Un mois de février historique pour les hôtels des Canaries
L’atterrissage progressif du tourisme aux Canaries, observé depuis plusieurs mois, ne semble pas affecter la vitalité de l’activité hôtelière, qui a vécu un mois de février excellent. La rentabilité des établissements de l’Archipel est au beau fixe et le deuxième mois de l’année a généré le chiffre d’affaires le plus élevé de l’histoire. Les revenus par chambre disponible (RevPar) ont atteint 138,7 euros, soit une hausse de 1,4% par rapport à l’année précédente.
Février a cependant été le dernier mois de normalité géopolitique mondiale, puisque dès le lendemain, l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a fait voler en éclats toutes les prévisions. L’incertitude quant à l’impact de ce conflit sur le marché touristique international rend difficile toute projection pour les prochains mois. À première vue, la redirection des touristes qui envisageaient de se rendre dans des zones proches du conflit pourrait augmenter le nombre de visiteurs aux Canaries. Néanmoins, les effets sur le prix du pétrole et les répercussions sur les économies des marchés émetteurs laissent toutes les hypothèses ouvertes.
Une tendance haussière ininterrompue depuis la pandémie
Pour l’instant, le mois de février a suivi la tendance que l’activité hôtelière observe pratiquement depuis la reprise post-pandémie : hausse des prix et amélioration de la rentabilité. Les augmentations ont été continues et, à l’exception de quelques points noirs comme la baisse du chiffre d’affaires en mai 2025, les hébergements de l’Archipel cumulent 57 mois de croissance ininterrompue.
C’est ce que démontre le RevPar, publié dans l’Enquête de Conjoncture Hôtelière diffusée hier par l’Institut National de la Statistique (INE). Cet indicateur officiel fondamental pour mesurer la rentabilité de ces entreprises s’est établi en février à son niveau le plus haut depuis le début de la publication des données. Le tarif journalier moyen (ADR) est tout aussi remarquable, frôlant les 157 euros par chambre, un record pour un mois de février.
Des prix élevés qui n’effraient pas les touristes
Que signifient ces chiffres ? Que les hôtels, bien qu’ayant également subi une hausse substantielle de leurs coûts ces dernières années, gagnent plus qu’avant la pandémie. Et ce n’est pas tout : les prix élevés – qui ont augmenté l’an dernier plus du double du taux d’inflation et qui suivent la même trajectoire cette année avec une hausse de 6,1% en deux mois contre 2,1% pour l’IPC – n’effraient absolument pas les touristes.
Bien que le nombre de nuitées ait légèrement reculé l’année dernière (un repli inférieur à 0,09%, perçu comme un point d’arrêt après plusieurs années de hausse ininterrompue), février affiche des chiffres positifs. Les nuitées sont un excellent thermomètre pour mesurer l’activité touristique aux Canaries. Pourquoi ? Parce qu’elles reflètent directement la demande réelle, la durée du séjour du touriste et l’impact économique, les hôtels facturant à la nuit et non par voyageur.
Si en janvier, cet indicateur a de nouveau affiché une baisse de 1,3%, il a augmenté de 0,15% en février. Le nombre de voyageurs hébergés, lui, a augmenté en janvier comme en février, ce qui entraîne une légère baisse de la durée moyenne du séjour, passée de 6,4 jours en 2025 à 6,3 jours en février de cette année.
Une année 2026 sous le signe de l’incertitude géopolitique
Ces bons chiffres arrivent en début d’année, précédant un exercice 2025 qui restera dans les mémoires du secteur hôtelier insulaire comme l’un des meilleurs de l’histoire. Interrogés sur leurs prévisions rêvées pour 2026, les professionnels avaient une idée fixe : une année de stabilité permettant au moins d’égaler les données de 2025.
La première partie de ce vœu ne s’est déjà pas réalisée. La guerre au Moyen-Orient a anéanti les prévisions qui pouvaient exister en début d’année. Il est donc très difficile d’anticiper l’avenir de l’activité dans les prochains mois, car on ignore la durée du conflit et son impact sur l’un des plus grands spectres qui plane actuellement sur les économies européennes : l’inflation.
Une chose est sûre : si le scénario des prochains mois est similaire à celui de la guerre en Ukraine – avec des hausses notables du coût du pétrole –, il faut s’attendre à de nouvelles augmentations de prix sur tous les services et produits, y compris dans les hôtels.
Lors de la précédente crise inflationniste, les établissements hôteliers – comme les entreprises de tous les secteurs – ont dû répercuter sur leurs tarifs les surcoûts qu’ils subissaient eux-mêmes (électricité, eau, denrées alimentaires). Aujourd’hui, bien que l’effet ne soit pas immédiat, un conflit au Moyen-Orient qui s’intensifierait ou s’enliserait dans le temps pourrait avoir le même impact sur la principale industrie de l’Archipel.


