Canaries : hausse alarmante de 45% des morts sur les routes en 2025
Les Îles Canaries rallument les signaux d’alarme concernant la sinistralité routière. Entre le 1er janvier et le 3 décembre 2025, l’archipel a enregistré 48 accidents mortels, soit quinze de plus que l’année précédente, ce qui représente une augmentation de 42%. Le nombre de personnes décédées a crû dans la même proportion : 50 vies perdues, contre 35 en 2024, soit une hausse de 45%.
Une tendance inquiétante qui contraste avec le reste de l’Espagne
Alors que les chiffres diminuent légèrement à l’échelle nationale – l’Espagne compte 951 accidents mortels contre 957 l’année dernière et 1 035 décès contre 1 065 –, les Canaries évoluent en sens inverse. L’archipel devient ainsi la communauté autonome où la croissance du nombre d’accidents mortels et de décès sur les routes interurbaines est la plus forte. Les cas de la Navarre, qui augmente de 50% avec 27 accidents mortels contre 18 en 2024, et de La Rioja (+42%, 10 accidents contre 7) retiennent également l’attention. Cependant, bien qu’importants en pourcentage, les chiffres de ces deux régions restent inférieurs à ceux des Canaries.
Un contexte national stable qui fait ressortir la situation canarienne
Ces données interviennent dans un contexte où les statistiques nationales affichent à peine des variations. Le rapport de 2024 a recensé 1 785 personnes tuées sur les routes du pays, soit seulement 21 de moins qu’en 2023. En ville, la mortalité a baissé de 5%, tandis que sur les routes interurbaines, elle n’a augmenté que de 0,2%. Cet équilibre contraste fortement avec le scénario canarien, où la hausse est nette et soutenue.
Le poids grandissant des motocyclistes, une spécificité canarienne
Au niveau national, les sorties de route restent le type d’accident le plus meurtrier (630 décès, 35% du total) et représentent 41% des morts sur les routes interurbaines. L’alcool est toujours présent dans un nombre significatif de cas (29% des conducteurs décédés testés étaient positifs). Les drogues ont une présence moindre (7% de positifs) mais ne sont pas négligeables. Aux Canaries, cependant, les données pointent dans une autre direction : le poids croissant des motocyclistes.
L’expert en sécurité routière, Abraham Márquez, explique que “l’indice de létalité d’une moto est beaucoup plus élevé que celui d’une voiture”, mais qu’en moyenne nationale, “il meurt plus de gens en voiture car pour chaque motard, il y a entre 15 et 20 automobilistes”. Cette proportion s’est modifiée dans les îles. “Aux Canaries, ce que nous avons détecté cette année est une augmentation claire des décès de motocyclistes”, précise-t-il. Il souligne qu’il ne s’agit pas de conducteurs novices ou d’usagers de 125 cm³, mais bien de motards roulant avec des machines de grosse cylindrée.
Géographie et usage des accidents : routes de campagne et loisirs
La géographie des accidents est un élément clé. Márquez détaille que ces sinistres se produisent principalement “sur route conventionnelle et hors agglomération”, loin du trafic urbain. Beaucoup ont lieu les week-ends et les jours fériés, lorsque l’usage de la moto est davantage associé aux loisirs qu’à la nécessité de se déplacer. “La moto est utilisée comme un dispositif ludique, ce qui implique des vitesses plus élevées, des tracés plus complexes et une exposition accrue au risque”, résume l’expert.
Formation insuffisante et infrastructures à adapter
À cette tendance s’ajoute la perception d’une formation insuffisante des conducteurs, qu’ils soient motocyclistes ou non. “Bien que des mesures aient été introduites, comme la limitation empêchant un jeune de 18 ans de conduire une grosse cylindrée sans processus préalable, la formation reste une question en suspens”, affirme Márquez. Pour lui, le système actuel ne garantit pas que les conducteurs actualisent leurs connaissances tout au long de leur vie. “Le permis ne peut pas être valable à vie. On l’obtient à 18 ans et on ne reçoit plus jamais de formation. Les routes changent, la signalisation change, les véhicules changent”, argumente-t-il. Il estime que le permis devrait être renouvelé avec une épreuve théorique et pratique, et pas seulement sur la base d’un certificat médical.
Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur le conducteur. L’expert insiste sur le fait que les infrastructures doivent aussi s’adapter. “Les véhicules et les conducteurs évoluent, mais nous conservons des systèmes de protection très anciens, surtout dans les cols de montagne”, explique-t-il. Il considère que l’administration pourrait “aménager de nombreuses routes de manière plus sûre” et rappelle que la sécurité routière dépend d’un équilibre entre la route, le véhicule et le facteur humain. Néanmoins, il admet que ce dernier reste décisif : “Le responsable ne sera jamais uniquement la route ou le véhicule. Les distractions, les sorties de route et le manque de conscience au volant sont à l’origine de nombreux accidents.”
Un appel à l’action face à une équation dangereuse
Avec 15 morts de plus en seulement un an, les chiffres canariens dessinent un scénario qui exige une réponse rapide. La combinaison de motos puissantes, de routes exigeantes et d’une formation qui n’évolue pas assez constitue une équation dangereuse. Pour Márquez, la conclusion est évidente : “Si nous ne renforçons pas la formation, si nous n’actualisons pas nos routes et si nous n’améliorons pas la conscience au volant, ces chiffres continueront d’augmenter.”
Cette recrudescence ouvre également un débat sur la culture routière dans tout l’archipel. Les campagnes de sensibilisation ne semblent pas produire l’effet escompté. La normalisation de certains comportements à risque – comme l’excès de vitesse sur des tronçons connus, une confiance excessive sur des revêtements irréguliers ou la perception que les routes insulaires “se maîtrisent” avec l’expérience – continue de peser sur une sinistralité qui, selon les observations, “semble devoir continuer à augmenter en l’absence de changements”.


