Une urgence vitale qui nécessite des réserves
Une urgence vitale suite à un accident de la route peut nécessiter entre 10 et 15 poches de sang. Une chirurgie cardiaque, de 4 à 5 poches, sans compter les complications qui exigeraient du plasma et des plaquettes. Un accouchement qui tourne mal peut réclamer plus de dix poches. Chaque grand hôpital insulaire devrait avoir 15 poches du groupe O négatif dans son réfrigérateur, ce qui, multiplié par les quatre grands hôpitaux de l’archipel, ferait 60 en réserve. À cela, il faudrait ajouter le stock du reste des îles non capitales, comme par exemple La Palma, qui doit avoir une autre dizaine de poches, et El Hierro et La Gomera, au moins de 4 à 6 en cas d’hémorragie massive.
Un déficit critique ayant des conséquences concrètes
Les Canaries subissent une réduction des dons de sang et souffrent d’un déficit dans les réserves disponibles. Selon des données reconnues par le Conseil de la Santé (Consejería de Sanidad), durant l’année 2024, pas moins de 91 interventions chirurgicales ont dû être reprogrammées dans les centres hospitaliers par manque de sang. Des collectifs comme Asamblea7islas ont demandé au Conseil de la Santé de solliciter des incitations pour faire face à cette pénurie, ce qui relance le débat sur la question de savoir si le don doit être soumis à une sorte de récompense et sur les risques que cela comporte.
L’altruisme contre les incitations : un débat qui divise
D’autres syndicats comme Co.bas ou CCOO voient dans l’offre d’incitations aux donneurs une perversion de ce qu’ils considèrent comme un acte altruiste et solidaire. Un acte qui doit garantir non seulement que le don soit périodique et se consolide dans le temps, mais aussi la sécurité même du processus, soumis à des garanties de santé publique. « Le don, bien qu’étant un acte simple, doit être contrôlé médicalement, car si lors de l’entretien le personnel médical ne reçoit pas toute l’information du donneur, le don peut représenter un danger pour sa santé », explique à notre rédaction Laura Rodríguez Álvarez, représentante du syndicat Co.bas Canarias à la Direction Générale de l’Hémodonation et de l’Hémothérapie. « La santé du donneur est aussi importante que celle du receveur. » Pour le syndicat, l’incitation peut détourner l’attention des réponses au questionnaire médical et empêcher de donner au personnel sanitaire de l’hémodonation toutes les informations nécessaires. « Le don doit être un acte solidaire et altruiste pour sa sécurité et sa continuité. »
La sécurité transfusionnelle au cœur des préoccupations
Sur la même ligne, Daniel Quintero, infirmier à l’Institut Canarien de l’Hémodonation et de l’Hémothérapie, président du comité d’entreprise dans la province de Santa Cruz de Tenerife et porte-parole de CCOO à la Banque du Sang, en appelle à cette sécurité transfusionnelle. « L’élément central de la sécurité transfusionnelle réside dans le questionnaire médical et une grande partie du processus de don va se baser sur cet entretien. Et si lors de cet entretien on ment, on met en danger à la fois le donneur et la personne qui reçoit ce don, ou dans le cas d’un don de plasma et de plaquettes, jusqu’à trois personnes peuvent être affectées par un seul mensonge. Tout cela irait à l’encontre de ce que l’on cherche dans une chaîne transfusionnelle, qui est de donner la vie. » Quintero rappelle que la loi nationale s’aligne sur le principe de volontariat et d’altruisme dans le don, mais qu’il existe des mouvements au niveau de l’Union européenne qui ne vont pas dans ce sens. « Notre objectif est que la Banque du Sang des Canaries dispose d’une gestion et d’une planification de qualité, comme dans d’autres Communautés Autonomes où cette crise du sang n’existe pas. »
La position des autorités sanitaires
De notre côté, nous nous sommes mis en contact avec le Conseil de la Santé pour connaître la position du gouvernement régional concernant la proposition d’incitations au don de sang. « La ligne de travail du Ministère avec les communautés autonomes consiste à promouvoir le don de sang altruiste, jamais par l’annonce de cadeaux, et c’est dans cette ligne que nous travaillons au Service Canarien de la Santé », affirment-ils, ajoutant : « Une autre chose est que, sans préavis et sans que le donneur ne s’y attende, on leur offre des entrées pour un événement ou autre chose de la part d’entreprises solidaires avec la banque du sang. » Le Conseil assure que « c’est ainsi que cela doit être pour garantir la sécurité transfusionnelle. »


