Une mobilisation forte malgré des chiffres controversés
Dizaines de médecins de l’hôpital Doctor Negrín de Las Palmas de Gran Canaria se sont rassemblés ce mardi aux portes de l’établissement pour exprimer leur rejet du projet de loi sur le Personnel du Système de Santé. Cette journée de grève, selon le syndicat, a été suivie par 60% des médecins du service public des îles Canaries. Une mobilisation qui a eu lieu malgré les services minimaux fixés par l’Administration, qualifiés d'”abusifs” par les grévistes, qui affirment qu’ils ont été renforcés par une interprétation arbitraire dans plusieurs services, comme l’explique le président du Syndicat Médical des Canaries, Eric Álvarez.
Le ministère de la Santé du gouvernement régional des Canaries, quant à lui, évalue le taux de participation à la grève à 18,53% des professionnels appelés à cesser le travail dans l’archipel. Sur les 7 046 agents concernés par le préavis de grève, 3 783 étaient effectivement appelés à se mobiliser, et 701 l’ont suivi selon les chiffres officiels.
Des services minimaux jugés excessifs et une colère palpable
À la tête de la mobilisation devant le Doctor Negrín, parmi les banderoles réclamant “Un statut propre pour les médecins, maintenant !” ou proclamant “Sans médecins, pas de santé” et “La santé publique en danger”, Eric Álvarez a affirmé qu'”il y a eu des endroits où l’on a fait travailler plus de personnel que ce qui était prévu”. Pour preuve, il a cité le cas des centres de soins primaires où les pédiatres, pourtant non inclus dans les services minimaux, “ont été obligés d’assurer le service sur ordre de leurs directeurs”.
Un projet de loi national au cœur du conflit
Eric Álvarez a inscrit cette “violation” de leurs droits dans un contexte plus large où, selon les organisateurs de ce mouvement national, “les médecins travaillent dans des conditions qui ne sont pas adéquates, ni pour eux ni pour répondre à la demande réelle de soins de la population”. Le syndicat estime que les effectifs du Système National de Santé sont insuffisants face au volume réel des besoins des citoyens, et que les négociations sur les conditions de travail des médecins se font sans tenir compte des spécificités de leur métier.
C’est pourquoi ils s’opposent au projet de loi sur le Statut Cadre du Personnel Statutaire du Système National de Santé, élaboré par le gouvernement pour moderniser la réglementation datant de 25 ans, qu’ils jugent “complètement obsolète”. S’ils partagent l’avis qu’une mise à jour est nécessaire, ils rejettent le fait qu’elle reste générale pour tout le personnel soignant, et revendiquent à la place un statut cadre de régulation distinct pour les professionnels de la médecine.
La revendication d’un cadre de négociation propre
“Nous demandons un cadre de négociation qui nous soit propre, que ce soient nous, les médecins, qui négocions nos conditions, car nous avons réellement des particularités par rapport aux autres”, a exposé le porte-parole. Il a illustré son propos en soulignant que “les médecins sont, par excellence, ceux qui font les gardes, ce que d’autres corps de métier de la santé publique ne font pas”. Il a poursuivi par une analogie : “Il ne peut pas, et ne doit pas, se faire que d’autres corps de métier réglementent comment nous devons faire nos gardes. Ce serait comme demander à celui qui fait le plein des avions, bien que son travail soit fondamental, de réglementer comment les pilotes doivent faire leur travail.”
L’exode vers le privé, conséquence directe du mécontentement
Le porte-parole du syndicat a ajouté que ce n’est là qu’un des sujets que les médecins de toute l’Espagne exigeant de pouvoir négocier directement avec l’Administration. Et il a averti que “beaucoup finissent par quitter la santé publique pour aller travailler dans le privé, en raison de l’exaspération globale du corps professionnel vis-à-vis de ses conditions de travail, contractuelles et salariales”. Un exode qui, selon les grévistes, met en péril l’avenir même du système public de santé.


