Canaries : l’alerte sur la perte de lien avec les jeunes de la diaspora
Les Canaries activent les alarmes concernant leur propre mémoire émigrante. La fracture est désormais identifiée : des milliers de jeunes ayant un lien familial et émotionnel avec l’Archipel ne trouvent plus aujourd’hui d’espaces où exprimer cette appartenance. Les « petits-enfants de la diaspora » se sentent éloignés des formes traditionnelles de relation avec les Îles, qui ont pourtant maintenu la communauté canarienne à l’étranger pendant des décennies.
Un diagnostic qui pousse à l’action
C’est ce constat qui a conduit le directeur général de l’Émigration, José Téllez, à lancer un projet pour tracer les causes du détachement des jeunes et chercher une formule de reconnexion avant que le pont ne se rompe définitivement avec une partie clé de la diaspora canarienne. À ce jour, 70 jeunes se sont déjà inscrits à ce « processus d’écoute active » et l’objectif est d’atteindre la centaine d’ici la fin de la période d’inscription, dans une semaine. « Nous voulons connaître leurs problématiques et leurs idées, qui ne sont ni celles de leurs parents ni celles de leurs grands-parents, et les relier à l’enracinement dans la terre de leurs ancêtres, car ils sont désormais plus du pays où ils sont nés que des Canaries », affirme Téllez.
Reconnecter avec une nouvelle génération
Le plan consiste donc à tenter de renouer le contact avec les jeunes descendants de Canariens vivant hors des Îles, après avoir constaté que les structures historiques en Amérique et en Europe vieillissent, se vident de relève et cessent d’être attractives pour une génération qui revendique ses racines, mais ne se sent plus appelée par les vieilles structures. Téllez insiste sur le fait que ce programme comblera une lacune du gouvernement régional : « nous n’avons pas une cartographie claire de ce qu’attendent les nouvelles générations, tant en Amérique qu’en Europe. Nous avons été un peuple d’émigrants et nous devons maintenant interagir avec nos descendants, pour que l’attachement à la territorialité et l’identité en tant que peuple – la canarité – ne se perde pas ».
Un projet ciblé pour comprendre et agir
Promue à partir d’une proposition de la Fondation Canarienne Imagine 2050, l’initiative se concentre sur les jeunes de 18 à 35 ans, descendants de Canariens résidant au Venezuela, en Argentine, en Uruguay et dans plusieurs pays européens. L’intention n’est pas seulement de mesurer l’éloignement, mais de comprendre pourquoi il s’est produit et comment l’inverser. L’exécutif régional admet que la canarité à l’extérieur ne peut plus reposer uniquement sur les outils du passé et sur des plans d’aides socio-sanitaires ou des subventions pour reconstruire et entretenir les 52 foyers canariens répartis dans le monde.
De nouveaux codes pour une nouvelle ère
Les jeunes réclament d’autres codes, d’autres langages et d’autres formes de participation car ils ne trouvent dans beaucoup d’entités actuelles ni représentation, ni dynamisme, ni une place qui leur soit propre. Grâce à ce travail, le gouvernement souhaite obtenir un diagnostic complet sur la jeunesse canarienne à l’étranger, dessiner des scénarios d’avenir sur sa relation avec les Îles et définir une stratégie capable de ranimer des structures associatives qui, sans relève, risquent de n’être plus qu’une mémoire sans continuité. « Avec ce travail et l’analyse de leurs témoignages, en juillet nous pourrons même concevoir des mesures concrètes à inclure dans la future Loi sur la Canarité à l’Étranger, dont l’avant-projet a déjà été approuvé par le Conseil de Gouvernement. Elle remplacera la législation de 1986 qui, après quatre décennies en vigueur, est devenue obsolète », affirme le directeur général.
Un héritage culturel en jeu
Téllez souligne que la présence des foyers canariens a été très importante pour les communautés insulaires de chaque pays d’accueil, non seulement pour le soutien économique ou l’accès à des programmes éducatifs et de formation, mais aussi parce qu’ils ont permis de maintenir, malgré la distance, la proximité avec les traditions propres aux Îles et celles de leur nouvelle région, dans un échange culturel qui a disparu chez les générations plus jeunes. Par conséquent, il estime que ce qui est en jeu n’est pas seulement la survie des associations canariennes dispersées dans le monde, mais aussi de savoir « si les Canaries seront capables de préserver le lien avec la génération appelée à hériter de son identité hors de l’Archipel » ou si, au contraire, elles assisteront en silence à la déconnexion avec leurs propres descendants au-delà des mers.


