Une autorisation controversée pour le projet Cuna del Alma
Le gouvernement des Canaries a autorisé la promotrice du projet touristique controversé Cuna del Alma, situé à Puertito de Adeje dans le sud de Tenerife, à occuper la zone de servitude du littoral. L’objectif est d’y construire une piscine à ciel ouvert et un restaurant, éléments clés de cette urbanisation de luxe très débattue. La justification avancée par l’exécutif régional est que cette action est « convenable pour le modèle économique canarien basé sur le tourisme ». Cette information émane d’une résolution de la Direction des Côtes et de la Gestion de l’Espace Maritime Canarien, consultée par Canarias Ahora.
Un revirement administratif en faveur du promoteur
Cet organisme, qui dépend du ministère régional des Travaux Publics, du Logement et de la Mobilité dirigé par Pablo Rodríguez (Coalition Canarienne), a finalement adopté les arguments de la promotrice. Pourtant, un rapport interne reconnaissait dès juillet 2024 que ces deux bâtiments (ainsi que d’autres équipements de loisirs du complexe, comme un parking pour buggies) pourraient avoir un autre emplacement en dehors de la bande de protection côtière, où les usages sont très restreints. Le rapport indiquait également qu’ils ne rendent pas un service nécessaire ou convenable au domaine public maritime-terrestre.
Malgré cela, des mois plus tard, le promoteur, la société Segunda Casa Adeje SL, a présenté des arguments contraires. Il a d’abord soutenu que la piscine trouvait sa place en zone de servitude sous le concept juridique d’« installation sportive découverte ». Ensuite, il a affirmé que le restaurant était également convenable pour offrir des services de restauration sur la plage de Puertito de Adeje, qu’il juge trop petite et incapable de répondre à la demande estivale. « Les équipements existants sont manifestement insuffisants pour fournir un service de restauration proportionné à la demande inhérente à la plage », a plaidé l’entreprise, estimant donc « convenable » d’inclure les équipements proposés pour offrir un meilleur service au domaine public.
Feu vert officiel en janvier 2025
Le gouvernement canarien lui a rapidement donné raison. Le 30 janvier 2025, le directeur des Côtes et de la Gestion de l’Espace Maritime, Antonio Acosta, a autorisé les travaux de Cuna del Alma sur la parcelle T2 du plan, à usage touristique. Cette parcelle s’étend sur environ 45 000 mètres carrés, dont 5,25 % (soit près de 2 400 m²) se trouvent dans la bande de protection du littoral. Acosta a repris point par point l’argumentaire du promoteur, invoquant aussi d’autres résolutions qui s’abritent derrière « l’importance du tourisme pour l’économie canarienne », les équipements de restauration étant « très importants pour les loisirs pratiqués sur la côte et les plages tout au long de l’année ».
Une décision au cœur de la bataille judiciaire
Cette résolution des Côtes a d’ailleurs été l’une de celles utilisées il y a quelques semaines par la magistrate du tribunal d’instance numéro 1 d’Arona pour classer l’affaire pénale contre Cuna del Alma. La juge a considéré que les différentes actions constituant le projet polémique disposaient des autorisations administratives pertinentes pour continuer. Cependant, le parquet a fait appel de ce classement, remettant précisément en cause l’autorisation concernant l’occupation de la zone de servitude.
Pour le ministère public, il semble difficile d’affirmer que la piscine et le restaurant ne peuvent pas avoir un autre emplacement, ou qu’ils rendent service à l’usage du domaine public maritime-terrestre. Le parquet a demandé aux services des Côtes le dossier complet de cette résolution ainsi qu’une expertise indépendante pour analyser si les deux constructions respectent les critères légaux, pourtant stricts, autorisant leur édification dans cette bande côtière.
Le long et tortueux parcours administratif
Le parcours de la procédure d’autorisation pour cette parcelle résume en partie le chemin controversé de Cuna del Alma jusqu’à présent. La promotrice avait sollicité ce permis auprès de l’exécutif régional en février 2022, une petite partie du terrain étant en zone de servitude. À l’époque, le décret 171/2006 était en vigueur dans l’archipel, stipulant qu’un silence de l’administration pendant plus de six mois équivalait à une acceptation (silence administratif positif). Le délai pour répondre a expiré le 23 mai 2023 : la promotrice a ainsi obtenu un feu vert implicite, sans réponse explicite.
Un an plus tard, en 2024, le gouvernement canarien a abrogé ce décret et en a approuvé un nouveau (45/2024), qui a inversé le sens du silence administratif, le passant de positif à négatif pour ce type de démarches. L’objectif annoncé était d’empêcher que des facultés affectant le domaine public et pouvant endommager gravement l’environnement ne soient transférées par ce biais. Le gouvernement suggère ainsi que l’ancienne réglementation a pu nuire au littoral.
Pourtant, au cours de l’été 2024, la Direction générale des Côtes s’était prononcée pour la première fois sur la demande via un rapport technique. Ce document pointait déjà que les usages proposés (piscine, restaurant, parking) pouvaient avoir un autre emplacement et ne rendaient pas un service nécessaire au domaine public. Il relevait aussi que certains murs de soutènement dépassaient la hauteur réglementaire de trois mètres.
La thèse du promoteur finalement entérinée
La promotrice a contesté ces conclusions. Elle a défendu la légalité du silence positif obtenu, justifié la conformité des travaux (en citant une jurisprudence sur les restaurants comme compléments aux plages) et assuré avoir corrigé la hauteur des murs. En janvier 2025, le chef du service de l’Aménagement du Littoral Oriental, Valeriano Díaz, a signé un rapport juridique proposant d’autoriser l’occupation, reprenant la thèse de Segunda Casa Adeje SL. Il a aussi estimé qu’il fallait veiller à ce que « les plages des Canaries soient équipées de ce type de services », ouverts à la fois à la clientèle du complexe et au public.
Cette position a prévalu, aboutissant à l’autorisation formelle du 30 janvier 2025, avec un délai d’exécution de deux ans. Cependant, les mouvements de terre dans cette zone protégée pour Cuna del Alma continuent d’être dénoncés par les groupes écologistes. Ils affirment que les problèmes ne se limitent pas à la parcelle T2, mais concernent aussi d’autres zones du projet (T1, CO-4, RD-1 et RD-2), perpétuant ainsi la controverse entre développement touristique et préservation du littoral.


