canaries reinstallation mineurs migrants bloquee

Canaries : la réinstallation des mineurs migrants au point mort

Un processus bloqué et inefficace

La voie ordinaire —conçue pour relocaliser les mineurs migrants non accompagnés qui se trouvaient dans les îles avant la déclaration de la contingence migratoire— n’arrive pas à démarrer, avec tout ce que cela implique : la persistance de la surpopulation dans le réseau d’accueil des Canaries et le risque réel de saturation face à l’arrivée de nouvelles embarcations sur les côtes de l’archipel. Depuis la déclaration de cette situation exceptionnelle le 29 août dernier, seulement 86 mineurs ont quitté les îles via ce mécanisme, pourtant conçu pour soulager la pression sur la communauté autonome.

Des chiffres très loin des objectifs légaux

La procédure avance au compte-gouttes et les chiffres sont insuffisants pour l’archipel, dont la capacité d’accueil —à l’instar de celle de Ceuta et Melilla— est déjà triplée. Le décret royal qui prévoit cette voie ordinaire établit qu’avant le 19 mars, l’État doit relocaliser les mineurs présents dans l’archipel jusqu’à réduire leur nombre à 2 211 jeunes. Selon les données les plus récentes, les Canaries accueillent actuellement plus de 4 500 enfants et adolescents migrants non accompagnés : plus du double de ce que prévoit la loi. Une surcharge qui a des conséquences directes sur le système d’accueil des îles et limite les garanties pour la protection effective des droits des enfants.

Un objectif inatteignable à trois mois de l’échéance

À peine trois mois avant l’expiration du délai prévu, l’objectif semble loin d’être atteint. L’exécutif régional doute que le chiffre puisse être respecté : plus de 2 000 mineurs sont toujours en attente de transfert. Bien que ce nombre puisse varier —beaucoup de jeunes étant sur le point d’atteindre la majorité—, il est peu probable qu’en seulement trois mois, 2 000 transferts soient exécutés. D’autant plus si l’on considère que, depuis l’entrée en vigueur du décret royal il y a neuf mois, on a à peine réussi à faire partir un peu plus de 80 enfants.

Des procédures bureaucratiques et des obstacles politiques

La procédure est difficile à accélérer : de nombreux dossiers ne sont pas encore complets et le parquet doit entendre les jeunes avant d’autoriser leur transfert vers d’autres communautés autonomes. Tout indique que les délais prévus sont difficiles à concrétiser. Le gouvernement des Canaries attribue le faible nombre de départs à la “complexité” des démarches bureaucratiques et aux nombreuses étapes que les mineurs doivent franchir avant d’être relocalisés. S’ajoute un obstacle supplémentaire : les communautés de destination n’ont pas déclaré l’urgence migratoire.

Alors que dans l’archipel cette situation exceptionnelle a été activée il y a deux ans —ce qui permet d’ouvrir des places d’accueil en urgence sans passer par les procédures administratives ordinaires—, les territoires récepteurs ne disposent pas de ce cadre extraordinaire. Cette différence complique l’ouverture de places avec la rapidité que requièrent les transferts, car il n’est pas possible de créer des centres immédiatement ni de les doter du matériel et du personnel nécessaires via des contrats d’urgence. Plusieurs régions de destination —les Baléares, la Communauté valencienne ou l’Andalousie— ont déposé des recours pour bloquer le quota de mineurs qu’elles doivent accueillir, ce qui ralentit encore davantage les déplacements.

Une réforme contestée et un scénario qui ne s’améliore pas

La réforme de l’article 35 de la loi sur l’immigration a été mise en œuvre sans large consensus. Tout indique que, malgré les mécanismes mis en place pour soulager la pression sur les îles, la situation est loin de s’améliorer. Des sources juridiques assurent que la seule possibilité d’équilibrer la situation de la région est d’effectuer un nombre significatif de transferts —ce qui pourrait générer de nombreux préjudices—, ajouté aux mineurs qui atteindront la majorité, ainsi qu’à la poursuite de la baisse des nouvelles arrivées par la route atlantique, qui a connu une réduction de 60% cette année.

Après le 19 mars, la loi continuera de s’appliquer, mais en pratique, avertissent les experts, cela ne représentera pas un changement substantiel par rapport au scénario auquel la communauté autonome est déjà confrontée. Bien que le nombre de mineurs pris en charge aux Canaries —qui avait dépassé les 5 000— ait diminué, la réduction n’a pas été aussi significative qu’espérée.

Un fardeau financier colossal et des reproches envers l’État

La situation préoccupe l’exécutif régional, surtout en raison du coût économique élevé que représente leur prise en charge, estimé à 190 millions d’euros par an. Le chiffre pourrait être encore plus élevé si l’on inclut les dépenses associées aux domaines de la Justice et de l’Éducation, qui ne font pas partie de ce budget. L’effort financier est évident et dans ce contexte, un échange de reproches avec l’État a eu lieu, les Canaries réclamant un plus grand soutien économique.

Le gouvernement régional a souligné la nécessité de bénéficier d’un soutien financier soutenu dans les années à venir, afin de garantir un financement stable et suffisant pour l’accueil des enfants migrants qui arrivent dans les îles sans la compagnie d’un adulte de leur famille. Le nouveau décret royal approuvé par le Conseil des ministres —qui autorise un transfert de 100 millions d’euros destiné à l’accueil des enfants migrants hébergés dans la communauté autonome— ne convainc pas tout à fait le gouvernement canarien, qui a qualifié ces fonds d’arrivés « trop tard et mal ». L’exécutif régional a déjà commencé à analyser le contenu du décret royal et exprime son inquiétude quant au fait que sa validité se limite uniquement au 19 mars 2026. Une date qui coïncide, précisément, avec la fin du délai dont dispose l’État pour relocaliser tous les mineurs via le mécanisme ordinaire.

La volonté des jeunes, un paramètre incontournable

La situation se complique lorsqu’on considère que de nombreux jeunes qui doivent être transférés sont enracinés et ne souhaitent pas quitter l’archipel. L’intérêt supérieur de l’enfant ne peut être déterminé de manière générale, il doit prendre en compte la volonté de chaque jeune. De nombreux mineurs âgés de 16 à 18 ans ont été orientés vers d’autres régions bien qu’ils soient proches de la majorité. Cela génère un scénario dans lequel, une fois devenus adultes et exclus du réseau d’accueil destiné aux mineurs, beaucoup retourneront aux Canaries, où ils disposent de leur réseau de soutien.

Source

Scroll to Top
Share via
Copy link