Un début d’année atypique pour l’archipel
Les îles Canaries ont vécu un mois de janvier froid et humide, le premier cumulant ces deux caractéristiques depuis douze ans, c’est-à-dire depuis 2014. L’instabilité atmosphérique qui touve actuellement la planète entière, en raison d’une activité inhabituelle du jet-stream polaire, a couvert l’Europe de neige et a tant arrosé l’archipel qu’il a reverdi des zones souffrant d’une intense sécheresse depuis des décennies. Les Canaries clôturent ainsi le premier mois de l’année avec une température moyenne de 14,5°C (soit -0,3°C par rapport aux normales) et une accumulation pluviométrique atteignant 67,4 litres par mètre carré, dépassant de 86% la valeur attendue.
Des records dans le contexte du changement climatique
C’est ce que révèle le dernier rapport de l’Agence d’État de Météorologie (Aemet), qui pourtant ne le considère pas comme extraordinaire. En effet, ce mois de janvier n’entre même pas dans le top 10 des mois les plus froids ou les plus humides qu’a connus l’archipel. Plus précisément, il s’agit du vingt-neuvième mois le plus froid depuis 1961 et du quinzième plus humide sur ces mêmes 65 années. Le froid a été plus marqué dans la province de Santa Cruz de Tenerife. Les thermomètres des îles occidentales ont non seulement affiché des valeurs plus basses (12,9°C de moyenne et 9,8°C de minimum), mais aussi des anomalies thermiques plus importantes, allant jusqu’à -0,4°C (contre -0,2°C pour la province orientale).
À la station de Valverde, sur l’île d’El Hierro, un nouveau record de température minimale a même été enregistré : 1,6°C le 26 janvier dernier. Malgré la sensation qu’il faisait longtemps qu’il n’avait pas fait aussi froid, les minimales sont restées dans les normales de saison. La réalité, c’est qu’avec le changement climatique, il est de plus en plus rare de vivre un tel mois de janvier. En effet, il fallait remonter à plus de sept ans pour retrouver un premier mois de l’année aussi “frais” aux Canaries.
Retour sur les précédents : 2019 et 2014
Selon les données de l’Aemet, pour retrouver un janvier aux températures aussi basses que celui que nous venons de traverser, il faut remonter à 2019. Et si l’on cherche un mois qui ait été à la fois froid et pluvieux, c’est à 2014 qu’il faut se référer. Celui de 2021, bien qu’aussi humide que l’actuel, fut plus chaud en termes de température.
La cause : un jet-stream polaire déchaîné
L’arrivée de différents fronts dépressionnaires, comme ceux nommés Francis ou Ingrid, a laissé des pluies copieuses sur l’archipel, contribuant à reverdir les campagnes et à faire couler les ravins. Cette activité inhabituelle a été provoquée par une plus grande intensité du jet-stream polaire, qui s’est déporté vers des latitudes plus basses, combinée à un anticyclone positionné très au sud et loin de sa situation habituelle, ce qui l’empêche d’agir comme une barrière aux dépressions. Ces deux caractéristiques atmosphériques ont favorisé un environnement chargé d’humidité et de masses d’air froid autour des Canaries.
Des précipitations inégales mais abondantes
Les îles occidentales ont également été les plus arrosées, avec une accumulation de 89 litres par mètre carré, soit près du double de ce qu’a reçu la province de Las Palmas de Gran Canaria. Cependant, dans les deux cas, les pluies cumulées ont failli doubler les quantités habituelles pour un mois de janvier. La zone la plus pluvieuse fut Las Mercedes, à Tenerife, où l’on a accumulé jusqu’à 278 litres par mètre carré avec de la pluie tombée pendant 25 jours. En d’autres termes, il n’a cessé de pleuvoir que cinq jours.
Vient ensuite la Vega de San Mateo, à Gran Canaria, où il a plu pendant 18 jours, pour un total de 229 litres par mètre carré. Ce podium pluvieux est complété par le Roque de Los Muchachos, à La Palma, où l’on a atteint 222,6 litres par mètre carré avec de la pluie pendant un peu moins de la moitié du mois : 13 jours.
Un bilan hydrologique enfin positif
Ces pluies copieuses ont permis aux Canaries d’afficher un bilan hydrologique positif. En effet, à ce jour, les valeurs de précipitations accumulées depuis octobre (mois qui marque le début de l’année hydrologique) se situent au-dessus de la moyenne, suggérant une tendance à la réduction de la sécheresse météorologique dont souffre souvent l’archipel en raison de ses caractéristiques changeantes. Concrètement, jusqu’à présent, il est tombé aux Canaires 20% de pluie en plus que d’habitude, soit 197,8 litres par mètre carré.
Dans le cas de la province de Santa Cruz de Tenerife, il est tombé 250,2 litres par mètre carré, ce qui la place dans des valeurs normales. C’est finalement la province de Las Palmas de Gran Canaria qui contribue le plus à inverser la tendance sèche de l’archipel. Plus précisément, sur les îles orientales, on a accumulé 153,9 litres par mètre carré, soit 38% de plus que la valeur de référence.


