Une fête clandestine démantelée dans un site classé
Lundi dernier, la Garde civile a mis fin à une nouvelle fête illégale organisée dans le ravin de Balos, à proximité immédiate du Bien d’Intérêt Culturel (BIC) de la grotte du Frère Pedro, sur la commune de Granadilla de Abona, dans le sud de Tenerife. Ce site naturel abrite depuis plusieurs années des cabanons et des grottes occupées, principalement par des ressortissants européens, et sert régulièrement de cadre à des festivités clandestines, annoncées sur les réseaux sociaux à l’échelle internationale.
L’alerte du collectif de protection du patrimoine
L’intervention policière fait suite aux signalements répétés du collectif d’archéologie sociale Imastanen, qui critique depuis longtemps ces dérives. Ce groupe avait récemment alerté, via le média Canarias Ahora, sur la persistance de ces rassemblements. Dans le cas présent, les affiches diffusées en ligne annonçaient une fête diurne, invitant les participants à « aider les occupants étrangers à creuser une nouvelle grotte » destinée, selon les organisateurs, à devenir un studio de musique.
Un site archéologique et ethnographique menacé
Imastanen insiste sur la valeur archéologique et ethnographique de ces cavités, bien qu’elles ne soient ni répertoriées ni officiellement protégées. La zone, d’une grande fragilité écologique, se situe à proximité de la Montaña Roja et de la plage de La Tejita. Depuis des années, le collectif alerte les autorités locales et insulaires, rappelant qu’un incendie s’était déjà déclaré dans une décharge de ferraille et de pneus dont la licence était expirée, dans ce même secteur. Il mentionne également des dépôts de déchets issus de l’activité des serres environnantes, symptômes selon eux d’un abandon généralisé de la part des pouvoirs publics.
« Malgré notre dernier signalement, largement relayé par la presse et la télévision canariennes, avec des preuves photographiques de ce qu’il s’y passe, rien n’a été fait. Des riverains nous confient que l’excuse officieuse des autorités est qu’elles ont déjà tenté d’expulser les occupants, mais que ces derniers reviennent immédiatement », déplore le collectif. « Bidons d’eau, panneaux solaires, structures, grottes remplies de déchets, puissants matériels audio et absence totale de sanitaires pour les résidents comme pour les visiteurs : voilà ce qui orne ce lieu, pourtant zone de reproduction des œdicnèmes criards, une espèce protégée. »
Impunité et double discours
Les militants dénoncent « l’impudence des occupants illégaux de cet espace naturel, qui annoncent leurs fêtes publiquement sur les réseaux comme s’il s’agissait de leur boîte de nuit privée en plein air ». Le lundi 20 avril, une affiche circulait sans aucune retenue, invitant à une journée festive et laborieuse de 10h à 19h, pour creuser cette nouvelle grotte destinée à devenir un studio de musique, jouxtant la cavité principale où se déroulent régulièrement les fameuses raves de musique électronique.
« Le lieu est connu dans toute l’Europe comme une zone de non-droit où ces activités illégales se déroulent sans aucune limite, et c’est implicitement ce qui est mis en avant dans leurs annonces. Les participants étaient informés que le bar serait ouvert et qu’un repas serait servi en fin d’après-midi, lors d’une fête intitulée “420 Daytime Party” », ajoutent-ils.
Des agents sur place pour constater les faits
Selon les témoignages recueillis par notre rédaction, plusieurs membres du collectif, accompagnés d’autres militants écologistes, se sont rendus sur place lundi matin pour vérifier que la fête avait bien lieu comme annoncé. Après avoir prévenu les autorités, ils ont constaté la présence de nombreux véhicules garés dans le secteur, témoignant de l’activité en cours. Dans un premier temps, une patrouille de la police locale de Granadilla et deux agents du Seprona (service de protection de la nature de la Garde civile) sont intervenus. Finalement, ce sont d’autres agents de la Garde civile qui ont dispersé la fête, constatant que l’excavation promise était bel et bien en cours.
« Après avoir identifié certains des participants, ils ont ouvert une procédure, ouvrant la voie à une possible expulsion du site. Nous ignorons si cela dissuadera ce groupe d’étrangers qui fait régner sa propre loi dans cet espace naturel, aussi fragile que malmené », regrettent les membres du collectif.
Nouvelle rave annoncée et communauté illégale installée
Parallèlement, le collectif alerte sur la diffusion d’une nouvelle affiche annonçant une rave de « Hard Techno » intitulée « Hard Night III », prévue ce vendredi 24 avril, dans un lieu tenu secret, mais qui pourrait être le même ravin ou un autre point du littoral où ce type de rassemblements est monnaie courante depuis des années. « Un groupe de citoyens hongrois semble être à l’origine de ces activités illégales et, dans les faits, gouverner tacitement cette “communauté” usurpatrice, probablement soutenue par des activités illicites diverses », dénoncent-ils.
Un patrimoine guanche et historique bafoué
Le collectif rappelle la valeur patrimoniale du ravin de Balos : avant la conquête, le site abritait un important village permanent guanche. À l’époque coloniale, il a servi de refuge et de lieu de repos pour le religieux originaire de Vilaflor, Pedro de San José Betancur, connu sous le nom de Frère Pedro, lors de ses transhumances hivernales. Depuis 1999, la grotte du Frère Pedro et ses abords sont classés BIC dans la catégorie « Site historique » par le gouvernement des Canaries. « La valeur patrimoniale évidente de la zone, riche en matériel archéologique de surface, est encore largement méconnue, faute d’études et de prospections archéologiques rigoureuses, et en raison de la perte continue d’informations due au pillage et aux dégradations subies, surtout ces dernières décennies », souligne le collectif.
Des ravins livrés à eux-mêmes
« Il semble que nos ravins, victimes de l’abandon et de la négligence des institutions censées les protéger depuis des décennies, soient devenus le nouvel attrait pour une surfréquentation de visiteurs, attirés par la perception fondée que tout est permis », déplorent les militants. « Une expulsion ponctuelle s’est révélée inefficace face à l’ampleur du phénomène : soit le site est réoccupé dès le lendemain, soit un autre lieu est trouvé, dans une logique d’impunité et de tolérance municipale généralisées. L’absence de surveillance et de contrôle vis-à-vis de ces étrangers contraste avec la rigueur répressive appliquée à la population locale. Un deux poids deux mesures qui indigne les habitants », ajoutent-ils.
« Si vous êtes canarien et qu’il vous prend l’idée de camper avec votre famille ou vos amis dans l’un des rares coins du littoral encore non urbanisés, même en respectant le lieu, alors vous risquez une amende sans aucune clémence », rappellent-ils. Le collectif souligne qu’en début d’année, ils avaient déjà dénoncé « une pratique courante qui s’étend à tout le littoral sud de Tenerife : des grottes à très haute valeur archéologique et ethnographique sont transformées en logements pour aventuriers européens, qui non seulement incitent leurs compatriotes à les imiter — via des publications et même des interviews dans des médias hongrois et polonais — mais tirent profit de la location de ces cavités modifiées à d’autres voyageurs en quête d’expériences extrêmes dans le Tenerife sauvage. »


