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Canariens expatriés : la douloureuse facture des billets d’avion

L’angoisse des fêtes pour les Canariens de la diaspora

Chaque Noël, réveillon du Nouvel An ou fête des Rois, c’est la même angoisse pour les Canariens et Canariennes qui vivent sur le continent espagnol et ont perdu le droit au tarif résident, qui bonifie le prix du billet d’avion de 75%. “Les prix ne descendent pas en dessous de 400 euros”, explique Tomás Hernández Lecuona, porte-parole de la plateforme ‘Canarios sin alas’, créée il y a huit ans pour réclamer des solutions face aux prix exorbitants des compagnies aériennes, qui flambent encore plus à certaines dates.

Des tarifs familiaux devenus “inviables”

Lecuona assure que cette situation empire lorsqu’il s’agit de familles vivant hors des Canaries et composées de plusieurs membres, pour qui l’achat de plusieurs billets devient irréaliste. “Si on fait une recherche pour voyager dans l’après-midi de ce mercredi 31 décembre vers Tenerife et revenir le 7 janvier pour une famille de quatre personnes, on tourne autour des 1600 euros. Nous parlons de prix inviables”, insiste Hernández, qui souligne que certaines personnes de la plateforme ont des enfants qui n’ont pas pu voir leurs grands-parents depuis longtemps.

Ces fêtes de fin d’année, la situation est aggravée par le fait qu’une compagnie low-cost comme Ryanair a cessé d’opérer sur certains points d’Espagne, réduisant ainsi l’offre. “Cela a rendu les prix encore plus élevés cette année”, affirme-t-il. Il ajoute qu’acheter un billet sans beaucoup de préavis pour une situation imprévue, comme un décès dans la famille, peut s’avérer très coûteux. “Certaines personnes ont dû payer jusqu’à 800 euros pour se rendre à l’enterrement d’un proche, comme c’est le cas pour l’une des membres de la plateforme, et beaucoup d’autres n’ont tout simplement pas pu faire leurs adieux à un être cher pour des raisons économiques.”

Des solutions politiques au point mort

La plateforme, active depuis huit ans, réclame depuis sa création des formules pour contrer ces prix excessifs. Une des propositions envisagées et particulièrement soutenue par l’ancien gouvernement des Canaries, avec Sebastián Franquis comme conseiller aux Travaux Publics et aux Transports (PSOE), était d’établir des routes sous Obligation de Service Public (OSP). En janvier 2023, les gouvernements central et canarien s’étaient accordés pour qu’expérimentalement, une route aérienne entre la Péninsule et les Canaries soit une OSP afin de contrôler la hausse démesurée des prix.

Cependant, comme le révélait cet été le journal La Provincia, la Commission européenne a fermé la porte à cette possibilité, ainsi que l’a exprimé dans une lettre le directeur général de la Mobilité et des Transports de l’exécutif communautaire, Filip Cornelis. Il signalait alors qu'”il ne semble pas proportionné d’imposer une limite de prix maximum sous forme d’OSP sur les routes concernées”, invoquant le règlement de l’aviation civile qui garantit la liberté des prix. Il ajoutait qu’il est possible d’établir une OSP en cas de défaillance du marché, mais qu’il estimait que ce n’était pas le cas.

Des espoirs reportés sur d’autres mesures

“Canarios sin alas” considérait cette OSP comme une des solutions qui leur avait été promise face aux prix exorbitants qu’ils subissent. Depuis la plateforme, ils soulignent néanmoins essayer de rester optimistes et de chercher d’autres mesures pour aider à pallier le problème. Tomás Hernández souligne que les membres du collectif sont en contact continu avec des représentants du gouvernement des Canaries et avec des parlementaires de différents partis.

“Nous rappelons que les membres de la plateforme ne sont ni des techniciens ni des politiciens ; nous sommes des personnes qui souffrons de cette situation”, ajoute-t-il, précisant que leur seul objectif est que certaines des propositions avancées par les différents partis soient mises en œuvre. “Récemment, par exemple, est apparue l’option du bon de l’État canarien. Ensuite, le président du gouvernement Fernando Clavijo, ainsi que le Parti populaire et le Parti socialiste en son temps, nous ont assuré de la possibilité de subventionner les Canariens aux faibles ressources économiques, pour nous attribuer quelques bons par an afin de ne pas perdre complètement l’attachement et le contact avec nos familles”, affirme-t-il.

“Nous espérons que toutes ces propositions qui nous ont été faites cessent d’être des propositions et deviennent réalité. Nous comprenons que ce n’est pas facile, mais nous espérons que l’année prochaine nous pourrons avoir un certain type d’avancée”, ajoute-t-il.

Un système de subvention remis en question

La Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) avait averti en 2020 qu’après l’augmentation du tarif résident, les compagnies aériennes avaient accru leurs prix. De plus, un rapport de l’Autorité indépendante de responsabilité fiscale (AIReF) concluait que “les 20% de résidents aux revenus les plus élevés concentrent 50% du total de la subvention sur les trajets péninsule-Canaries”.

Selon l’AIReF, le coût pour les non-résidents a augmenté jusqu’à 14% sur les vols entre les îles et la Péninsule, mais le plus frappant est que cette hausse est plus importante sur les vols ayant le plus fort pourcentage de résidents, rompant ainsi la tendance à la baisse des dix dernières années. C’est pourquoi diverses propositions avaient alors été faites, comme “augmenter la sensibilité au prix des passagers résidents avec des actions pouvant aller de l’affichage du prix total du billete avec la bonification, la liquidation de l’aide postérieurement, l’établissement de plafonds au montant bonifiable ou la limitation des concepts bonifiables des billets”, selon la CNMC, ou “une distribution plus égalitaire de la subvention par niveaux de revenu des aides publiques à la mobilité des territoires extra-péninsulaires”, selon l’AIReF.

Suite à divers rapports, certains changements sont intervenus, comme l’obligation pour les compagnies aériennes d’afficher initialement le prix total du billet et seulement après sélection le billet avec le tarif résident des Canaries ou des Baléares. Cette année, la bonification résident de 75% a également été au cœur d’une autre polémique, les compagnies aériennes réclamant des dettes de 720 millions d’euros. L’exécutif central a insisté à tout moment que la bonification était garantie.

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