Un scénario qui se répète pour les retraités canariens
Le Congrès des députés espagnol – avec les votes contre du PP, de Vox et de Junts – a rejeté mardi le décret « bouclier social », qui incluait notamment la revalorisation des pensions de 2,7%. Un déjà-vu très concret de ce qui s’est produit il y a tout juste un an, lorsque la chambre basse refusait déjà d’approuver un paquet de mesures, les jugeant trop disparates dans un texte indivisible. L’histoire s’est répétée et la hausse des pensions de 418 000 retraités aux îles Canaries est désormais en suspens, tout comme pour près de 10 millions de personnes dans tout le pays. S’ouvre maintenant un éventail de scénarios et de nombreuses interrogations sur l’avenir des pensions.
Une hausse calculée selon la loi, maintenant bloquée
L’idée était que les pensions augmentent pour la cinquième année consécutive conformément à la formule fixée par la loi impulsée par l’ancien ministre de la Sécurité Sociale, José Luis Escrivá. Un système qui lie la revalorisation annuelle à l’IPC interannuel, calculé entre décembre il y a deux ans et novembre de l’année précédente. Avec cette formule, les pensions contributives devraient augmenter de 2,7%. De plus, le gouvernement avait approuvé une hausse extraordinaire de 11,4% pour les pensions non contributives – de retraite et d’invalidité ainsi que pour le Revenu Minimum Vital –, dans le but de compenser la perte de pouvoir d’achat de leurs bénéficiaires. Et une augmentation de 7% pour les pensions minimales.
L’impact concret pour les archipels
Selon les données de la Sécurité Sociale du mois de décembre 2025, les îles Canaries comptent plus de 418 000 pensionnés, plus de 377 100 pensions contributives et 41 800 non contributives – 25 610 pour la retraite et 16 221 pour l’incapacité. Pour les pensions contributives, le chiffre s’élève à 213 000 retraites. Dans l’archipel, 97 000 citoyens perçoivent une pension minimale. Les 38 626 Canariens qui, selon le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité Sociale et des Migrations, perçoivent le Revenu Minimum Vital (IMV) bénéficieraient également de la revalorisation de 11,4% approuvée par Madrid.
Les retraités canariens percevraient – si la revalorisation est finalement approuvée – 1 433,51 euros chaque mois (plus deux paiements extraordinaires), soit 37,68 euros de plus qu’actuellement. Sur l’ensemble de l’année, l’amélioration de leurs revenus annuels s’élèverait à 527,52 euros. En décembre, la pension moyenne de retraite contributive aux Canaries s’établissait à 1 397 euros, bien que l’Association pour la Défense des Pensions Publiques des Canaries explique que 60% des bénéficiaires perçoivent une somme inférieure à ce montant. La pension non contributive moyenne de retraite n’atteint pas 570 euros.
La course contre la montre pour février
Le gouvernement peut répéter la formule d’il y a un an et faire avancer un nouveau décret qui n’inclurait que la hausse des pensions ou une mesure supplémentaire soutenue par la majorité de la Chambre. Il doit le faire au plus vite pour que les retraités ne voient pas la prochaine paie réduite par rapport à ce qui a été perçu le premier mois de l’année. Les pensions de janvier ont déjà été versées, leur revalorisation n’est donc pas remise en cause. Mais si le gouvernement n’arrive pas à temps, les retraités percevraient en février la même somme que l’année dernière.
En janvier 2025, il y a tout juste un an, le même scénario s’était produit. Le parti dirigé par Alberto Núñez Feijóo avait rejeté le décret omnibus qui contenait la revalorisation des pensions et qui, comme c’est le cas maintenant, incluait de nombreuses autres mesures, dont la cession d’un hôtel particulier parisien au PNV. L’exécutif avait sauvé la mise une semaine plus tard avec un nouveau décret écartant bon nombre des questions initialement incluses. Finalement, la revalorisation des pensions, la bonification des transports et les aides aux victimes des inondations (DANA) avaient été approuvées. Ce second décret avait été adopté avant le versement de la paie de février, évitant ainsi aux retraités de subir la perte de l’augmentation.
Dialogue et analyse de scénarios en cours
La ministre de l’Inclusion, de la Sécurité Sociale et des Migrations, Elma Saiz, a assuré à plusieurs reprises que le gouvernement travaillait déjà à faire aboutir l’amélioration des pensions. Comme elle l’a indiqué hier, « ils analysent les différents scénarios » pour « donner de la certitude aux pensionnés ». Elle a en outre assuré que le dialogue était « constant » avec les groupes parlementaires, bien qu’elle ait évité de préciser s’il y avait des négociations avec Junts pour faire passer la revalorisation dans un décret ne contenant que cette mesure.
L’opposition justifie son vote contre
Les partis de l’opposition défendent qu’ils n’ont pas rejeté la hausse des pensions parce qu’ils y étaient opposés, mais parce qu’ils considèrent inappropriée la façon dont le gouvernement l’a incluse dans un décret contenant de nombreuses autres mesures qu’ils rejettent. Comme en 2025. Ils soutiennent que cela empêche un débat transparent et que certaines de ces mesures ont des effets contradictoires ou préjudiciables, préférant donc que chaque mesure soit traitée séparément.
Outre la revalorisation des pensions, le décret omnibus incluait un large ensemble de mesures sociales, fiscales et économiques. Parmi les plus importantes figuraient la prolongation de la suspension des expulsions pour les familles vulnérables sans solution de logement, le maintien des aides énergétiques – comme le chèque énergie et la garantie d’approvisionnement –, des incitations fiscales pour la rénovation énergétique des logements et l’achat de véhicules électriques, ainsi que diverses aides extraordinaires pour les victimes de catastrophes naturelles. Le texte prévoyait également des mesures pour les travailleurs indépendants, des modifications fiscales pour les chômeurs et des dispositions dans les domaines sanitaire et territorial. Le président de Vox, Santiago Abascal, a justifié le vote contre de son groupe parlementaire en considérant que le texte incorporait des mesures favorisant l’occupation illégale.
Mécontentement et menaces de mobilisations aux Canaries
La décision du Congrès a généré un profond malaise parmi les retraités canariens. L’Association pour la Défense des Pensions Publiques des Canaries avertit que le rejet du décret laisse des milliers de retraités dans une situation d’incertitude et n’exclut pas de lancer des mobilisations dans l’archipel, suivant l’exemple de celles déjà annoncées à Madrid ou en Catalogne. Le collectif assure que l’objectif est de faire pression sur les groupes parlementaires qui ont rejeté le texte pour qu’ils reconsidèrent leur position et permettent l’approbation de la revalorisation dans un nouveau décret. La Sécurité Sociale a déclaré des dépenses en pensions dans les îles de 4,885 milliards d’euros de janvier à novembre 2025.


