survivre 96 heures perdu anaga tenerife temoignage secours

Survivre 96 heures perdu à Anaga : le récit poignant d’un randonneur

Le récit glaçant d’une survie de 96 heures dans les montagnes de Tenerife

“Ne partez pas marcher seuls dans les montagnes de Tenerife, et encore moins à Anaga. Il faut être très prudent, surtout avec le temps imprévisible, car tout peut changer en cinq minutes.” Leo Zaal le dit par expérience. Ce Néerlandais a vécu dans sa chair, au sens propre, en septembre 2005, ce que signifie être perdu pendant plus de trois jours après une chute dans le ravin d’Almáciga. Exactement 96 heures, au-delà du seuil de survie établi à 72, et à seulement 300 mètres du refuge Montes de Anaga du Cabildo de Tenerife, à El Bailadero, où il logeait. Un peu moins, un jour et demi, c’est ce qu’a enduré dans des conditions de déshydratation la Britannique Susan Hornby, secourue comme Leo in extremis le week-end dernier. Deux décennies plus tard, Zaal se souvient d’une situation qui l’a marqué à vie.

Un avertissement ignoré et un guide trop optimiste

Depuis sa résidence actuelle aux Pays-Bas, cet homme proche de la soixantaine se remémore un épisode qui “m’a laissé des séquelles dans les jambes pour la vie, mais pas un trauma”, même s’il “n’y pense presque plus”. Leo ne sait pas avec certitude pourquoi les étrangers, “les *guiris*” précise-t-il, se perdent si souvent sur l’île, et particulièrement à Anaga, mais il avance que “ce qui m’a affecté, c’est le changement brutal de temps. Tout a commencé comme ça.” Ce matin-là, justement, “j’ai parlé à un guide allemand de Masca que je connaissais et il m’avait déjà averti de ne pas y aller seul, car les nuages pouvaient apparaître en quelques minutes et tout compliquer ; cela m’a semblé stupide, mais c’est exactement ce qui s’est passé”. Un autre facteur déclencheur fut le guide de randonnée d’un couple allemand que Leo considérait presque comme une bible, détaillant 32 itinéraires pour parcourir Tenerife. Il recensait tous les sentiers, mais, note-t-il, “il ne mentionnait jamais les risques, y compris ces changements radicaux de temps en quelques minutes, surtout à Anaga”.

La randonnée qui a tourné au cauchemar

Équipé et confiant, le Néerlandais était parti pour une simple balade, une marche de plus dans son processus pour arrêter de fumer. Il avait déjà parcouru des sentiers, surtout dans le sud où il était installé, mais Anaga lui manquait. C’était son objectif et ce fut presque le dernier. Leo, qui mesure plus d’1m90 et était un homme corpulent de 48 ans à l’époque – deux facteurs qui lui ont sauvé la vie –, s’est désorienté dans le dernier tronçon de la rute entreprise en août 2005 depuis El Bailadero vers Montaña Tafaya. Il avait un téléphone portable mais pas de réseau. Le calme initial, malgré la perte de repères, a volé en éclats lorsqu’il est tombé sur des ronces et est resté immobilisé. Il a survécu grâce à sa force et à quelques astuces, comme boire sa propre urine.

L’angoisse de l’attente et le miracle du sauvetage

Sa femme, Renata, restée à Las Galletas avec une entorse à la cheville, a commencé à s’inquiéter au fil des heures sans nouvelles. Elle a donné l’alerte, d’abord au refuge puis aux services d’urgence. Les recherches se sont déployées sans succès dans le dédale du massif. Quand tout espoir semblait perdu, le miracle se produisit : Leo était vivant. Très meurtri, mais vivant. Il a été repéré in extremis par quatre pompiers qui ont entendu un faible filet de voix entre les ronces alors qu’ils effectuaient une descente en rappel. Après douze jours d’hospitalisation au Hospital Universitario de Canarias (HUC), il a quitté l’île où il s’était installé en 1998, travaillant alors comme animateur dans le tourisme.

Une vie après l’accident et l’envie de revenir

Aujourd’hui, il travaille dans une ferme fromagère aux Pays-Bas et vend des sabots traditionnels. Il garde un souvenir très ému des retrouvailles avec ses sauveteurs, Wladimir, Andrés, Kem et Francisco, avec qui il a partagé un repas de produits du terroir d’Anaga. Et il pense revenir à Tenerife, car, assure ce Néerlandais plein d’humour, “j’ai parlé avec mon ex, qui vit toujours là-bas, et elle m’aime beaucoup”. Il conclut avec un clin d’œil à la culture espagnole, un vibrant “Visca el Barça” qui dénote sa dévotion pour le club rendu célèbre par son compatriote Johan Cruyff.

Les Canaries renforcent les sanctions pour les sauvetages dus à la négligence

Face à la multiplication des interventions, le gouvernement régional des Canaries prépare un régime sanctionnaire pour l’intégrer dans la nouvelle loi de Protection Civile. Ceci intervient face à l’impossibilité de faire appliquer la taxe approuvée il y a 14 ans pour facturer les opérations de secours consécutives à des imprudences. La Direction Générale des Urgences travaille à fixer le montant des amendes, qui seront proportionnelles au coût élevé de ces dispositifs, majoritairement assurés par les équipes du Grupo de Emergencias y Salvamento de Canarias (GES).

La loi de 2012 prévoyait déjà des tarifs : 36 euros de l’heure par membre du GES mobilisé, 2 000 euros par heure d’hélicoptère, 40 euros par heure pour un véhicule, ou 300 euros pour le véhicule de poste de commandement avancé. Cette taxe n’a jamais été perçue et est aujourd’hui considérée comme dépassée. Rien que la deuxième semaine de février, dix opérations ont été déclenchées pour porter secours à onze randonneurs à Tenerife, Gran Canaria et Lanzarote. Dans la majorité des cas, il s’agissait de touristes de plus de 60 ans – la plus âgée, Susan Hornby, en avait 75 – qui s’étaient égarés ou avaient eu un accident par manque de préparation. En 2025, 216 sauvetages par terre, mer et air ont été comptabilisés. Tenerife arrive largement en tête de ce triste classement, avec 96 interventions.

Source

Scroll to Top
Share via
Copy link