Un accord pour une liste de produits essentiels à l’IGIC zéro
« Nous sommes parvenus à un accord avec les acteurs intervenant dans la chaîne de distribution et nous avons défini aujourd’hui une liste d’environ 45 produits essentiels où ont été pris en compte les laitages, les fruits et légumes, ainsi que les protéines comme le poisson et la viande. » C’est par ces mots que le vice-président des Canaries, Manuel Domínguez, a annoncé la mesure le 24 février dernier, via un communiqué adressé aux médias. Cependant, cette même semaine, il a reconnu dans une interview que 40 de ces produits bénéficiaient déjà de cette réduction. « Peut-être n’aurions-nous pas dû l’annoncer », a concédé Domínguez sur la Cadena Ser.
Un décret antérieur déjà très complet
Son gouvernement avait en effet publié au Bulletin Officiel des Canaries (BOC) le 20 octobre 2025 – bien avant l’éclatement du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran – un décret listant de nombreux produits au taux de taxe zéro. Y figuraient notamment : le pain (y compris le pain sans gluten pour les cœliaques), l’eau, les farines, le gofio (farine de céréales torréfiées typique), le lait, les fromages, les œufs, les fruits, les légumes, les légumineuses, les tubercules naturels, les céréales, les viandes et les poissons.
Ce même décret incluait également l’huile d’olive, l’huile de graines oléagineuses et de grignons d’olive, les différentes pâtes alimentaires (spaghettis, macaronis, tagliatelles…), les médicaments à usage humain et vétérinaire. On y trouvait aussi le pétrole, les serviettes hygiéniques, les couches et l’énergie électrique, entre autres.
Quelle est la réelle nouveauté de l’annonce de février ?
Avec une liste si exhaustive, quelle est la valeur ajoutée de l’annonce du gouvernement canarien en février ? Manuel Domínguez a alors mis en avant qu’une « analyse produit par produit, de manière chirurgicale » était en cours pour examiner le taux d’imposition de chaque article et les aides potentielles. « Je peux vous garantir, a-t-il souligné, que tout produit de ce panier de la ménagère de base soumis à l’IGIC, nous le ramènerons au taux zéro, et pour ceux qui ne le sont pas, nous verrons s’ils peuvent bénéficier d’une aide du gouvernement. »
En réalité, seuls trois produits font leur entrée comme nouveauté dans cette liste : le sel, le café et le beurre. Deux autres sont en suspens, dans l’attente des rapports de la Santé Publique : le sucre et les biscuits.
Une extension progressive de l’exonération au fil des crises
S’il est vrai que la liste des produits au taux zéro s’est étoffée au fil des ans, le décret de 2012 sur l’IGIC (Impôt Général Indirect Canarien) incluait déjà des produits de base comme l’eau, le lait, les œufs, la viande, le poisson, les fruits, les légumes ou les légumineuses. Durant la dernière législature, différentes mesures liées à l’IGIC ont été prises en raison de la COVID-19 et de l’éruption volcanique à La Palma. L’ancien vice-président et conseiller aux Finances, Román Rodríguez (NC), rappelait alors que « la quasi-totalité du panier de la ménagère aux Canaries est exonérée de l’IGIC ».
Une mesure vivement critiquée par l’opposition
Précisément, Nueva Canarias (NC) s’est montrée l’une des formations les plus critiques envers le décret de mesures anti-crise du gouvernement. Son secrétaire général, Luis Campos, a qualifié l’initiative de « simple exercice de propagande avec des chiffres de bonimenteur et un vide social qui fait honte ». Selon lui, des mesures pour les familles les plus vulnérables manquent, et il déplore que les compléments de la Renta Canaria de Ciudadanía (Revenu Canarien de Citoyenneté) n’aient pas été développés. Il reproche également l’inclusion de mesures qui ne sont pas nouvelles, comme l’extension du régime spécial des petites entreprises (Repep) jusqu’à 50 000 euros.
De son côté, le PSOE des Canaries a qualifié dans un communiqué d’« absolument faux » que les mesures annoncées par le gouvernement espagnol n’aient pas d’effet dans l’archipel, citant les aides directes aux compagnies maritimes pour limiter la hausse du prix des billets inter-îles due au carburant, ou l’accélération du versement de l’aide au carburant pour les agriculteurs. Le porte-parole au Parlement, Sebastián Franquis, a réclamé des initiatives concrètes pour protéger les plus vulnérables, comme le renforcement des compléments au revenu de citoyenneté ou la mise en place d’aides pour les pensions contributives.
Un engagement électoral non tenu sur la baisse de l’IGIC
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement des Canaries s’empêtre avec l’IGIC. Durant la campagne électorale, la Coalition Canarienne (CC) et le Parti Populaire (PP) avaient tous deux insisté sur la nécessité de baisser les impôts, promettant spécifiquement de réduire le taux général de 7% à 5%, engagement qu’ils ont inscrit dans leur accord de coalition. Peu après leur arrivée au pouvoir, ils se sont abrités derrière l’« incertitude fiscale » pour ne pas appliquer cette mesure. Récemment, c’est la députée Cristina Valido (CC) qui a demandé au gouvernement espagnol de baisser l’IGIC pour atténuer dans les îles la hausse des coûts énergétiques et logistiques liée à la guerre.


