Une flambée historique dans l’archipel
Le prix du logement en Espagne a augmenté de 14,3% au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de l’année précédente, soit une hausse réelle de 11,8% une fois l’inflation déduite. Le prix moyen s’établit désormais à 1 987 euros par mètre carré, selon le dernier rapport de Tinsa by Accumin. Aux îles Canaries, le renchérissement est encore plus marqué, atteignant 17,8% sur un an. L’archipel avait déjà battu l’an dernier les prix records de la bulle immobilière des années 2000, et la tendance haussière se poursuit sans relâche.
Les Canaries, championnes de la hausse
Avec ces données, l’archipel se classe parmi les 14 communautés autonomes espagnoles affichant des variations annuelles nominales supérieures à 10%. À l’échelle provinciale, on observe une intensification des hausses de prix dans 40 des 52 provinces du pays. Il faut rappeler que les Canaries sont officiellement en état d’urgence du logement depuis 2024. Pourtant, le gouvernement régional (coalition CC et PP) n’applique pas la loi nationale sur le logement, qui permettrait de déclarer des zones sous tension et de limiter le prix des loyers, et ce malgré les demandes formelles de plusieurs municipalités.
Santa Cruz de Tenerife en tête des provinces canariennes
Les plus fortes augmentations de prix se localisent dans les provinces de Toledo (+23,2%), Albacete (+19,6%), Madrid (+19,2%), Santa Cruz de Tenerife (+19%) – contre +14,6% dans la province de Las Palmas de Gran Canaria –, Alicante (+18,3%) et Castellón (+18%). Seule la province de Zamora voit ses prix baisser (-3,8% sur un an). Depuis le creux enregistré après la crise immobilière (été 2015), le prix du neuf et de l’ancien en Espagne a bondi de 68%, mais reste 4,5% en dessous des sommets de 2007. En termes réels (inflation déduite), la valeur a augmenté de 32% depuis 2015 et se maintient 34% sous les pics de 2007.
Une tendance qui s’accélère et une incertitude géopolitique
Par rapport au dernier trimestre 2025, le renchérissement entre janvier et mars 2026 s’est établi à 3,2%. La variation annuelle, supérieure de trois dixièmes à celle du trimestre précédent, s’intensifie de manière ininterrompue depuis le quatrième trimestre 2024. “Début 2026, l’impact des précédentes baisses des taux, encore très présent en janvier 2025, a déjà été absorbé par le marché et la tendance vers une stabilisation des transactions est raisonnable”, a indiqué Cristina Arias, directrice du service des études de Tinsa by Accumin.
Le rapport met également en garde contre l’incertitude des prochains mois, liée au conflit au Moyen-Orient et à son impact potentiel sur l’inflation et les taux d’intérêt de référence, ce qui pourrait peser sur la demande résidentielle. La demande de logement fait ainsi face à des tensions contradictoires : d’un côté, un refroidissement possible dû à l’incertitude économique, la perte de pouvoir d’achat et le coût plus élevé des crédits ; de l’autre, un dynamisme porté par l’investissement dans un actif considéré comme une valeur refuge contre l’inflation. “L’instabilité géopolitique pourrait alimenter un nouveau renchérissement du logement neuf et accentuer les difficultés d’accès au logement pour la population générale”, a ajouté Cristina Arias.
Un effort financier démesuré pour les habitants
Sur les 19 communautés et villes autonomes espagnoles, 14 enregistrent des hausses annuelles nominales supérieures à 10%. Les plus fortes progressions concernent la Communauté de Madrid (+19,2%), la Communauté Valencienne (+19,1%), Castille-La Manche (+18,8%), les îles Canaries (+17,8%), la Cantabrie (+16,2%), la Région de Murcie (+16%) et les îles Baléares (+15,5%). En termes nominaux, les régions ayant dépassé les niveaux records de la bulle de 2007 sont les Baléares, Madrid, Melilla et, nouveauté ce trimestre, les îles Canaries.
Malgré cette flambée, l’accessibilité au logement se maintient à des niveaux jugés “raisonnables” au niveau national, avec un taux d’effort moyen de 33,9%. Cependant, huit provinces dépassent le seuil de 35% considéré comme raisonnable : les Baléares, Malaga, Madrid, Barcelone, Alicante, Biscaye, Santa Cruz de Tenerife et Cadix. Le cas le plus critique est celui des îles Baléares, où la population locale consacre en moyenne 54% de ses revenus au logement, suivie par Malaga et Madrid (49%).


