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Un pétrolier fantôme dérive près des Canaries avec du carburant russe

Un début d’année sous le signe des navires fantômes

Si l’année 2025 avait commencé avec le navire de charge américain Cape Texas rôdant sans raison apparente autour des îles, ce début d’année 2026 s’ouvre avec l’un des bâtiments appartenant à ce que l’on appelle la “flotte fantôme”. Il ne s’agit pas d’une référence à Star Wars, mais bien du pétrolier Agate, actuellement positionné à environ 290 milles nautiques au sud de Tenerife. Ce navire fait partie de ceux sanctionnés par l’Union européenne et le Royaume-Uni.

L’Agate, un pétrolier sans destination

Sans cap apparent, ce pétrolier construit en 2005 et battant actuellement pavillon du Vanuatu est un transporteur de produits pétroliers. Comme le montrent les données de suivi maritime fournies par VesselFinder, le bâtiment navigue depuis plus de trois semaines à une vitesse minimale, voire nulle, sans direction spécifique. Il est l’un de ceux pointés du doigt par la surveillance maritime internationale pour être considéré comme un “navire fantôme”. Cela signifie qu’il s’inscrit dans un réseau d’embarcations utilisant des pavillons de complaisance, des structures commerciales opaques ou des changements fréquents d’immatriculation afin de contourner les diverses restrictions commerciales en vigueur en mer.

Une cargaison sensible et un blocage géopolitique

Ces dernières semaines, l’Agate est resté à la dérive au sud-ouest des Canaries. Il est inhabituel qu’un tel navire reste sans destination aussi longtemps. Selon les explications de Rafael Muñoz, docteur en marine civile et co-directeur du Master International de Sécurité et de Protection Maritime au Campus CISDE, dans le podcast ‘Diario de Ucrania’, “il transporte 400 000 barils de carburant russe et sa destination était un port dans la zone de Panama. Face à la situation au Venezuela et aux saisies par les États-Unis des pires navires de la dark fleet (flotte obscure), je soupçonne, sur la base d’informations que je partage, que ce navire a dû s’arrêter au sud des Canaries par crainte d’être saisi dans l’Atlantique central par l’US Navy.”

Le bateau pourrait ainsi transporter de la naphta russe à destination du Venezuela, et les derniers mouvements géopolitiques l’auraient “contraint” à rester dans les eaux internationales, à l’intérieur de la Zone Économique Exclusive espagnole. Ce type de navire évite d’accoster dans les ports de l’Union européenne, sauf en cas d’urgence déclarée, en raison de son statut légal.

Les Canaries, un enclave géostratégique exposé

Sa relative proximité avec l’archipel renforce le rôle des îles Canaries en tant qu’enclave géostratégique clé sur les routes maritimes entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe. L’Agate figure dans les registres internationaux comme un navire soumis à des restrictions en raison de ses liens présumés avec le commerce d’hydrocarbures sanctionnés, un phénomène qui s’est intensifié ces dernières années suite aux conflits géopolitiques et aux mesures économiques imposées par l’Occident. Le nombre de bâtiments de ce type naviguant dans le monde oscillerait autour du millier.

Avec une longueur avoisinant les 180 mètres et une capacité à transporter des centaines de milliers de barils de carburant, ce type de pétrolier représente un risque potentiel tant du point de vue environnemental que de la sécurité maritime, surtout lorsqu’il opère en marge des circuits habituels de contrôle. La présence de l’Agate dans les eaux proches de l’archipel met une nouvelle fois en lumière l’exposition des Canaries aux routes de la “flotte fantôme”, un réseau qui évolue entre légalité et opacité, profitant de la complexité du trafic maritime international.

Quel avenir pour le pétrolier fantôme ?

Pour l’instant, il n’est pas établi que le navire ait demandé de l’assistance ou une autorisation d’entrée dans un port, ni qu’il se trouve en situation d’urgence. Ses prochaines étapes peuvent être multiples : reprendre sa route, être intercepté par les autorités internationales ou quitter définitivement la zone atlantique proche des Canaries à la recherche d’un nouveau cap, ou avec l’idée de rester à proximité d’une autre région.

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