Un système de protection encore incomplet dans l’archipel
Seulement la moitié des municipalités des îles Canaries s’est incorporée au Système VioGén. Ce réseau, créé en 2007 par le ministère de l’Intérieur espagnol, a pour mission de suivre de près tous les cas de violences machistes, d’évaluer le risque encouru par les victimes et de leur fournir des mesures de protection. L’objectif initial était de fédérer les différentes institutions publiques compétentes en la matière. Pourtant, en ce début d’année 2026, une longue liste de mairies n’a toujours pas signé ses protocoles de collaboration. Concrètement, sur les 88 communes que compte l’archipel, 45 y ont adhéré, laissant 43 autres en dehors du dispositif.
Une coordination renforcée avec la police locale
La différence est significative. Dans les enclaves non intégrées, le suivi des victimes reste uniquement du ressort de la Police Nationale et de la Garde Civile. En revanche, dans les municipalités adhérentes, la Police Locale participe également, offrant ainsi plus d’effectifs pour lutter contre ce fléau. Face à ce constat, et seulement quelques jours après la confirmation des deux premiers féminicides de l’année – survenus à Jaén et à Las Palmas de Gran Canaria – la ministre de l’Égalité, Ana Redondo, a formulé deux demandes. La première, adressée aux communautés autonomes, les presse de signer des pactes similaires au pacte d’État. La seconde appelle les municipalités les plus en retard à intégrer VioGén, afin d’améliorer la coordination entre les institutions.
Engagements et ressources pour les communes
Lorsqu’une municipalité rejoint ce système, elle assume des compétences et des obligations dans la protection des victimes. En contrepartie, la Délégation du Gouvernement contre les Violences de Genre lui transfère des ressources financières proportionnelles au degré de responsabilité pris. Les accords signés répartissent le travail entre la Police Nationale, la Garde Civile et la municipalité – via sa police locale et ses fonctionnaires. L’un des prérequis pour intégrer VioGén est d’ailleurs de disposer d’un corps policier municipal propre. En Espagne, 1 250 collectivités locales remplissent cette condition, mais seules 822 y sont entrées, soit 66% du total. Cela signifie qu’au niveau national, une mairie sur trois (34%) reste en dehors de VioGén.
Le retard spécifique des Canaries
Aux Canaries, ce pourcentage est légèrement supérieur (49%). Ce retard s’explique soit par un manque de moyens ou d’effectifs suffisants dans certaines communes, soit par l’absence de cette question à leur ordre du jour. Selon la Délégation du Gouvernement dans les îles, toutes les mairies pourraient adhérer. Jusqu’à présent, seules 45 ont signé leurs protocoles : 27 dans la province de Tenerife et 18 dans celle de Las Palmas.
Tenerife et Gran Canaria : des situations contrastées
Sur les 31 municipalités de Tenerife, neuf manquent encore à l’appel : Arico, Arona, Guía de Isora, Los Silos, El Tanque, Garachico, Icod de Los Vinos, Tacoronte et La Victoria de Acentejo. Malgré un nombre de communes inférieur, la liste des absences est plus importante à Gran Canaria. Elle inclut sa capitale, Las Palmas de Gran Canaria, où le deuxième féminicide de l’année a été commis il y a quelques jours. Y figurent également Santa Brígida, Telde, Valsequillo, Agüimes, Santa Lucía de Tirajana, Tejeda, Artenara, Gáldar, Moya, Valleseco et Firgas.
Le tableau dans les îles non capitalines
Parmi les îles non capitalines, c’est La Palma qui a le plus de travail devant elle. Seules deux de ses 14 communes – Los Llanos de Aridane et Santa Cruz de La Palma – ont adhéré à ce mécanisme de prévention. À l’opposé, Fuerteventura est sur le point de devenir la première région avec toutes ses mairies intégrées ; seule Betancuria est encore en attente. À Lanzarote, il reste Haría, Teguise et Yaiza. Enfin, à El Hierro et à La Gomera, une seule commune par île a rejoint le système : La Frontera et San Sebastián, respectivement.
Des milliers de cas actifs et une protection assurée
Dans l’archipel, ce Système de Suivi Intégral enregistre, selon les dernières données, 6 662 cas de violence active, dont 59 présentent un risque élevé ou extrême pour la femme. Bien qu’il serait idéal que les agents locaux participent au suivi et à la protection des victimes – notamment celles classées à risque moyen (983) ou faible (5 620) –, le fait qu’une localité ne soit pas dans VioGén ne signifie pas que les femmes de ce territoire sont sans protection. La Police Nationale et la Garde Civile assurent cette protection indépendamment de la participation de la mairie. Le gouvernement central insiste néanmoins sur l’importance que, a minima, les municipalités les plus peuplées fassent partie de ce réseau.
Une augmentation alarmante des alertes en 2025
Alors que la ministre exige une plus grande collaboration municipale pour éradiquer ce fléau, le ministère régional du Bien-être Social informe que l’année 2025 s’est close avec un volume d’alertes pour violences machistes supérieur à celui de 2024. Le Service d’Attention aux Victimes de Violences de Genre a traité un total de 18 717 appels, soit 8% de plus que l’exercice précédent. Tenerife, avec 8 495 alertes, a été l’île la plus active, suivie de Gran Canaria (6 644), Lanzarote (1 577), Fuerteventura (1 232), La Palma (617), La Gomera (107) et El Hierro (45).
Les mois d’été – juillet et août – ont concentré le plus grand nombre d’alertes. Rien qu’en août, 1 836 appels pour violences machistes ont été traités, dont près de 60% étaient des urgences. Ces situations représentaient un danger imminent pour la femme et nécessitaient l’activation de personnel de sécurité, de secours médicaux ou des Dispositifs d’Urgence insulaires. Dans la grande majorité des signalements, l’agresseur était le conjoint (8 479) ou l’ex-conjoint (4 978).


