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Empreinte carbone aux Canaries : un registre unique au monde en préparation

Un projet ambitieux pour les îles

Un nouveau registre canarien de l’empreinte carbone verra le jour l’année prochaine. C’est ce qu’a annoncé un responsable du gouvernement régional, en charge du dossier, lors d’un entretien exclusif. Ce registre, bien que calqué sur la structure de celui du ministère espagnol de la Transition écologique, se distingue par plusieurs innovations majeures, adaptées aux spécificités de l’archipel.

Un fonctionnement semblable, mais des innovations canariennes

« Notre registre aura la même structure que celui du ministère, explique le responsable. Tous les registres fonctionnent de la même manière : on enregistre l’empreinte carbone de son activité. Cependant, une nouveauté importante est que, aux Canaries, il sera également possible de le faire pour un événement spécifique, ce qui n’est pas le cas au niveau national. Cela rejoint l’initiative de registres plus locaux, comme celui de Santa Lucía de Tirajana, qui furent parmi les premiers d’Espagne à ouvrir. »

Mais le cœur du dispositif réside ailleurs. « Une fois l’empreinte mesurée, l’étape cruciale est la compensation, poursuit-il. Pour cela, on inscrit un projet de compensation des émissions de CO2. S’il est conforme, il est mis en œuvre et reçoit un certificat. Le porteur du projet repart avec un document garantissant qu’il a bien compensé ses émissions. »

Adapter les règles à la réalité canarienne

L’originalité du modèle canarien réside dans son adaptation aux contraintes locales. « Au niveau national, voire européen, les projets de compensation se limitent à l’absorption de CO2 par la reforestation avec des arbres, explique-t-il. Nous allons rédiger notre propre réglementation, car le cadre national ne correspond pas aux besoins de l’archipel. »

Deux aspects sont révisés : d’une part, les espèces végétales éligibles. « Nous voulons inclure les arbustes et les plantes autochtones, comme la tabaïba (une euphorbe typique des Canaries, NDLR). Les projets ne doivent pas se limiter à la plantation d’arbres. » D’autre part, la taille des parcelles. « Le registre national impose des parcelles de plusieurs hectares, ce que nous n’avons pas aux Canaries. »

Régénération des ravins et refuges climatiques

Au-delà de ces adaptations, les Canaries ouvrent la voie à des projets bien plus novateurs. « Nous voulons aller plus loin que les reforestations classiques, en soutenant la régénération et la récupération d’écosystèmes, affirme le responsable. Par exemple, nettoyer un ravin (barranco) envahi par des plantes invasives pour le repeupler avec des espèces locales. »

Mais l’ambition ne s’arrête pas là. « Nous voulons certifier des projets qui n’ont jamais été envisagés, comme les refuges climatiques urbains. Si un espace vert en ville absorbe du CO2, nous proposons qu’il puisse l’être. Cela ferait de nous des pionniers mondiaux. N’ayant pas de grands domaines à reforester, nous devons innover. Et c’est logique : une commune qui crée un tel refuge pourrait financer son entretien grâce à la vente des crédits carbone. Nous cherchons aussi des mécanismes de financement pour ces projets pionniers. »

Le responsable tient à rassurer : la compensation ne doit en aucun cas se faire au détriment des actions de réduction des émissions. « Réduire est la priorité absolue, insiste-t-il. Le système énergétique actuel est responsable de 88 % des émissions des Canaries, soit entre 10 et 14 millions de tonnes de CO2 par an. Plus de la moitié de ces émissions provient du tourisme. C’est donc sur l’énergie qu’il faut agir en premier. Le 12 à 14 % restant provient notamment des décharges (8 %). La valorisation énergétique des déchets est un autre levier. »

Il ajoute des exemples concrets : « Le cycle intégral de l’eau est aussi une piste. La moitié de l’eau dessalée consommée aux Canaries se perd dans le réseau. On peut quantifier le CO2 lié à cette perte d’énergie. Une réforme pour colmater les fuites pourrait ainsi être certifiée comme projet de compensation. Nous explorons même comment augmenter l’absorption de CO2 par l’océan. Les voies sont multiples, mais la priorité reste la transformation énergétique et la fin des décharges. »

Calendrier et projets pilotes

Concrètement, le registre canarien sera approuvé prochainement et devrait être opérationnel l’année prochaine. « L’idée est de certifier l’empreinte carbone de l’année 2025 et de recevoir les premiers projets d’absorption, précise le responsable. Nous travaillons en parallèle sur les réglementations. Le premier texte concernera la reforestation avec nos spécificités (flore locale et petites parcelles). Ensuite, nous certifierons des méthodologies et lancerons des projets pilotes. »

Des accords sont déjà en vue pour des projets de récupération de ravins. « L’essentiel est de poser des règles du jeu claires, ajoute-t-il. Une fois cela fait, les méthodologies s’intégreront progressivement. »

Interrogé sur l’intérêt des entreprises, le responsable sourit. « On parle de « blanchir » leur image, mais si elles investissent dans des projets objectifs qui profitent à tous, c’est un blanchiment béni ! L’esprit de la loi est clair : une fois son empreinte mesurée, l’entreprise doit d’abord chercher à la réduire. La compensation vient après. Ce n’est pas un permis de polluer. Certaines entreprises, comme les compagnies aériennes, ne pourront pas réduire leurs émissions du jour au lendemain. Pour elles, la compensation est une nécessité. »

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