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Consulat du Maroc aux Canaries : une condamnation pour harcèlement moral est devenue définitive

Une condamnation désormais irrévocable

La sentence condamnant le Consulat du Maroc aux Îles Canaries à indemniser un travailleur de 20 000 euros pour harcèlement moral et traitement dégradant est devenue définitive. Le tribunal social de première instance numéro 9 de Las Palmas de Gran Canaria a rendu le 13 février dernier une ordonnance déclarant épuisé le délai accordé à l’institution pour déposer le recours qu’elle avait annoncé. La résolution originelle, qui ordonnait au consulat de cesser le harcèlement, date du 10 novembre 2025.

Un climat de peur et d’humiliation attesté par la justice

La juge a considéré comme prouvé que l’employé avait subi un traitement dégradant de la part de l’actuelle consule, Fatiha El Kamouri, incluant des cris constants et des menaces de licenciement. Le jugement décrit un climat de harcèlement, de peur et d’angustia visant à intimider le travailleur. Après cette première condamnation, le Consulat du Maroc avait annoncé son intention de faire appel devant la Chambre sociale du Tribunal Supérieur de Justice des Canaries (TSJC). Cependant, il a laissé passer le délai légal sans déposer le recours. La magistrate a donc acté l’absence d’appel, ordonné l’archivage de la procédure et déclaré la sentence définitive.

La dignité avant l’argent

Comme le rapportait Canarias Ahora en avril 2024, ce travailleur a priorisé la restitution de sa dignité sur l’argent. À l’époque, il avait rejeté la proposition du consulate visant à éviter un procès : une indemnisation de 55 000 euros (soit 35 000 de plus que le montant final) et la rupture de son contrat. L’agent tenait à ce que l’audience se tienne pour faire reconnaître par un jugement le préjudice moral infligé par la consule. Il a obtenu gain de cause.

Un employé transformé en chauffeur personnel disponible 7j/7

Selon les faits prouvés du jugement désormais définitif, le travailleur a été victime d’un abus de pouvoir de la consule, arrivée aux Canaries en 2022. L’employé travaillait au Consulat du Maroc dans les îles depuis 2008, chargé de la caisse, des archives, de l’accueil du public et servant aussi de liaison avec les centres pour mineurs non accompagnés. Après son arrivée à Las Palmas, El Kamouri a écarté l’agent de ces fonctions pour en faire son chauffeur personnel, avec une disponibilité absolue sept jours sur sept.

Le jugement précise que l’employé recevait des appels à des heures indues pour faire des courses au supermarché, devant même avancer l’argent de sa poche, ou pour aller chercher les filles de la consule à leurs activités.

Isolement et inactivité forcée documentés en vidéo

En décembre 2024, le travailleur avait déjà obtenu une première sentence favorable, annulant la modification unilatérale de ses conditions de travail et obligeant la consule à le réintégrer à l’accueil. Les représailles ont pourtant continué. À son retour après un long arrêt maladie, l’employé a été confiné au cinquième étage du bâtiment, isolé de ses collègues – avec des ordres exprès de ne pas communiquer avec eux – et privé de toute fonction. Durant cette période, le plaignant a documenté le harcèlement et l’inactivité forcée par des vidéos versées au dossier.

Les expertises ont établi un lien entre sa symptomatologie psychique (un trouble de stress post-traumatique complexe nécessitant un traitement pharmacologique et psychothérapeutique) et ses expériences au travail. « La dynamique décrite inclut des actions contre la réputation ou la dignité personnelle de l’affecté, des actions qui entravent l’exercice de son travail, une manipulation de l’information et des situations d’iniquité », signale un rapport psychologique fourni par le plaignant.

Un harcèlement qui s’est intensifié après son retour

Ce rapport constatait que le travailleur avait souffert d’une « ré-expérimentation d’événements traumatiques », évitait les lieux et personnes évoquant le trauma et présentait des altérations de l’humeur compatibles avec un épisode de harcèlement moral, aggravé après sa réintégration. « À son retour, après cette première sentence favorable, il s’est heurté à de nouvelles expressions spécifiques du harcèlement, incluant un excès de contrôle (isolement physique et surveillance), un blocage de la communication avec la consule et le reste des collègues, et une sévère sous-charge de travail. Tout cela a intensifié et chronicisé le préjudice », conclut le document.

Fort de ces preuves, le jugement de novembre dernier, désormais définitif, a conclu que « les conduites étaient d’une gravité telle qu’il est raisonnable de penser que la cause de l’arrêt maladie est ledit climat de harcèlement », violant ainsi les droits fondamentaux du travailleur.

Une conflictualité récurrente depuis l’arrivée de la consule

Comme ce journal le rapporte depuis 2023, les conflits de travail au Consulat du Maroc aux Canaries se sont accrus après l’arrivée de Fatiha El Kamouri. Six agents locaux ont saisi la justice pour réclamation de sommes dues, modification substantielle de leurs conditions de travail ou harcèlement. À ce jour, toutes les décisions judiciaires ont été favorables aux travailleurs, bien que la représentation consulaire ait résisté à leur exécution.

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