Canaries : l’exode des travailleurs s’inverse, une tendance se dessine
Les Canaries ont traditionnellement été une région exportatrice de main-d’œuvre. Tout au long de leur histoire, les Canariens ont dû quitter l’archipel à de nombreuses reprises pour se bâtir un avenir. Et cette réalité persiste. Les personnes qui quittent les îles pour des raisons professionnelles sont encore plus nombreuses que celles qui viennent y travailler. Cependant, la tendance semble évoluer à grands pas.
Une importation de travailleurs en forte hausse
Au cours des dix dernières années, l’importation de main-d’œuvre provenant d’autres communautés autonomes espagnoles a augmenté de 48%. Rien que l’année dernière, 43 962 contrats ont été formalisés dans la région pour des personnes non résidentes aux Canaries. Un chiffre bien éloigné des 29 679 contrats signés dix ans plus tôt. Et si l’on observe la tendance – à l’exception de la chute de l’année 2020 due à la pandémie – elle n’a cessé de croître.
Un solde migratoire professionnel toujours négatif
Selon les données du rapport sur la mobilité géographique de l’embauche en Espagne, élaboré par le Service public de l’emploi de l’État (SEPE), les Canariens qui partent travailler dans d’autres communautés autonomes restent plus nombreux que ceux qui arrivent. Au total, 50 058 insulaires sont partis. Avec ces chiffres, l’archipel redevient une communauté exportatrice de salariés, puisque la différence entre ceux qui déménagent et ceux qui viennent s’installer ici est négative. En effet, le solde s’est établi à -6 096 contrats.
Une croissance à deux vitesses
Mais ces plus de 50 000 Canariens partis sont-ils nombreux ou peu ? Si on les compare à ceux qui sont partis en 2016, ils sont nettement plus nombreux. À cette époque, lorsque les premiers signes de reprise après la crise financière pointaient, 34 523 personnes avaient quitté l’archipel avec un contrat en poche. Leur nombre a certes augmenté, mais à un rythme moindre que celui des personnes arrivant travailler aux îles. La tendance est claire. En comparant les données de 2024 et 2025, les départs ont augmenté de 3,95%. La même année, ceux qui se sont installés ici pour travailler ont augmenté de 18,2%.
Des déséquilibres territoriaux persistants
Le SEPE parle ouvertement « d’importants déséquilibres territoriaux » qui se perpétuent. Ainsi, tandis que certaines communautés autonomes sont clairement importatrices de travailleurs, comme Madrid, les Baléares ou le Pays basque, d’autres les exportent. C’est le cas de l’Andalousie, de Castille-La Manche ou des Canaries.
Services : le secteur clé des flux
L’économie canarienne – fortement dépendante du secteur tertiaire – importe surtout des travailleurs des services de restauration, des services personnels, de la protection et des vendeurs. Mais, curieusement, ce sont aussi majoritairement des Canariens avec des contrats liés à ces métiers qui quittent l’archipel. Après cette catégorie, les insulaires qui partent le plus sont ceux qui travaillent comme techniciens et professionnels scientifiques et intellectuels. Physiciens, chimistes, médecins, architectes ou professeurs d’université font partie des professions incluses dans cette catégorie du SEPE. Tandis que les deuxièmes travailleurs les plus importés par les Canaries sont ceux classés comme techniciens ou professionnels de soutien, c’est-à-dire le personnel de pharmacie, les vendeurs d’assurances, les assistants dentaires ou les assistants de laboratoire.
Madrid, Andalousie et Catalogne : les principaux pôles d’échange
Où vont et d’où viennent les personnes affectées par la mobilité professionnelle dans l’archipel ? Le trafic est plus ou moins similaire entre certaines communautés. Madrid, l’Andalousie et la Catalogne sont, d’une part, les trois régions où se rendent le plus les Canariens qui quittent les îles pour travailler, mais d’autre part, ce sont aussi les autonomies d’où proviennent la majorité de ceux qui s’installent aux îles pour un contrat de travail. Il faut toutefois tenir compte du fait que parmi ceux qui partent et ceux qui arrivent, il peut y avoir aussi bien des personnes nées en Espagne que des étrangers résidant dans d’autres communautés autonomes et qui déménagent ici pour travailler. Sur les 43 962 contrats formalisés aux Canaries par des personnes ayant dû changer de région, 12 867 concernaient des étrangers. De même, 14 650 des 50 058 partants n’étaient pas de nationalité espagnole.
Le profil type : un homme jeune avec un niveau d’études primaire
Mais quel est le profil de la personne qui vient d’autres communautés pour travailler aux Canaries ? Il s’agit majoritairement d’un homme (25 517 des contrats permanents formalisés) de moins de 30 ans (17 475 sur les 43 962 enregistrés) et n’ayant que des études primaires (16 372). Exactement le même profil que les travailleurs qui quittent l’archipel avec le même objectif et un contrat en poche. Cependant, il faut rappeler que les contrats impliquant une mobilité ne représentent qu’environ 6% des 728 607 contrats signés l’année dernière dans les îles. Les Canaries restent donc l’une des régions ayant l’un des taux de mobilité professionnelle les plus bas du pays.


