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El Hierro : quatre ans de prison pour le passeur d’un cayuco sénégalais

Une traversée périlleuse depuis l’Afrique de l’Ouest

La section sixième de l’Audience provinciale de Santa Cruz de Tenerife a condamné le patron d’un cayuco à quatre ans de prison pour délit de facilitation de l’immigration illégale, aggravé par la mise en danger de la vie de plus d’une cinquantaine de migrants. Ceux-ci avaient effectué la traversée depuis les côtes du Sénégal jusqu’au port herreño de La Restinga, en avril 2024.

Une embarcation de fortune aux conditions de sécurité inexistantes

Les magistrats ont considéré comme prouvé que dans la matinée du 28 avril 2024, un cayuco est arrivé au port de La Restinga après six jours de voyage. À bord se trouvaient 55 personnes – 54 adultes et un mineur non accompagné – originaires du Sénégal, de Gambie et de Guinée-Bissau. L’embarcation, mesurant 13 mètres de long sur 2 de large, était destinée à la pêche côtière et était dépourvue des systèmes de sécurité les plus basiques : pas de feux de position, pas de fusées de détresse, pas de moyens de communication nautique.

Le GPS et le téléphone, pièces maîtresses de l’accusation

Parmi les passagers se trouvait l’accusé qui, selon la Cour, a agi de concert avec les organisateurs du voyage depuis le Sénégal. Ces derniers lui auraient fourni un GPS et les coordonnées nécessaires pour atteindre les côtes des Canaries, envoyées par WhatsApp sur son téléphone portable. La clé de l’enquête a résidé dans ces deux objets retrouvés à l’intérieur du cayuco le jour même de son arrivée : le GPS et le téléphone mobile, localisés près de la barre et du moteur, la zone où se tiennent habituellement les patrons.

Une analyse forensique révélatrice

Les appareils ont été remis dans un premier temps à des membres du Groupe des Dossiers de la Police Nationale, puis transférés à l’UCRIF (Unité contre les Réseaux d’Immigration Clandestine et les Faux Documents). Une autorisation judiciaire a été demandée pour l’extraction de leur contenu, réalisée en septembre 2024 à l’aide d’un outil forensique. L’analyse du téléphone et du GPS a permis aux agents d’extraire des conversations, des vidéos et des données de navigation. Le GPS avait enregistré les waypoints et le tracé de l’itinéraire suivi ; le téléphone contenait des conversations et du matériel audiovisuel qui, selon le jugement, ont permis de conclure que “l’accusé a joué un rôle actif” tant dans la préparation du voyage que dans son déroulement, en saisissant les coordonnées pour atteindre sa destination.

La défense conteste la chaîne de custode des preuves

Cependant, la défense assurée par l’avocate Victoria Díaz Alba a centré une grande partie de sa stratégie sur la remise en cause de la chaîne de custode de ces deux appareils. Lors de l’audience, l’avocate a signalé une contradiction entre le procès-verbal initial – dans lequel la découverte d’un GPS ou de téléphones satellites n’était pas consignée – et le rapport ultérieur de l’UCRIF affirmant avoir localisé de tels appareils. Elle a en outre souligné l’absence d’une garde continue et documentée depuis la découverte des appareils le 28 avril jusqu’à leur remise formelle en juillet à l’agent responsable de l’UCRIF, et depuis ce moment jusqu’à l’extraction effective des informations en septembre.

La réponse de la Cour à ces allégations

De l’avis de la défense, ce laps de temps empêchait d’écarter la possibilité d’une manipulation des appareils, d’autant plus que le rapport lui-même indiquait que le téléphone avait été allumé et qu’il n’était protégé ni par un code PIN ni par un schéma de déverrouillage. La Cour a expressément examiné cet argument. Elle a rappelé que “la chaîne de custode est une garantie destinée à assurer que les preuves analysées sont les mêmes que celles recueillies initialement, et qu’une éventuelle irrégularité n’entraîne pas automatiquement la nullité de la preuve, mais peut affecter sa fiabilité”. Le tribunal ajoute dans le jugement qu’« il ne suffit pas de soulever de manière générique une possible rupture : il est nécessaire de préciser à quels moments et par quelles actions elle se serait produite ».

Les agents ont expliqué que les appareils avaient dû être transportés depuis El Hierro jusqu’à Tenerife et que, une fois au siège de l’UCRIF, ils étaient restés sous la garde du fonctionnaire responsable du groupe. La Cour indique que “la preuve d’une rupture pertinente affectant l’authenticité des preuves n’a pas été apportée”. Le téléphone contenait plusieurs photographies dans lesquelles apparaît l’accusé avec un gilet de sauvetage, dont l’une des poches laissait dépasser un GPS. Il s’agit d’un selfie pris dans la zone arrière du bateau, aux côtés d’un autre homme qui tenait la barre et qui n’a pas pu être localisé à ce jour.

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