Une innovation canarienne primée pour sauvegarder l’eau des îles
Les Canaries s’apprêtent à exporter dans le monde entier un outil capable d’anticiper les pénuries d’eau liées au changement climatique. Il s’agit de la plateforme Sicma Canarias, qui réalise des prévisions climatiques avec une résolution jamais vue auparavant : des mailles de 100 mètres sur 100 mètres. Autrement dit, si l’on analysait jusqu’ici le climat à l’échelle d’une commune, on le fait désormais à la taille d’un terrain de football. Une caractéristique qui en fait une ressource stratégique pour prévoir l’impact du réchauffement climatique sur les îles, où la diversité des microclimats provoque des erreurs de calcul avec les techniques conventionnelles.
Un prix international pour un projet né à l’Université de La Laguna
Cette initiative, portée par un groupe de recherche de l’Université de La Laguna (ULL) et dirigée par l’ingénieure agroforestière Noelia Cruz et l’ingénieur des eaux et forêts Juan Carlos Santamarta, a été récompensée par le prestigieux prix international Chris Binnie Award de l’Institution of Civil Engineers du Royaume-Uni. Une distinction qui revient habituellement à de grands projets scientifiques nationaux et qui, cette fois, a salué l’impact « large, stratégique et reproductible » de cette plateforme conçue conjointement par la Fondation pour le Climat (FIClima) – via le chercheur César Paradinas – et Meteogrid.
Cela signifie que cette innovation, partie des Canaries, pourra être étendue à d’autres îles du monde pour les aider à gérer leurs ressources en eau face à un avenir marqué par des températures plus élevées et des pluies torrentielles. « Nous avons déjà eu quelques contacts avec d’autres Régions Ultrapériphériques (RUP), comme les Caraïbes françaises, et aussi avec d’autres archipels comme les îles Féroé », explique Santamarta, précisant que toutes les données de la plateforme sont en accès libre et téléchargeables pour quiconque en a besoin.
Née d’un besoin concret exprimé par les agriculteurs
Sicma Canarias a déjà attiré l’attention d’autres groupes de recherche, du gouvernement des Canaries ou même de Gesplan, mais les chercheurs estiment que ce sont les citoyens qui en bénéficieront le plus. En effet, comme ils l’expliquent, la demande d’un outil aux caractéristiques aussi précises est née lors d’une série de rencontres avec des agriculteurs dans le cadre du projet européen Arsinoe (acronyme de « Régions résilientes au climat grâce à des solutions et innovations systémiques »). Une initiative scientifique que la Commission européenne a déjà reconnue comme une success story au sein de l’UE pour son impact, sa transférabilité et son utilité publique dans la gestion de l’eau sur les îles volcaniques.
« Ils nous ont dit qu’ils ne trouvaient pas de données climatiques adaptées à leurs besoins », souligne Noelia Cruz, qui a passé une année entière à recueillir des informations sur les besoins de différents groupes de population concernant la gestion de l’eau. « Pour eux, il était important d’avoir ces informations pour savoir, par exemple, quand aller arroser », précise-t-elle. C’est ainsi qu’est née, à partir des « principales variables liées à la gestion des ressources en eau et à leur impact sur l’agriculture », l’un des outils de recherche sur le changement climatique dans les îles les plus exhaustifs qui soient.
Une précision qui révèle les microclimats des ravins
« Jusqu’à présent, aux Canaries, on était parvenu à une résolution maximale de 3 kilomètres », explique Juan Carlos Santamarta, qui souligne que les cartes de Sicma Canarias peuvent montrer comment les conditions climatiques vont changer à l’intérieur même des ravins. « Ces zones agissent comme des microclimats », insiste le chercheur.
Bien que l’outil ait été lancé il y a relativement peu de temps, les scientifiques ont déjà pu constater des résultats « surprenants » en l’appliquant aux îles. Parmi les conclusions les plus marquantes, on note le changement de température que vont subir les ravins de La Gomera et de Gran Canaria. « Les thermomètres afficheront des températures notablement plus élevées », souligne Santamarta, qui insiste sur le fait que cet outil aidera à gérer les accès à certaines zones pendant les vagues de chaleur.
Des projections jusqu’en 2100 pour guider les politiques publiques
L’application permet de connaître l’évolution du changement climatique en relation avec la température, l’aridité, les précipitations et les vagues de chaleur aux Canaries. Elle comprend également une section dédiée uniquement aux Parcs Nationaux. « Il s’agit d’une solution innovante, qui permet de disposer de projections climatiques jusqu’en 2100 avec une haute résolution », insiste Noelia Cruz, qui met en avant le fait que l’outil a été créé au sein de l’Université publique pour fournir des informations que les institutions peuvent utiliser pour mettre en œuvre leurs politiques climatiques.


