Les Canaries ont porté ce mardi à Bruxelles l’un des débats sociaux les plus sensibles de l’archipel : la pénurie de logements sur un territoire à la fois restreint et morcelé, soumis à une forte pression touristique. Suivant l’offensive que mène le gouvernement régional depuis le début de la législature actuelle, le président Fernando Clavijo a présenté au commissaire européen Apostolos Tzitzikostas une demande clé : que la future Stratégie européenne pour un tourisme durable, prévue pour l’automne, ouvre la voie à une limitation des achats de maisons par les non-résidents dans les régions confrontées à une forte pression touristique et résidentielle.
Une offensive pour faire reconnaître la singularité des Canaries
Cette requête s’inscrit dans une offensive politique plus large visant à obtenir de l’Union européenne (UE) qu’elle reconnaisse, par des mesures concrètes, la singularité des régions ultrapériphériques (RUP). Celles-ci ne peuvent être traitées comme un territoire continental ordinaire : leur fragilité territoriale, leur dépendance extérieure, la pression démographique et le poids du tourisme exigent des outils spécifiques.
Le président de l’archipel a donc proposé que la future stratégie touristique européenne inclue explicitement la possibilité d’adopter des restrictions protégeant l’accès des populations locales au logement, sur un marché de plus en plus tendu par l’attrait touristique, l’investissement étranger et la rareté du foncier disponible. Clavijo a également rappelé que cette proposition bénéficie déjà du soutien de l’État espagnol, ce qui renforce la position des Canaries devant les institutions communautaires.
Le statut RUP comme pilier central de la stratégie
La rencontre avec Tzitzikostas a également été l’occasion de réclamer que la nouvelle stratégie communautaire intègre le statut de RUP comme un élément central. Les Canaries aspirent à ce que le document européen fasse de la protection du territoire, de la biodiversité et de la durabilité environnementale des principes spécifiques aux îles comme celles de l’archipel, où la pression touristique a des effets directs sur les ressources naturelles, l’occupation des sols et les services publics.
Le commissaire européen s’est montré ouvert à l’étude de cette inclusion du statut RUP dans le texte, un signal que l’exécutif canarien interprète comme une première avancée dans une négociation qui sera cruciale dans les mois à venir. La stratégie européenne vise à promouvoir un modèle touristique plus équilibré, plus résilient et aligné sur les transitions verte et numérique, mais les Canaries veulent éviter que ce cadre reste une déclaration de principes sans instruments adaptés à leurs spécificités.
Un délai supplémentaire pour les fonds Next Generation
Le troisième grand dossier abordé à Bruxelles concernait le financement européen. Clavijo a insisté sur la nécessité de prolonger d’un an le délai d’exécution des fonds Next Generation destinés aux projets d’énergies renouvelables. La Commission européenne refuse pour l’instant cette prorogation, bien qu’elle admette étudier des voies alternatives pour ne pas mettre en péril des investissements déjà engagés.
Sur la table se trouvent des projets en cours représentant plus de 200 millions d’euros, liés à la Stratégie d’énergie durable des Canaries. Le gouvernement régional redoute que la rigidité des délais européens compromette des actions essentielles pour réduire la dépendance énergétique de l’archipel et accélérer le déploiement des énergies renouvelables.


