Sept marins indiens, otages d’une affaire de drogue, survivent dans la rue à Tenerife
Sept membres d’équipage indiens du cargo United S, intercepté il y a quelques jours à 500 kilomètres des Canaries avec près de dix tonnes de cocaïne – la plus grosse saisie jamais réalisée en Europe –, se retrouvent dans une situation désespérée à Santa Cruz de Tenerife. Ils sont sans abri, dans l’obligation de se présenter au tribunal tous les lundis, sans passeport et sans le moindre argent. La compagnie responsable du navire leur doit cinq mois de salaire, qu’ils estiment à environ 400 dollars chacun.
Un limbe judiciaire et social
L’un d’eux, Amit Gudrel, accompagné de quatre de ses compagnons d’infortune, a raconté à l’agence EFE leur situation et le vide administratif dans lequel ils sont plongés. Ils ne peuvent ni partir ni trouver un toit pour dormir. Ils sont actuellement pris en charge par l’auberge municipale, qui, bien qu’elle n’ait pas de places d’hébergement pour eux, leur fournit de la nourriture, des vêtements et la possibilité de se laver. Aux côtés de Deepanshu Choudhary, Himanshu Chaudhary, Chandrasen Yadav et Vishal Kumar, Gudrel affirme qu’ils n’étaient que de simples marins, ignorants des dix tonnes de cocaïne transportées à bord. Ils pensaient, dit-il, charger du poisson salé.
La découverte terrifiante de la cargaison
C’est ce que leur auraient assuré les officiers du navire, y compris lorsqu’ils ont interrogé le premier transbordement en haute mer depuis un autre bateau. Selon leur récit, la situation est devenue particulièrement tendue lorsque deux hommes armés – les deux ressortissants serbes arrêtés – les ont forcés à stocker cette cargaison. Ils ont trouvé particulièrement suspect qu’on leur ordonne de cacher les cartons dans une montagne de sel présente à bord. Gudrel raconte qu’ils ont d’abord refusé : “Nous ne savions pas ce que c’était et nous ne voulions pas y toucher.”
Le marin relate cependant que les deux hommes armés les ont menacés avec une arme, leur disant que s’ils n’obéissaient pas aux ordres, ils leur tireraient dessus et les jetteraient à la mer. Pendant des jours, ajoute-t-il, les menaces se sont répétées à chaque nouvelle livraison de ballots (la Police nationale en a saisi un total de 37). Ils ont fait tout ce qu’on leur demandait par peur pour leur vie.
L’intervention des forces de l’ordre, un soulagement
Lorsque le navire a finalement été arraisonné par les forces de sécurité, Gudrel exprime que cela a été vécu comme un soulagement. Il affirme qu’ils ont remis aux agents des “informations et des preuves” qu’ils avaient réussi à conserver, dont un téléphone portable contenant des messages et l’historique du voyage. “La police nous a beaucoup aidés. Nous leur avons tout raconté”, assure-t-il.
Une liberté provisoire synonyme de précarité extrême
Après avoir été présentés à la justice, ils ont été laissés en liberté provisoire, avec l’obligation de se présenter chaque semaine au tribunal. Ils ont dû remettre leur passeport original, ne conservant qu’une photocopie. “Nous ne savons pas combien de temps cela va durer : un mois, un an… personne ne nous le dit”, explique Gudrel. Il précise qu’ils ont dormi dans la rue pendant plusieurs jours jusqu’à ce que des travailleurs sociaux et des volontaires les aident à trouver une solution temporaire à l’auberge municipale.
Le froid, le manque d’argent et la peur de la rue – le quartier où se situe l’auberge étant quelque peu conflictuel – pèsent autant que la procédure judiciaire. “Il y a des gens qui boivent, des situations dangereuses. Nous ne connaissons pas la ville, nous n’avons pas de téléphone…”, énumère-t-il. “Nous voulons juste rentrer chez nous”, conclut le marin, indiquant qu’après plusieurs jours sans téléphone, ils ont finalement pu reprendre contact avec leurs familles en Inde.
Les services sociaux municipaux dépassés, l’État pointé du doigt
Interrogée par EFE, la conseillère municipale aux Services sociaux de la mairie de Santa Cruz, Rosario González, a indiqué que la situation les a pris par surprise. Elle estime que c’est à la Délégation du gouvernement (représentation de l’État central dans les îles) de leur apporter une réponse en matière de logement. “Nous leur avons facilité l’accès à la nourriture, aux sanitaires et aux vêtements, et nous avons demandé à la Délégation du gouvernement de leur fournir une sorte de solution et de réponse, car c’est l’administration qui les a laissés dans cette situation de vulnérabilité”, a souligné l’élue.


