Une majorité de masse aux lourdes conséquences
Près de 300 mineurs migrants non accompagnés hébergés dans les centres d’accueil des Canaries ont atteint l’âge de la majorité jusqu’à la dernière semaine de 2025. Ce chiffre est même supérieur si l’on tient compte du fait que, chaque 1er janvier, dès le début de la nouvelle année, des centaines de jeunes atteignent officiellement leurs 18 ans. En effet, lorsque leur date de naissance exacte est inconnue, le jour du 1er janvier leur est attribué de manière administrative. Ce scénario ne passe pas inaperçu pour les adolescents et a un impact direct sur leurs vies.
Alors que des centaines de jeunes deviennent majeurs simultanément, le système de protection de l’enfance est confronté au défi d’absorber en un délai très court un volume exceptionnel de nouveaux adultes. À partir de ce moment, ces jeunes doivent poursuivre leur projet migratoire par les voies prévues pour la population adulte, avec un accompagnement réduit et des exigences administratives plus grandes. De plus, ils passent sous la responsabilité exclusive de l’État espagnol, qui doit assumer les coûts liés à l’accueil des migrants adultes.
Une protection qui s’évapore à 18 ans
Les Canaries avaient déjà averti que les jeunes se trouvant dans cette situation devaient avoir la priorité sur toute autre demande, ayant été mineurs sous tutelle. Un argument qui prend encore plus de poids dans le cas des mineurs demandeurs d’asile qui deviennent majeurs. Malgré le franchissement du seuil de l’âge adulte, ils ne devraient pas être exclus du système de protection internationale, d’autant que beaucoup ont eu 18 ans en attendant leur transfert vers l’Espagne continentale pour y poursuivre leur parcours.
En réalité, les retards de l’État dans l’exécution des transferts ont eu des conséquences directes : ces jeunes perdent la protection dont ils dépendaient jusqu’alors. La situation s’inscrit dans un contexte de conflit institutionnel entre le gouvernement des Canaries et l’État, qui ont rouvert la bataille des chiffres concernant les mineurs migrants. L’exécutif régional accuse l’administration centrale de Madrid de fausser les données sur le nombre d’enfants ayant quitté le réseau d’accueil des îles.
Transferts au compte-gouttes et conditions inadaptées
La conseillère aux Affaires sociales, Candelaria Delgado, a affirmé que seulement 581 réinstallations vers le territoire continental s’étaient concrétisées, alors que plus de 300 nouvelles arrivées ont été enregistrées. Par ailleurs, 99 jeunes ont renoncé à leur droit d’asile, refusant leur transfert temporaire vers les dispositifs mis en place à Gran Canaria, qui, selon l’exécutif canarien, ne réunissent pas les conditions adéquates.
Loin d’être considéré comme une réussite, le fait d’atteindre 18 ans aux Canaries ne se traduit pas par de réelles opportunités pour ces jeunes qui quittent le réseau d’accueil de la communauté autonome. Les alternatives à leur disposition se réduisent drastiquement, les obligeant à recourir à des mécanismes offrant moins de garanties que ceux auxquels ils pouvaient prétendre en tant que mineurs.
Des perspectives sombres et des arrivées incessantes
Le scénario est loin de s’améliorer. Alors que les réinstallations avancent au compte-gouttes et que des centaines de jeunes sont au bord de la majorité, les prévisions ne sont pas encourageantes. Le temps passe et beaucoup d’entre eux continueront à fêter leurs 18 ans sans alternative claire.
À cette situation déjà tendue s’ajoute la poursuite des arrivées de cayucos et de pateras sur les côtes canariennes. Le 31 décembre dernier, deux embarcations sont arrivées dans les îles avec 184 personnes à bord : l’une à El Hierro et l’autre à Lanzarote. Toutes étaient d’origine subsaharienne ; parmi elles, 45 femmes et 17 mineurs. S’y ajoute une troisième embarcation — la première de l’année — arrivée à El Hierro avec 283 personnes, également d’origine subsaharienne, dont 28 mineurs. Un chiffre inférieur à l’estimation initiale, qui évoquait huit mineurs.
Un mécanisme de transfert express enlisé
Ces jeunes qui viennent d’arriver dans les îles devront, s’ils ne sont pas accompagnés d’un adulte de leur famille, quitter la communauté autonome dans un délai maximum de 15 jours, comme l’établit la réforme de l’article 35 de la loi sur les étrangers. Cependant, ce mécanisme express — qui a déjà présenté des difficultés après l’échec des premiers transferts, certains jeunes s’étant avérés être en réalité majeurs — est actuellement au point mort et les délais prévus ne sont pas respectés.
Dans la majorité des réinstallations effectuées via cette procédure, le délai a été largement dépassé, pouvant s’étendre jusqu’à un mois. L’exécutif régional attribue ces retards à la complexité des démarches bureaucratiques que comporte le processus.


