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L’AIEM canarien en débat : protection locale ou taxe punitive ?

Le gouvernement des Canaries lance le processus de renouvellement de l’AIEM

Le gouvernement des Canaries a mis en marche les démarches pour renouveler l’AIEM à partir du 1er janvier 2028. Ce processus replace une fois de plus cette taxe au cœur du conflit entre producteurs locaux et importateurs, un débat qui, cette fois, se jouera tant à Bruxelles que dans les îles elles-mêmes. Pour l’industrie locale, cet impôt agit comme une protection face à la concurrence extérieure. Pour les importateurs et les PME, le problème ne réside pas dans le principe de protéger la production locale – avec lequel ils sont d’accord – mais dans le fait que le mécanisme actuel renchérit les produits entrant dans l’archipel, un surcoût qui est finalement répercuté sur le consommateur.

Une procédure qui passe par Madrid et Bruxelles

Lors de sa réunion du 23 décembre dernier, le Conseil de gouvernement a décidé d’engager la procédure de renouvellement de la taxe et de demander au gouvernement espagnol de communiquer formellement à la Direction générale de la fiscalité et des douanes de la Commission européenne l’intention de prolonger ce prélèvement. Cette communication de l’État est nécessaire, car c’est lui qui est l’interlocuteur officiel auprès des institutions communautaires. Sur proposition de la conseillère aux Finances et aux Relations avec l’Union européenne, Matilde Asián, l’exécutif régional a mandaté son département pour entamer les démarches avec le Secrétariat d’État aux Finances espagnol, afin de canaliser la demande vers Bruxelles et garantir la continuité de l’arbitrio (taxe) pour la prochaine période.

Qu’est-ce que l’AIEM ?

L’AIEM (Arbitrio sobre las Importaciones y Entregas de Mercancías en las Islas Canarias) est un impôt d’État qui s’applique uniquement dans l’archipel. De nature indirecte, il taxe en phase unique certains biens importés dans le but de protéger la production locale. Les taux applicables sont de 5%, 10% et 15%, et la liste des produits concernés est révisée périodiquement. Son renouvellement devra être autorisé par la Commission européenne avant son entrée en vigueur le 1er janvier 2028. Dans l’intervalle, le ministère régional des Finances ouvrira une phase de consultations avec les secteurs concernés et avec les services du gouvernement liés à cette taxe, afin de recueillir des contributions pour établir la nouvelle liste des produits à taxer.

Un vieux débat rouvert

Ce processus de renouvellement ravive un débat installé depuis des années dans l’économie canarienne. Depuis près d’un quart de siècle, importateurs, distributeurs, commerçants et industriels s’opposent sur la fonction de l’AIEM, l’étendue de la protection qu’elle offre à la production locale et l’impact que cette taxe peut avoir sur le panier de la ménagère. Lors des dernières révisions, l’ajustement de la liste des produits avait déjà provoqué des frictions entre les secteurs, avec des positions divergentes sur le fait de savoir si l’arbitrio atteint son objectif ou si, au contraire, il renchérit la consommation dans un territoire soumis à de fortes contraintes logistiques.

Les importateurs et distributeurs montent au créneau

L’ancien président de la Confédération canarienne des entrepreneurs et importateur, Sebastián Grisaleña, a relancé l’offensive contre l’AIEM. Il définit cette taxe comme une figure « sans sens » qui « punit injustement » le consommateur et dénonce un manque de transparence dans sa gestion. Il remet en cause le fait que l’AIEM protège réellement l’industrie et la décrit comme un impôt à « visée fiscale » qui ne sert qu’à alimenter les caisses publiques des Canaries. Selon ses calculs, l’exercice précédent s’est clos avec une recette de 305 millions d’euros, un chiffre qui pourrait dépasser les 315 ou 320 millions en 2026. Ces ressources sont réparties entre le gouvernement régional, les municipalités (ayuntamientos) et les conseils insulaires (cabildos).

Grisaleña soutient que la surtaxe peut augmenter le prix final de certains produits de 30% à 40% et conteste le supposé avantage fiscal des îles. Il affirme qu’en de nombreux cas, la somme de l’IGIC (l’équivalent local de la TVA) et de l’AIEM dépasse le taux de TVA appliqué sur le continent espagnol. Il cite en exemple le yaourt, qui est taxé à 4% sur le continent mais supporte un AIEM de 15% aux Canaries, malgré un IGIC à 0%.

Les demandes des distributeurs et du commerce

L’Association des grands distributeurs des Canaries (Asodiscan) réclame également des ajustements en profondeur. Son secrétaire général, Alfredo Medina, estime que l’AIEM est « excessif » et ne s’adapte pas à la structure économique de l’archipel. Il soutient que cette taxe peut provoquer un « effet inflationniste » : lorsque le produit importé devient plus cher, le produit local augmente également son prix, juste en dessous de celui de l’importé. Asodiscan demande de retirer de la liste les produits sans fabrication locale – comme l’essence, depuis la fermeture de la raffinerie en 2014 – et propose une étude technique produit par produit pour la période qui débutera en 2028.

La Fédération du commerce de Las Palmas (Fedeco) considère quant à elle que l’AIEM est « totalement obsolète » après près de 25 ans sans révision en profondeur. Son président, Raju Daswani, indique que dans certains secteurs, la production locale ne couvre qu’environ 30% de la demande, les 70% restants dépendant des produits importés. Il juge donc injuste de faire peser l’impôt sur la consommation. Fedeco soutient le principe de la protection industrielle, mais plaide pour une réduction drastique de la liste et une mise à jour des codes tarifaires pour limiter l’arbitrio aux articles qui sont en concurrence directe avec la production locale.

La défense acharnée des industriels locaux

L’autre face de la médaille est représentée par l’Association des industriels des Canaries (Asinca), qui défend le renouvellement de l’AIEM comme un instrument nécessaire pour compenser les surcoûts structurels liés à la production dans l’archipel. Son président, Virgilio Correa, évalue ces coûts supplémentaires à 29% du chiffre d’affaires et rappelle que les aides au fonctionnement – y compris l’AIEM – ne les compensent qu’entre 8% et 14%. Il rejette l’idée que l’arbitrio ait une répercussion significative sur le panier de la ménagère et affirme que son incidence est « nulle ou quasi nulle » dans les grandes chaînes nationales, invitant à comparer les prix des produits de marque distributeur entre Madrid et les Canaries.

Asinca met en garde : des secteurs comme la torréfaction du café ou la fabrication du chocolat dépendent directement de cette taxe. L’association se dit prête à revoir la liste pour retirer les produits sans fabrication locale, à condition que cela ne compromette pas les activités industrielles dans les îles. Elle dissocie également l’augmentation des recettes de la taxe de son taux même, l’attribuant plutôt à la hausse générale des prix de la consommation.

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