Un choix douloureux : renoncer à l’asile pour garder ses racines
Près d’une centaine de mineurs non accompagnés ont renoncé à leur droit à recevoir une protection internationale pour ne pas quitter les îles Canaries. Ces derniers mois, l’exécutif régional et l’État ont avancé dans l’exécution de l’ordre du Tribunal suprême qui, à la demande des Canaries, avait demandé au gouvernement central de prendre en charge les mineurs réfugiés dans ses centres, afin de soulager la surpopulation des ressources insulaires où ces jeunes étaient accueillis. Le gouvernement régional a assuré que 99 jeunes ont mis fin à cette procédure pour pouvoir rester dans leurs centres d’accueil.
Les transferts vers le continent se poursuivent
Pour se conformer à l’exigence du Tribunal suprême, le gouvernement espagnol a aménagé à Gran Canaria des espaces provisoires où évaluer chaque demandeur d’asile avant de les relocaliser dans des centres du Système national de protection internationale. Jusqu’à présent, comme l’a informé ce mardi le ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, 408 enfants et adolescents ont été orientés vers des ressources ouvertes à cet effet sur le continent. De plus, dans les ressources installées dans l’archipel et gérées par l’État, se trouvent au total 167 jeunes réfugiés.
De son côté, le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations a annoncé ce 13 janvier que cette même semaine serait exécuté le transfert de 28 autres mineurs demandeurs de protection internationale vers plusieurs centres, dont un nouvellement ouvert.
Une mobilisation citoyenne contre le “désarraigo traumatique”
Le transfert vers d’autres communautés autonomes de mineurs déjà intégrés dans les îles pousse plusieurs familles et voisins à se mobiliser. En novembre, l’association sociale et culturelle Akwanak, de San Bartolomé de Tirajana (Gran Canaria), a demandé que la volonté des mineurs soit prise en compte pour décider de leur avenir, et que ceux qui avaient des racines puissent rester sur l’île sans avoir à renoncer au droit d’asile. Des familles d’Arucas ont également exigé que les mineurs puissent attendre dans leurs centres d’accueil l’entretien qui évalue l’intérêt de chacun, plutôt que dans les modules du “Canarias 50”.
“On les a sortis de leur maison, de leur lieu sûr. On les a séparés de leurs éducateurs et de leurs camarades. Leur quotidien, leurs cours, tout a été brisé”, ont-elles déclaré à notre rédaction. Ces cas ont donné lieu à une initiative citoyenne pour dénoncer la situation “extrêmement grave” vécue par les mineurs sous protection internationale.
“Le transfert forcé de ces mineurs au Canarias 50 viole leurs droits fondamentaux, affecte leur bien-être, brise leurs racines et les expose à des conditions indignes”, signalent les promoteurs de l’initiative, qui a également lancé une collecte de signatures sur Change.org. “Ici sont les personnes qui les aiment et qu’ils aiment. Les soumettre à une nouvelle migration suppose un déracinement doublement traumatique, car ces mineurs ont déjà vécu un processus migratoire extrêmement dur et ont réussi, avec effort, à reconstruire leur vie aux Canaries”, expliquent les familles.
“Les forcer maintenant à quitter leur environnement implique de rompre à nouveau leurs liens affectifs, de détruire leur stabilité émotionnelle, d’interrompre leur scolarisation, de couper leurs liens communautaires et de leur arracher le seul espace où ils ont réussi à se sentir en sécurité”, ajoutent-elles. La pétition, qui rassemble pour l’instant près de 800 signatures, demande l’arrêt de toutes les orientations de mineurs migrants vers le Canarias 50, le retour des mineurs déjà transférés dans leurs foyers et centres, le respect des racines de ceux qui ne veulent pas partir sur le continent et la recherche de solutions respectueuses des droits des mineurs.
198 transferts dans le cadre de la Loi sur les étrangers
Parallèlement, les transferts de mineurs non accompagnés via la voie de l’article 35 de la Loi sur les étrangers se poursuivent. Cette réforme légale, approuvée en mars 2025, oblige à relocaliser dans d’autres communautés autonomes les jeunes accueillis dans des territoires déclarés en situation de contingence migratoire, comme c’est le cas des Canaries, de Ceuta et de Melilla. Conformément à cette modification de la loi, environ 1 700 jeunes devraient quitter les îles avant mars 2026.
Jusqu’à présent, 198 mineurs sont sortis des Canaries par cette voie : 92 qui étaient déjà dans l’archipel lorsque la contingence a été déclarée et 106 nouveaux arrivants. Ángel Víctor Torres a expliqué que la loi accorde un délai de quatre mois pour finaliser le processus à partir du moment où les communautés autonomes en contingence transmettent au gouvernement central les dossiers des mineurs.
“Pour respecter le délai d’un an et avoir tous ces enfants relocalisés en mars 2026, les communautés autonomes auraient dû envoyer la totalité des dossiers le mois de novembre dernier. Dans le cas des Canaries, le territoire avec le plus d’enfants, seuls 536 dossiers nous sont parvenus jusqu’à présent”, a affirmé le ministre. Torres a souligné que “grâce à la modification de la Loi sur les étrangers, en sept mois, on a réussi à relocaliser plus de mineurs qu’en de nombreuses années réunies, quand il n’y avait pas de loi spécifique et quand la solidarité volontaire entre les territoires ne donnait pas de résultat”. Pour lui, cette loi a été “une étape historique qui se développe avec succès malgré les obstacles continus mis par l’opposition”.
La directrice générale de la Protection de l’enfance, Sandra Rodríguez, a répondu que sur les plus de 500 dossiers envoyés à la sous-délégation du gouvernement, 269 résolutions définitives avaient été produites. “Nous aimerions savoir pourquoi ils en ont besoin de plus, s’ils ont encore près de 300 à résoudre, même si nous continuons à envoyer des dossiers quotidiennement”, assure-t-elle.


