces Naturels Protégés peut se produire. “Les mesures préventives et correctrices doivent être renforcées pour éviter les effets directs et indirects sur la Zone de Protection Spéciale pour les Oiseaux (ZPS) enregistrée sur le lieu”, indique l’étude, qui rappelle également que le projet se trouvera à 125 mètres de la Zone Spéciale de Conservation (ZSC) Teno-Rasca.
Ce site a été distingué par la catégorie ZPS car il constitue l’une des meilleures zones pour les oiseaux des steppes de Tenerife et abrite certaines colonies d’oiseaux marins comme le Bouvreuil trompeteur, le Puffin cendré, le Pétrel de Bulwer ou le Balbuzard pêcheur, ce dernier étant en danger d’extinction. La Montaña de Guaza est aussi l’habitat du lézard géant de Tenerife, un autre animal menacé de disparition.
Le coléoptère, espèce la plus impactée
La documentation environnementale du projet de Metrovacesa conclut que l’espèce la plus affectée par les travaux sera la *Pimelia canariensis*. Le Ministère de la Transition Écologique du gouvernement des Canaries, autorité responsable de la protection des espèces ainsi cataloguées, a autorisé en 2019 l’entreprise à exécuter des mesures préventives et des actions pour sauvegarder cet animal.
Le document du gouvernement régional prévoit la prospection et la capture de l’espèce par des spécialistes, en recherchant tous les spécimens possibles par le retournement des pierres, des fouilles dans la végétation et dans d’autres refuges existants comme des bouteilles et des canettes abandonnées. Les coléoptères capturés seront maintenus en captivité dans des terrariums de grande taille jusqu’à la fin des travaux de prospection de la parcelle. Ensuite, les spécimens seront relâchés dans le reste du Monument Naturel par groupes de cinq ou dix. Pour finir, l’entreprise devra restaurer l’habitat afin de reproduire les conditions environnementales les plus adaptées à la *Pimelia*.


