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Tenerife, plateforme financière d’un réseau de narcotrafic démantelé

Un réseau criminel international démantelé, son cœur financier à Tenerife

L’Audience Nationale espagnole a mis un terme à une procédure judiciaire d’une extraordinaire complexité, dévoilant une organisation criminelle dédiée au narcotrafic international. La gestion économique, patrimoniale et sociétale de ce réseau se concentrait de manière très significative à Tenerife, à travers un entremêlement d’entreprises utilisées pour intégrer et déplacer d’importantes sommes d’argent. Le verdict rendu public ce lundi, après le procès qui s’est tenu en octobre dernier, impose de lourdes peines de prison, des amendes millionnaires et la confiscation de biens à quinze personnes, confirmant l’existence d’une structure entrepreneuriale utilisée comme instrument de blanchiment de capitaux.

Des peines sévères pour une organisation familiale

Le haut tribunal a prononcé un total de 84 ans et cinq mois de prison et une amende s’élevant à 13 190 767,67 euros. Les arrestations ont eu lieu entre 2011 et 2012 à La Orotava, Los Realejos, Puerto de la Cruz, Adeje (Tenerife), ainsi qu’à Malaga et Madrid. Le chef de l’organisation et ses parents, qui étaient à la tête des sociétés commerciales basées à Tenerife, avaient fui en Italie mais y ont été arrêtés puis extradés vers l’Espagne.

Le tribunal a déclaré prouvé que le chef du réseau a non seulement participé directement à des opérations de trafic de cocaïne d’une importance notoire, mais a également conçu et dirigé une structure entrepreneuriale stable destinée à blanchir d’énormes quantités d’argent. Pour ces faits, il a été condamné à un total de 21 ans et un jour de prison, en plus d’amendes dépassant les huit millions d’euros. La sentence souligne que, bien qu’il n’apparaissait pas formellement comme administrateur dans de nombreux cas, le chef exerçait le contrôle effectif des sociétés, apportait les fonds, décidait des investissements et agissait comme garant personnel de la majorité des prêts hypothécaires.

Ludofin S.L., une société écran à Puerto de la Cruz

Une des pièces fondamentales de ce montage fut Ludofin S.L., société domiciliée à Puerto de la Cruz et constituée en 2006. À l’origine, le chef détenait 70 % du capital social et sa compagne les 30 % restants. Par la suite, cette participation est passée entre les mains de la mère du principal accusé. Bien que l’entreprise avait formellement un objet social lié à la restauration, l’Audience Nationale indique que son activité réelle a consisté en l’octroi de prêts privés (pour un montant total de 328 000 euros) et en l’acquisition d’immobilier et de véhicules haut de gamme, des opérations incompatibles avec les revenus déclarés. Le leader du réseau a agi comme représentant lors des achats, a signé les contrats et a personnellement garanti les prêts hypothécaires.

Cavallino Import et BMax1 Games, d’autres maillons de la chaîne

Outre Ludofin, le chef a utilisé Cavallino Import S.L., domiciliée à Los Realejos. Cette société, initialement dédiée au commerce de détail de chaussures, a d’abord été administrée par son père, puis par sa mère. Le jugement atteste que Cavallino Import S.L. a été employée pour l’achat-vente répété de biens immobiliers et de véhicules, avec des opérations qui dans de nombreux cas n’apparaissaient pas dans la comptabilité et qui incluaient des paiements en espèces. Le père du chef de l’organisation a été condamné à quatre ans et sept mois de prison pour blanchiment ; il a agi comme administrateur formel et prête-nom, sans disposer de revenus suffisants justifiant le volume d’opérations réalisées.

L’entremêlement entrepreneurial s’est complété avec BMax1 Games S.L., domiciliée elle aussi à Puerto de la Cruz. Cette société n’avait pratiquement aucune activité commerciale ni employés, mais en un court laps de temps, elle a acquis des véhicules haut de gamme, dont certains ont été vendus via des opérations en espèces. L’administration formelle incombait à la mère du chef, tandis que son père figurait comme mandataire et véritable gestionnaire.

Le cercle familial au cœur du dispositif

Le cercle familial le plus proche a joué un rôle central. Le frère du chef a été condamné à quatre ans et sept mois de prison pour blanchiment de capitaux. Il figurait comme administrateur unique d’Azzurra 2005 S.L., une société dédiée à la restauration à La Orotava. Malgré des résultats négatifs déclarés de manière continue, l’entreprise a acquis des véhicules et manipulé des espèces. Dans un entrepôt du restaurant, plus de 14 000 euros préparés pour être remis au chef ont été saisis.

La belle-sœur du chef, associée unique d’Azzurra 2005 S.L., a également été condamnée à quatre ans et sept mois de prison. Tous deux figuraient comme titulaires de biens et de prêts hypothécaires financés par des fonds apportés par le chef. La compagne du principal accusé a également joué un rôle instrumental ; elle a été condamnée à quatre ans et sept mois de prison pour blanchiment. Elle était l’associée initiale de Ludofin S.L. et figurait comme titulaire formelle de biens immobiliers et de prêts hypothécaires à Tenerife, bien qu’elle se trouvât au chômage. Le jugement lui-même rapporte qu’elle a reconnu que les biens avaient été acquis avec l’argent de son mari, qui lui transférait mensuellement les sommes nécessaires pour faire face aux paiements.

Des collaborateurs de confiance et l’activité narcotique hors de l’île

Parmi les personnes de confiance figure un employé de plusieurs des sociétés du réseau. Il a été condamné comme complice de blanchiment et pour détention illicite d’armes. Selon la Chambre, il a agi comme personne interposée, se chargeant de la réception, de la garde et de la remise d’argent liquide provenant d’opérations commerciales et de la vente de véhicules. Une femme, résidant à Puerto de la Cruz, a également été condamnée à trois ans et trois mois de prison pour blanchiment, pour avoir participé à la gestion et à la dissimulation de fonds sans figurer comme administratrice formelle d’aucune entreprise.

Alors que Tenerife fonctionnait comme plateforme économique et patrimoniale, l’activité matérielle du narcotrafic se déroulait en dehors de l’île. La sentence condamne un homme à neuf ans de prison pour sa participation à des opérations d’introduction de cocaïne depuis l’Argentine vers l’Espagne. Deux autres hommes ont été condamnés après qu’un voyage en Colombie pour introduire de la cocaïne en Espagne, dissimulée dans leur organisme, a été prouvé. L’un d’eux a été arrêté à l’aéroport de Madrid-Barajas avec 667 grammes de cocaïne. D’autres personnes, liées par la famille ou l’amitié, ont collaboré avec le réseau dans sa dimension financière externe et ont été condamnées comme complices de blanchiment.

Un cas paradigmatique de criminalité organisée

Au cours de l’opération, 9,7 kilos de cocaïne ont été saisis en différents points, bien que l’enquête ait recueilli des conversations concernant des opérations qui n’ont pu être interceptées ou qui ont échoué. Le verdict a ordonné, outre les peines de prison et les amendes, la confiscation de l’argent, des biens immobiliers, des véhicules et des effets saisis, soulignant que les sociétés analysées manquaient d’une activité réelle suffisante pour justifier le volume de fonds manipulés.

Pour l’Audience Nationale, il a été pleinement prouvé que l’entremêlement sociétaire établi à Tenerife a été utilisé de manière systématique pour dissimuler, transformer et réintégrer dans le circuit légal les bénéfices provenant du trafic de drogue, constituant un cas paradigmatique de criminalité organisée et de blanchiment de capitaux.

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