Une loi pour renforcer l’autorité des enseignants
Le Parlement des Canaries travaille depuis l’année dernière sur une Loi sur l’Autorité des Enseignants, une norme déjà en vigueur dans d’autres communautés autonomes espagnoles. Selon le préambule du premier projet déposé, cette loi naît du constat d’un manque de reconnaissance sociale envers la figure des enseignants ces dernières années, une demande historique des syndicats. Le texte souligne la nécessité de doter le corps professoral d’un cadre normatif qui renforce son autorité, lui apporte une sécurité juridique et garantisse le respect dû à sa fonction. Cependant, cette proposition ne satisfait pas pleinement les associations de parents d’élèves et, bien que généralement soutenue par les syndicats, ces derniers ont préparé des amendements pour l’améliorer.
La “présomption de véracité”, une mesure phare
Outre l’attribution du statut d’autorité à l’enseignant, l’une des mesures les plus marquantes du texte est l’instauration d’une “présomption de véracité”. L’article sept de la proposition de loi stipule que “dans les procédures d’adoption de mesures correctrices, les faits constatés par les enseignants et les membres de l’équipe de direction des centres éducatifs auront une valeur probatoire et bénéficieront de la présomption de véracité, sans préjudice des preuves que les élèves eux-mêmes pourront signaler ou fournir pour la défense de leurs droits ou intérêts respectifs”. La loi prévoit également d’autres mesures, comme une assistance juridique gratuite pour les enseignants, des dispositions concernant les familles ou les élèves causant des dégâts dans les établissements, ou le développement de protocoles pour soutenir le personnel enseignant et sa carrière.
Le Conseil scolaire réclame des moyens et des actions concrètes
Le Conseil scolaire des Canaries a déjà rendu un avis sur ce projet, soulignant que pour être réellement efficace, la loi doit se concrétiser par un plan d’actions “pour constituer un outil utile et efficace qui améliore le climat de coexistence et le bien-être intégral du personnel enseignant”. Il réitère également la nécessité de garantir un financement adéquat du système éducatif, rappelant que l’objectif de 5% du PIB pour l’éducation n’est toujours pas atteint. Le Conseil estime que la loi manque encore de propositions concernant les ressources dans les centres et que le prestige des enseignants se protège en assurant des conditions de travail dignes, incluant une baisse des effectifs par classe, des infrastructures sûres et accessibles, une formation de qualité et une stabilité professionnelle.
Les syndicats soutiennent, mais exigent plus de protection et de moyens
Les syndicats, qui ont déposé des amendements, apportent un soutien nuancé. L’ANPE, qui alerte régulièrement sur les cas de conflits dans les classes et l’anxiété des professeurs, constate une augmentation d’environ 60% des situations conflictuelles en quatre ans. Le syndicat précise que “les agressions physiques ne sont pas les cas les plus fréquents, mais elles existent et sont graves”, avec 23 agressions recensées pour l’année scolaire 2024-2025. L’ANPE défend une “autorité pédagogique” légitime, distincte de l’autoritarisme, et propose de simplifier les protocoles, d’éviter qu’un enseignant agressé doive continuer à faire cours à son agresseur, ou d’améliorer les conditions salariales.
Le STEC-IC, autre syndicat majoritaire dans l’archipel, insiste sur la nécessité d’un financement suffisant pour appliquer la loi, notamment pour embaucher des psychologues ou des renforts éducatifs. Il propose que l’Inspection médicale soit informée de cette nouvelle norme pour qu’elle prenne en compte le lien entre l’activité enseignante et les arrêts maladie liés au stress ou à l’anxiété. Le STEC-IC demande aussi que la protection s’étende aux actes contraires à l’intégrité du professeur commis dans la sphère numérique (réseaux sociaux, WhatsApp…).
L’UGT a quant à elle déclaré au Parlement que la loi n’aurait de sens qu’avec “une défense juridique automatique, des ressources économiques suffisantes et un soutien institutionnel effectif”. Le syndicat réclame la mise à jour des protocoles datant de 2009 et la création d’unités publiques de soutien psychologique sur toutes les îles. De leur côté, Insucan et la CSIF soulignent la nécessité de traduire cette autorité en outils juridiques et en mécanismes de protection concrets.
Les associations de parents s’inquiètent d’un déséquilibre
À l’inverse, les fédérations de parents d’élèves (Ampas) expriment de vives inquiétudes. Les Fédérations de Gran Canaria et Fuerteventura, ainsi que la Plateforme Canarienne pour une Éducation Inclusive, ont demandé début mars que le débat parlementaire intègre la perspective de la protection de l’enfance. “Criminaliser les enfants, les adolescents et leurs familles déforme la réalité de la coexistence scolaire”, ont-elles affirmé. Elles souhaitent que l’expertise des éducateurs sociaux et des travailleurs sociaux soit également prise en compte.
La Fédération des Associations de Parents d’Élèves de La Palma a récemment critiqué la loi, et particulièrement le principe de “présomption de véracité”. Son président, Vicente Brito Rodríguez, s’interroge : “Si la parole de l’enseignant est la seule qui vaille, à quoi sert la commission de coexistence ?”. Il met en garde : “Si c’est l’enseignant qui harcèle, c’est l’élève qui part”. L’association plaide pour plus d’empathie et d’équilibre envers tous les acteurs de la communauté éducative, rappelant qu'”un élève a le droit de ne pas être d’accord et un professeur a le droit de se tromper”. Les Ampas de Gran Canaria et Fuerteventura seront prochainement entendues au Parlement pour développer leur position.


