Une facture multipliée par plus de trois en deux décennies
Fin novembre 2005, la Sécurité sociale avait déclaré des dépenses en pensions d’un montant de 1 391,10 millions d’euros pour l’ensemble de l’année dans les îles Canaries. Pour donner une idée de l’ampleur, cette somme équivalait alors à 3,9 % du produit intérieur brut (PIB) enregistré par l’archipel il y a vingt ans. Ce montant a depuis explosé de 251,2 % pour atteindre, également sur les onze premiers mois de cette année, 4 885 millions d’euros. Un chiffre qui représente, cette fois, 8,1 % de l’économie de la communauté autonome, si la croissance de 2,9 % pour l’année qui s’est achevée mercredi à minuit se confirme.
L’inversion de la pyramide des âges, un phénomène annoncé
Que s’est-il passé au cours des deux dernières décennies pour expliquer une augmentation d’une telle ampleur ? Il ne s’agit que de la confirmation d’un phénomène annoncé de longue date : l’inversion de la pyramide des âges. Les membres du baby-boom ont atteint l’âge de la retraite, ce qui fait exploser le nombre de pensions à verser. Dans les îles, on comptait 224 362 pensions en novembre 2005 contre 376 153 le mois dernier, soit une augmentation de 67,6 %.
Plus en détail, la Sécurité sociale verse aujourd’hui 94 807 pensions de retraite de plus qu’il y a 20 ans. Il s’agit d’une hausse de 80 % qui reflète l’arrivée en fin de carrière professionnelle des personnes nées dans les années 60 et 70 du siècle dernier. Et ce n’est pas tout. Le nombre de citoyens canariens qui perçoivent une pension de réversion (veuves et veufs) est désormais supérieur de 28,8 %, ou, en termes absolus, leur nombre a augmenté de 18 744 depuis cet année 2005 où la machine financière et immobilière tournait encore à plein régime.
L’impact de la croissance démographique et le défi des naissances
L’évolution de cette dernière variable montre qu’une partie de la croissance des dépenses de pensions est due à l’augmentation de la population. La communauté autonome a gagné environ 300 000 habitants au cours des vingt dernières années, ce qui représente une hausse proche de 16 %. Cela explique en partie l’accumulation des pensions à payer mois après mois par la Sécurité sociale, mais c’est aussi une aide à un moment où les taux de natalité, quand ils ne touchent pas le fond, sont très loin de ressembler à ceux des décennies précédentes.
Un système sous tension et le débat sur son avenir
Le débat sur l’opportunité de souscrire des produits d’épargne pour la retraite est abordé depuis de nombreuses années, bien que le conseil ne pénètre pas la société comme il l’a fait par le passé dans une grande partie du monde occidental. Les messages les plus négatifs qui parviennent à la population, en grande partie émanant d’entités qui commercialisent des plans de retraite, s’appuient sur une pure arithmétique pour démontrer que le système tel qu’on le connaît aujourd’hui n’est pas viable à long terme.
L’une des menaces les plus fréquemment évoquées est celle du taux de remplacement des pensions espagnoles, c’est-à-dire le pourcentage des revenus que la Sécurité sociale garantit aux retraités par rapport à ce qu’ils ont perçu pendant leur période d’activité. En Espagne, il est de 77 %, très au-dessus de la moyenne de l’Union européenne (UE). Il suffit de savoir que l’Allemagne se situe à 36,8 % et que la France est légèrement supérieure, à 41,6 %. Le nombre de personnes qui commencent à percevoir une pension est supérieur à celui des personnes qui entrent sur le marché du travail et, par conséquent, cotisent à la Sécurité sociale. Un chiffre qui, à lui seul, révèle l’obsolescence du système.
Des facteurs d’espoir : plus de cotisants et une revalorisation automatique
Cependant, d’autres courants de pensée situent la solution, au moins en partie, dans le champ de décision des gouvernements. Autrement dit, la proximité des revenus des retraités et des autres pensionnés avec la zone de risque dépendra de l’intensité avec laquelle chaque exécutif agira sur ce dossier.
L’augmentation de la population mentionnée précédemment entraîne une hausse du nombre d’affiliés à la Sécurité sociale, qui atteint des niveaux jamais vus auparavant. Aujourd’hui, 964 516 personnes travaillent aux Canaries – 25 % de plus qu’en 2005 – et mettent donc de l’argent dans la caisse qui paie les pensions. Dans ce chapitre, les citoyens étrangers jouent un rôle particulièrement important. Il y a dix ans – en octobre 2015 – ils étaient 80 503 à travailler dans les îles ; aujourd’hui, ils sont 137 313.
Par ailleurs, après la décision du gouvernement de Mariano Rajoy (PP) de les geler pendant plusieurs exercices suite à la crise de 2008, les pensions sont désormais revalorisées automatiquement en fonction du coût de la vie (IPC). C’est ce qu’impose la loi garantissant le pouvoir d’achat des pensions, entrée en vigueur le 1er janvier 2022. L’effet de cette norme est qu’elle fait sortir plus d’argent de la caisse. Il y a 20 ans, la pension moyenne de retraite dans les îles était de 669 euros ; aujourd’hui, elle est de 1 396 euros.


