Canaries : une nouvelle loi pour mieux protéger les touristes des dangers de la mer
Un coup de mer a tué dimanche quatre personnes dans les piscines naturelles de Los Gigantes, dans la municipalité de Santiago del Teide à Tenerife. Et il ne s’agit pas d’un épisode isolé. Début novembre, sur le quai du Puerto de la Cruz, la mer a emporté plusieurs croisiéristes qui voulaient simplement prendre un selfie. En vacances, ils ne connaissaient pas la force de l’Atlantique lorsqu’il frappe la côte. Cet instant, aussi bref que dévastateur, n’a pas fait plus de victimes grâce au sauvetage de trois d’entre elles par un serveur d’un établissement voisin, mais une femme d’origine néerlandaise s’est noyée.
Une chaîne d’information à renforcer
Cet événement et d’autres survenus lors du dernier épisode de mauvais temps dans les îles ont souligné la nécessité, déjà initiée par le ministère dirigé par Manuel Miranda, d’inclure dans la future loi de Protection Civile des protocoles d’information spécifiques pour la population touristique en cas d’urgence. L’objectif est de fournir une information multilingue aux visiteurs ne parlant pas l’espagnol. Le ministère assure que les hôtels et les capitaines de navires de croisière sont toujours prévenus des intempéries, mais admet qu’il n’y a aucune garantie que ces alertes atteignent effectivement les touristes. C’est précisément cette chaîne rompue entre l’alerte institutionnelle et le visiteur final que la future loi veut corriger.
Un archipel touristique face à ses risques naturels
“Les Canaries sont une destination sûre, mais pour qu’elles le restent, il faut améliorer la façon dont nous transmettons l’information”, reconnaît le vice-ministre des Situations d’Urgence, Marcos Lorenzo. Son département gère un archipel où résident 2,5 millions de personnes et qui reçoit plus de 18 millions de touristes par an, dont beaucoup ignorent les risques naturels des îles. La réalité est implacable : les côtes canariennes continuent d’enregistrer des dizaines de morts chaque année, en particulier parmi les personnes qui méconnaissent la force de la mer ou les règles d’autoprotection.
Des chiffres qui parlent
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au cours des premiers mois de l’année, le Centre Coordinateur des Urgences et de la Sécurité (Cecoes) 112 a traité depuis le début de l’année un total de 17 891 appels dans des langues autres que l’espagnol, soit 8,36 % de plus qu’en 2024. L’anglais est la langue dominante (67 %), suivi de l’allemand (14,59 %), de l’italien (11,41 %) et du français (6,24 %). Le reste se répartit entre le russe, l’arabe, le polonais ou le roumain. Selon M. Lorenzo, plus de 40 % des urgences concernant les touristes sont liées à la sécurité, près de 31 % à des questions sanitaires, 12,48 % à des accidents et presque 10 % sont des demandes d’information. Cette variété démontre que le visiteur ne sait pas toujours à qui s’adresser ou comment agir, surtout lorsque la barrière de la langue s’interpose.
Prévenir plutôt que guérir
Pour cela, le Cecoes dispose déjà d’opérateurs capables de répondre en présentiel en cinq langues, ainsi que d’une plateforme externe capable d’offrir une traduction simultanée dans plus de 40 langues, permettant de répondre à pratiquement tout appel étranger sans perdre de temps. Mais, comme le souligne le vice-ministre, “le problème n’est pas de gérer l’urgence, mais de parvenir à la prévenir”. La sécurité ne dépend pas seulement des drapeaux, des sauveteurs ou des alertes : il faut que ceux qui visitent les îles reçoivent l’information dans leur langue, de manière claire et sans générer d’alarme. C’est là que doit intervenir la future législation, pour faire de l’information préventive une valeur ajoutée de la destination.
Vers une culture de la prévention partagée
Les alertes météorologiques, les recommandations de sécurité et les avertissements de risque devront parvenir directement aux touristes via des canaux officiels, les hôtels, les compagnies maritimes et les opérateurs touristiques, sans rien laisser à l’improvisation. “Instaurer une culture de la protection civile doit inclure aussi ceux qui nous visitent”, résume le vice-ministre. Le gouvernement travaille déjà à une agenda de contacts avec le secteur touristique, le patronat, les sauveteurs et les opérateurs hôteliers et de croisière pour garantir que l’information parvienne sans distorsion au touriste. Sans cette étape intermédiaire, des tragédies comme celle de Puerto de la Cruz pourraient se répéter.
Un bilan humain alarmant
En 2024, 72 personnes sont décédées sur les côtes canariennes. En 2025, le nombre dépasse déjà les 60 morts à ce stade de l’année. Une statistique qui inquiète beaucoup le gouvernement régional. L’idée avec laquelle travaille l’exécutif est que personne ne risque sa vie par méconnaissance du fait que la mer aux Canaries rugit parfois de façon dangereuse, ou que la beauté des paysages cache une orographie qui peut être mortelle. “Nous ne voulons pas transmettre de la peur, mais de la sécurité”, conclut le responsable des urgences.


