De la ferme canarienne à la table
La fièvre de l’avocat inonde les cartes des cafés, où il ne reste plus une tartine sans une touche verte et crémeuse. Pourtant, la réglementation de l’archipel interdit l’importation de ce fruit et d’autres produits végétaux. Malgré les sanctions et le danger de propager de nouvelles pestes, de plus en plus de personnes en introduisent depuis des pays tiers et depuis l’Espagne continentale via les aéroports. Cette pratique irrégulière est en hausse constante.
Des saisies qui ont triplé en un an
Rien que dans les contrôles douaniers des passagers en provenance de pays hors Union européenne (UE), le nombre de kilos confisqués a été multiplié par trois par rapport à 2024. Depuis le début de l’année, 154 saisies ont été effectuées pour un total de 805 kilos requis. La réglementation européenne n’impose des contrôles douaniers que sur les bagages des passagers arrivant de l’extérieur de l’UE, y compris ceux en transit. C’est à l’issue de ces inspections que l’on constate l’augmentation du volume de “l’or vert” ayant touché le sol canarien.
En 2024, 57 inspections avaient permis de récupérer 255 kilos. Cette année, le nombre s’élève à 154 inspections et 805 kilos. Ce chiffre pourrait être encore plus important si l’on considère que l’importation peut aussi provenir des valises des voyageurs en provenance d’Espagne continentale ou des ressortissants de pays membres de l’UE, qui ne subissent pas de contrôle frontalier systématique.
Octobre, mois record des saisies
Les mois avec le plus d’interventions cette année ont été octobre, avec un total de 45, et septembre, avec 27. Le cas le plus notable s’est produit précisément le 12 octobre, lorsqu’un passager arrivé à Tenerife depuis le Venezuela s’est vu confisquer 30 kilos d’avocats, 17 kilos de noix de coco et une tige d’avocatier. Dans ce genre de situation, la procédure consiste à retirer les produits et à les détruire ensuite par congélation dans des armoires fournies par les services de santé.
Le visiteur a affirmé que la marchandise était pour sa consommation personnelle. D’un point de vue douanier, il s’agissant d’une marchandise dont l’entrée est interdite aux Canaries, cela pourrait relever de la contrebande. Cependant, dans les cas de voyageurs transportant quelques avocats dans leur valise – comme cette fois-ci –, l’intention frauduleuse n’est généralement pas retenue. En effet, le but est souvent de consommer des produits de grande qualité, comme ces fruits tropicaux et subtropicaux originaires d’Amérique latine, ou de continuer à déguster un fruit, comme l’avocat, à un prix inférieur, puisqu’il peut atteindre jusqu’à 15 euros le kilo dans l’archipel.
Une demande explosive et des conséquences indésirables
La consommation d’avocat a connu un essor notable ces dernières années, accompagnée d’une demande élevée qui, selon Juan Ramón Rodríguez, directeur général de l’Agriculture du gouvernement des Canaries, “donne lieu à ces circonstances indésirables”. Il ne s’agit plus seulement d’importations depuis des pays tiers, puisque depuis un certain temps, les agriculteurs dénoncent également des vols d’avocats dans leurs propres exploitations. Rodríguez met en garde : “Ceux qui commercialisent ensuite ce produit doivent savoir que c’est un risque. Ils ne connaissent pas les produits avec lesquels cet avocat a été traité.”
Des prix locaux élevés face à une production limitée
Quand l’offre ne parvient pas à couvrir la demande, les prix flambent. Face à ce scénario, les agriculteurs se sont mis au travail depuis un moment et l’archipel a enregistré une augmentation des surfaces consacrées aux cultures subtropicales comme la papaye, la mangue et l’avocat. La superficie déclarée d’avocatiers aux Canaries est de 2 560 hectares. Bien que les rendements par unité de surface soient très instables – dépendant de plusieurs facteurs comme les conditions environnementales – la production oscille entre 9 500 et 10 000 kilos par hectare.
Cette capacité de production limitée, ainsi que le manque de concurrence, se reflètent dans les prix. Dans les supermarchés des îles, l’avocat peut atteindre 15 euros le kilo, alors qu’en Espagne continentale, il dépasse généralement rarement les cinq euros.
Un bouclier réglementaire pour protéger l’agriculture locale
La réglementation en vigueur protège le produit local en interdisant l’entrée de fruits et produits végétaux dans l’archipel, quelle que soit leur origine. L’objectif est d'”établir un bouclier pour éviter l’entrée de pestes qui sont ensuite très difficiles à éradiquer”, explique Rodríguez, dans un contexte où les produits importés pourraient non seulement introduire de nouvelles maladies, mais aussi mettre en danger la santé des consommateurs car “nous ignorons les produits phytosanitaires qui ont été utilisés dans d’autres pays”.
Parallèlement, les restrictions visent à protéger le produit local, qui “n’est pas capable de rivaliser quantitativement avec le produit extérieur”, mais qui le peut en termes de qualité, une qualité “qui a été vérifiée par des organismes d’audit externes à l’agriculteur”.


