Une bouée de sauvetage pour l’accession à la propriété aux Canaries
Le gouvernement régional des îles Canaries donne un nouveau souffle et élargit considérablement le champ d’application de son programme phare d’aide à l’achat d’un premier logement, la “Hipoteca Joven”. Initialement conçu pour les jeunes, le dispositif ne se limitera plus seulement à la population jusqu’à 40 ans. Une nouvelle ligne de garanties, baptisée “Mi Primera Vivienda” (Ma Première Maison), vise désormais à soutenir les familles avec des enfants à charge, et ce, sans aucune limite d’âge pour les parents. Cette refonte répond à l’urgence sociale créée par la flambée des prix de l’immobilier, la pénurie de logements abordables et les difficultés économiques persistantes.
Priorité aux familles monoparentales et nombreuses
Le nouveau décret, actuellement en consultation publique, cible spécifiquement les unités familiales avec des mineurs, en accordant une attention particulière aux familles monoparentales et nombreuses. Pour ces foyers, l’accès à la propriété relève souvent du parcours du combattant. Le gouvernement autonome propose donc de leur faciliter l’obtention d’un prêt en se portant garant auprès des établissements financiers partenaires. Un rapport préliminaire justifiant le décret souligne les inégalités criantes auxquelles sont confrontées les familles monoparentales, touchées de manière disproportionnée par le chômage, la pauvreté et la précarité. Selon l’Institut National de la Statistique espagnol (INE), les femmes sont à la tête de 81% de ces foyers.
Les enseignements d’une première consultation publique
Cette réorientation fait suite à une première consultation publique menée en avril 2025. Les contributions recueillies ont mis en lumière l’impérieuse nécessité d’adapter le programme face aux difficultés d’achat bien au-delà de 35 ans, l’ancienne limite d’âge de la “Hipoteca Joven”. Le constat est sans appel : la faible capacité d’épargne constitue le principal frein. Les principales propositions ont donc convergé vers une extension de l’âge des bénéficiaires et une augmentation du plafond de valeur du logement éligible.
Nouvelles conditions : plafond relevé et critères élargis
Concrètement, l’exécutif régional a relevé le prix maximum d’acquisition du logement pouvant bénéficier de l’aval. Selon le projet de décret, « le prix d’acquisition du logement, hors frais et taxes inhérents à l’achat, devra être égal ou inférieur à 250 000 euros. Ce prix devra inclure les places de parking, les celliers ou tout autre annexe lié au logement ». Les biens peuvent être neufs, d’occasion, libres ou sous régime de protection officielle de promotion privée, et même résulter d’une autoconstruction. La surface utile ne doit en revanche pas dépasser 120 mètres carrés (annexes exclus). Les logements sociaux de promotion publique sont exclus du dispositif.
Tourner la page sur les déboires du passé
Cette relance de la “Hipoteca Joven” vise aussi à tourner la page sur les problèmes rencontrés par le programme lors de sa première mouture au début des années 2000. La crise économique de 2008, les coupes budgétaires drastiques et l’éclatement de la bulle immobilière avaient laissé des centaines de jeunes Canariens sans les subventions promises, pourtant budgétées. Près de 2 000 personnes âgées de 25 à 35 ans avaient acheté leur logement entre 2009 et 2012 en comptant sur ces aides, qui s’échelonnaient entre 1 500 et 12 000 euros. Beaucoup n’ont jamais perçu les fonds engagés.
Un dispositif plus inclusif et sécurisant
Le nouveau décret élargit également les conditions d’éligibilité. Pourront y prétendre non seulement les citoyens espagnols, mais aussi les ressortissants des États membres de l’Union européenne ou de pays tiers, à condition de disposer d’un titre de séjour légal en Espagne. Outre les familles nombreuses et monoparentales, les demandeurs ayant eu un enfant (par naissance ou adoption) au cours de l’année civile de la demande seront également exemptés de limite d’âge. Pour offrir une sécurité accrue, l’aval de la communauté autonome couvrira les impayés des mensualités de capital sur les dix premières années du prêt hypothécaire, indépendamment d’éventuels délais de grâce ou de la durée totale du crédit, offrant ainsi un horizon plus serein aux familles bénéficiaires.


