Les Canaries, championnes de la hausse des salaires négociés
Avec une progression de 4,99% sur un an, l’archipel canarien s’est hissé à la deuxième place des communautés autonomes espagnoles où les salaires conventionnés ont le plus augmenté l’année dernière, juste derrière les îles Baléares (5,61%). Cette augmentation notable ne concernait cependant pas l’ensemble des 207 987 travailleurs touchés par les 128 révisions salariales collectives signées. Elle a principalement bénéficié aux 195 198 salariés dont les conditions de travail ont été renégociées dans le cadre de leur secteur d’activité.
Une moyenne à 5,14%, au-dessus de l’inflation
Dans seize cas, les syndicats et les organisations patronales des îles sont parvenus à un accord sectoriel. L’augmentation salariale moyenne pactée dans ces négociations a atteint 5,14%, dépassant de plus de deux points l’évolution des prix. En effet, l’inflation a crû de 2,8% dans l’archipel, soit un dixième de point de moins que la moyenne nationale. Pour les 112 autres accords, conclus au niveau d’entreprises spécifiques, la hausse moyenne des salaires s’est limitée à 2,8%, correspondant exactement à la progression de l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) sur l’ensemble de l’année dernière, selon les données publiées jeudi. Les salariés concernés n’ont donc fait que maintenir leur pouvoir d’achat.
L’hôtellerie, moteur des augmentations record
Le syndicat CCOO-Canarias reconnaît le caractère « inédit » de la hausse salariale obtenue en 2025. Les négociations dans le secteur de l’hôtellerie dans les deux provinces de l’archipel y ont largement contribué. Dans la province de Las Palmas (Gran Canaria, Fuerteventura, Lanzarote), la menace d’une grève prévue pour la Semaine Sainte a été désamorcée à quelques jours de son déclenchement. Les représentants des travailleurs et les employeurs du secteur sont convenus du versement d’une prime de 650 euros pour compenser la perte de pouvoir d’achat des dernières années, ainsi que d’une augmentation des salaires de 9% à échelonner sur douze mois.
Dans la province de Santa Cruz de Tenerife (Tenerife, La Palma, La Gomera, El Hierro), les tensions n’ont pas pu être apaisées à temps. Le conflit social s’est concrétisé par des arrêts de travail alors que les hôtels étaient pleins de touristes venus profiter des jours fériés dans les îles occidentales. Un accord n’est finalement intervenu qu’à la fin du mois de juin. Il prévoit des augmentations salariales progressives atteignant 13,5% pour les employés de l’hébergement hôtelier et 9% pour ceux de la restauration et des loisirs.
Une récupération partielle du pouvoir d’achat
Un rapport du Cabinet Technique de CCOO-Canarias, élaboré avant la publication du taux d’inflation du dernier mois de l’année (ils anticipaient un IPC maximum de 2,5%), conclut que l’année 2025 a permis « la récupération d’une grande partie du pouvoir d’achat perdu par la classe ouvrière depuis 2019 ». Rappelons qu’à l’aube de 2020, la crise sanitaire mondiale a entraîné une perte généralisée de revenus face à la paralysie de l’économie. Alors que cette épreuve semblait surmontée, un cycle inflationniste a débuté au milieu de l’année 2021, frappant durement les revenus du travail des Canariens.
Le syndicat précise que les 207 987 personnes ayant vu leur pouvoir d’achat augmenter ou au moins se maintenir en 2025 ne représentent pas la totalité des bénéficiaires. Il faudrait y ajouter « celles qui relèvent de conventions nationaux ou inter-autonomiques ». « En tout état de cause », ce chiffre reste « très en deçà du total de la population salariée des Canaries ». À la fin du troisième trimestre de l’année dernière, le nombre de salariés dans l’archipel s’élevait à 871 200, selon les données de l’Enquête sur la Population Active.
Pensions et aides sociales également revalorisées
D’autres catégories de la population ont également vu leurs revenus maintenus ou améliorés. Au total, 376 153 Canariens perçoivent une pension contributive, dont la majorité (213 169) sont des retraités. S’y ajoutent 31 350 bénéficiaires de « classes pasivas », des fonctionnaires ayant travaillé pour l’administration centrale espagnole. Leurs revenus sont protégés par la loi et revalorisés en fonction de l’IPC du mois de novembre, qui s’est établi à 2,7%. Ainsi, les retraités percevront 1 433,51 euros par mois (plus deux primes annuelles), soit 37,68 euros de plus qu’actuellement. Sur l’année, l’amélioration de leurs revenus annuels est de 527,52 euros.
Cette revalorisation comporte une nuance importante pour environ 97 000 habitants des îles qui perçoivent la pension minimum. Pour eux, le gouvernement espagnol a décrété une augmentation de 11,4% de leurs revenus (ou de 7% s’ils n’ont pas de charges de famille). Ce même pourcentage s’applique aux 25 610 pensions non contributives (25 610 pour la retraite et 16 221 pour l’invalidité) actuellement versées dans la communauté autonome, selon les données du Ministère des Droits Sociaux, de la Consommation et de l’Agenda 2030. Enfin, les 38 626 Canariens qui perçoivent le « revenu minimum vital » (Ingreso Mínimo Vital) bénéficieront également de cette revalorisation à deux chiffres approuvée par Madrid.


