Un saut historique pour la défense européenne
Les troupes des îles Canaries accomplissent une avancée historique en matière de rôle international. Pour la première fois et de manière pleine et entière, elles vont s’intégrer à la seule force militaire dont dispose l’Europe en dehors de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Un millier de militaires de la Brigade Canarias XVI (Brican) rejoindront en juillet les EU Battlegroups, ou Groupes de combat de l’UE. En l’absence d’une armée européenne permanente et unifiée à proprement parler, ces unités de réponse rapide, dotées d’un commandement indépendant, constituent les seules forces militaires propres à l’Union européenne. C’est à ce corps d’élite que la Brigade Canarias va se joindre dans cinq mois.
L’accession des uniformés insulaires à cette élite continentale intervient à un moment précis où l’Europe envisage justement de faire de ces Groupes de combat l’embryon de ses premières forces armées. Cette nécessité est apparue dans un contexte d’instabilité mondiale maximale, marquée par la menace militaire russe, les dédains des États-Unis de Donald Trump envers le Vieux Continent, et la situation de fragilité dans laquelle se trouve l’OTAN.
Une préparation intensive pour une intégration imminente
Le chef d’état-major du Commandement des Canaries, le général Alfonso Pardo, a annoncé lors d’une rencontre avec la presse que le millier de militaires insulaires s’entraînera lors d’exercices en juin. Dès le mois suivant, leur accréditation en poche, ils intégreront ces unités européennes, prêtes à un déploiement immédiat en cas de menace ou de crise internationale. Ce contingent canarien hautement qualifié restera en principe un an au sein des Battlegroups, sous le commandement du quartier général de l’Union européenne à Strasbourg, en France.
La Brigade Canarias représentera les forces armées espagnoles au sein d’unités multinationales opérationnelles depuis 2007, mais qui ont acquis une importance cruciale aujourd’hui face aux soubresauts de l’OTAN et à la pression russe depuis l’invasion de l’Ukraine, dont on vient de commémorer le quatrième anniversaire. Ces Groupes de combat ne peuvent entrer en action qu’avec l’approbation unanime du Conseil européen et l’autorisation d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ces équipes de combat tournantes doivent être prêtes à une intervention immédiate pendant une période déterminée.
Une projection internationale et une mission cruciale en Lettonie
L’intégration des Canaries démontre, comme l’a souligné Alfonso Pardo à la Capitainerie générale de Santa Cruz de Tenerife, la haute capacité atteinte par les troupes insulaires, non seulement pour la défense de l’archipel, mais aussi pour leur projection internationale. Ce ne sera d’ailleurs pas la seule mission à l’étranger que la Brican XVI affrontera en lien avec les nouvelles menaces pesant sur le Vieux Continent. Elle renforcera également la mission de l’OTAN en Lettonie, à la frontière avec la Russie, pour la défense du flanc est.
Après le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’OTAN a élargi la force déployée, passant d’un bataillon d’environ 700 effectifs à une brigade multinationale de 3 500 militaires en 2024. Ce renforcement a permis d’incorporer des capacités de génie, d’artillerie ou de guerre électronique. La Lettonie, avec deux autres pays baltes, l’Estonie et la Lituanie, a résisté aux tentatives de contrôle russe, maintient une ligne pro-européenne et s’est alliée à l’Ukraine. Ces trois nations forment ce que l’on appelle la Ligne de défense de la Baltique, un cordon de sécurité face aux menaces russes.
Au cœur de la stratégie défensive européenne
Ainsi, les troupes canariennes s’inscrivent pleinement dans la stratégie européenne visant à accroître ses capacités défensives dans une conjoncture de tension extrême, où certains jours, une simple étincelle semble pouvoir tout déclencher. Cette insécurité a répandu la crainte d’un conflit armé parmi les Européens. C’est pourquoi le dernier Eurobaromètre a révélé que 52 % des citoyens font confiance à l’UE pour renforcer la défense face à une Russie de plus en plus agressive et à des États-Unis de Donald Trump de plus en plus provocateurs, imprévisibles et anti-européens.
La Brigade Canaries, fer de lance des forces espagnoles
Dans ce contexte, il n’est pas un hasard si les forces armées espagnoles ont misé sur la Brigade Canaries pour améliorer la réponse européenne. Il s’agit de l’unité ayant la plus grande capacité opérationnelle du Commandement des Canaries. Elle est d’ailleurs celle qui participe aux missions de paix internationales, comme celles du Liban et d’Irak. Cette brigade, la plus jeune de l’armée de terre espagnole, compte des unités déployées dans cinq casernements à Tenerife, Gran Canaria et Fuerteventura.
Elle dispose d’environ 2 100 militaires et d’un effectif opérationnel de près de 1 600 personnes. Elle a joué un rôle clé dans les opérations Balmis et Baluarte de lutte contre le Covid-19, ou encore à Cumbre Vieja après l’éruption du volcan Tajogaite à La Palma en 2021. Outre son intégration aux Groupes de combat européens et sa participation en Lettonie, elle prendra part cette année à la mission espagnole en Irak.


