Calima aux Canaries : bien plus que de la poussière dans l’air
Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’il y a vraiment dans l’air lorsque le ciel des Canaries prend cette teinte ocre caractéristique de la calima ? Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas seulement de la poussière, comme l’explique la communicante scientifique Gemma del Caño dans un article publié sur Meteored. Début 2026, l’archipel a déjà connu un épisode intense de ce phénomène, ayant conduit à une pré-alerte déclarée par le gouvernement régional, des avis jaunes de l’Agencia Estatal de Meteorología (Aemet) et des recommandations de la Santé Publique pour éviter les problèmes respiratoires. Mais que respirons-nous exactement, et quels sont les effets réels sur notre santé ?
Une composition bien plus complexe que du simple sable
Dans son analyse spécialisée, Gemma del Caño alerte : cette poussière en suspension modifie ce que nous respirons et peut effectivement affecter sérieusement la santé. Elle précise que la calima est constituée de particules en suspension, dont beaucoup sont des PM10 et des PM2,5 – le chiffre indiquant leur taille en microns. « Plus elles sont petites, plus elles pénètrent profondément dans le système respiratoire, atteignant les bronches, les bronchioles et même les alvéoles pulmonaires », souligne-t-elle.
Mais ce n’est pas tout. Cette poussière peut transporter des métaux (fer, aluminium, manganèse), des spores de champignons et des bactéries – certaines restant viables après un voyage de milliers de kilomètres – ainsi que des polluants chimiques adsorbés pendant le trajet. « La calima ne crée pas ces contaminants, elle les concentre et les redistribue, aggravant ainsi la qualité de l’air », surtout lorsqu’elle se mélange à la pollution urbaine, ajoute l’experte.
Impacts respiratoires et cardiovasculaires avérés
Quel est l’impact réel ? Il faut, selon la communicante, séparer les données des perceptions. Lors des épisodes de calima, on observe une augmentation des consultations médicales pour asthme, bronchite, BPCO (Bronchopneumopathie Chronique Obstructive) et autres problèmes respiratoires. Ces particules fines provoquent une irritation des voies respiratoires, une bronchoconstriction (surtout chez les asthmatiques) et une plus grande susceptibilité aux infections.
« Chez les personnes atteintes de BPCO, la calima peut déclencher des exacerbations graves. Ce n’est pas que la poussière “se sente mal”, c’est qu’elle augmente l’inflammation pulmonaire et réduit la capacité respiratoire chez des organismes déjà fragilisés », explique Gemma del Caño. Les conséquences ne s’arrêtent pas là : les particules les plus fines peuvent passer dans la circulation sanguine, générant une inflammation systémique, ce qui augmente le risque cardiovasculaire.
« Lors d’épisodes intenses, on a observé une plus grande incidence d’infarctus, de décompensation d’insuffisance cardiaque ou d’augmentation des hospitalisations pour causes cardiovasculaires. Cela ne signifie pas que la calima cause directement des infarctus, mais qu’elle agit comme un facteur déclenchant chez les personnes vulnérables », clarifie-t-elle.
Allergies, peau et mythes sur les micro-organismes
« Ces gênes ne sont pas des allergies, bien qu’elles y ressemblent », insiste la spécialiste. La poussière en suspension n’est pas du pollen, mais elle peut aggraver les allergies respiratoires existantes en ajoutant de l’irritation à un système déjà sensibilisé. Sur la peau, l’effet est généralement léger, mais les personnes souffrant de dermatite ou ayant la peau sensible peuvent voir leurs symptômes s’aggraver.
Un mythe récurrent concerne les micro-organismes transportés. Gemma del Caño reconnaît que oui, la poussière peut véhiculer des champignons et des bactéries, « mais nous ne sommes pas face à une pluie d’agents pathogènes dangereux ». La majorité sont des micro-organismes environnementaux et le risque pour la population générale reste faible.
Comment réagir face à un épisode de calima
Face à l’arrivée de la calima, la communicante scientifique conseille de consulter les indices de qualité de l’air, de limiter l’exposition en évitant les activités physiques intenses à l’extérieur, et de comprendre que « la calima n’est pas inoffensive, mais ce n’est pas non plus un événement catastrophique ». Une vigilance adaptée, particulièrement pour les personnes fragiles, reste la meilleure des préventions.


