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Une révolution cardiaque aux Canaries : l’électroporation

Dans le sanctuaire silencieux du bloc opératoire

La vie à l’intérieur des salles d’opération est à la fois paisible et imprévisiblement frénétique. Plusieurs soignants se regroupent, attentifs, devant les écrans situés dans un box – petit mais bien équipé – qui affichent en temps réel l’activité d’un cœur qui ne fonctionne pas comme il le devrait. À peine quelques mètres plus loin, dans la salle adjacente, un homme est allongé, anesthésié sur une table, inconscient de la technique minutieuse qu’un chirurgien lui applique pour améliorer sa qualité de vie.

Une innovation majeure pour le cœur

Depuis un mois, l’Hôpital Universitaire Nuestra Señora de Candelaria consolide l’utilisation d’un nouveau matériau et d’une nouvelle technique qui permet non seulement de sauver le patient d’un futur infarctus, mais aussi de rentrer chez lui en quelques heures avec un cœur comme neuf et presque sans effets secondaires. Cette innovation appliquée dans les blocs opératoires du centre hospitalier découle de l’application de ce qu’on appelle l’électroporation. Une technique qui consiste à endommager, de manière contrôlée par des impulsions électriques, une partie de la jonction qui connecte le cœur aux veines pulmonaires, réalisant ainsi une ablation beaucoup plus propre et précise.

Cibler l’origine du problème

Le patient inconscient, allongé sur la table froide, souffre d’une arythmie partant d’un des foyers les plus communs de ces irrégularités : les veines pulmonaires. L’objectif est d’empêcher ce battement décalé de se propager et de provoquer des tachycardies ou, même, un futur infarctus du myocarde. Il n’est pas vain de rappeler que les veines pulmonaires sont des conduits du flux sanguin. L’ensemble des deux salles à l’intérieur du bloc opératoire évoque un élaboré jeu vidéo immersif.

Une coordination high-tech

Le visiteur est accueilli dans une pièce un peu claustrophobe où les différents membres de l’équipe chirurgicale (chirurgiens, infirmiers, aides-soignants et anesthésistes) entrent et sortent, s’installent, donnent des instructions ou observent le processus avec attention. Ils contemplent sur différents écrans des images de la cavité thoracique interne du patient, une reconstruction en 3D de son cœur et un électrocardiogramme qui émet des bips répétitifs et synchrones.

Assis face à l’écran d’un ordinateur, un médecin utilise la souris pour faire pivoter la représentation 3D de l’oreillette gauche du patient, suivant les instructions de son collègue à l’intérieur du bloc. Cela permet à ce dernier de mieux « voir » ce qu’il fait et de savoir où diriger le cathéter. Dans la salle interne, face au corps endormi du patient, se trouve ce chirurgien qui, sonde en main, se concentre pour éliminer par impulsions électriques le tissu sélectionné de l’oreillette gauche. Le but de ces brûlures contrôlées est d’éliminer toute possibilité que l’arythmie n’atteigne le cœur.

Une procédure courante, une énergie nouvelle

Dans ce cas, l’arythmie du patient complètement endormi est générée par un tissu qui s’est détaché d’une des quatre veines pulmonaires connectées à l’oreillette gauche. « C’est un cas très courant », explique Diego Valdivia, chirurgien du centre hospitalier, qui insiste sur l’existence d’une abondante littérature scientifique étudiant la résolution de ce type de problèmes cardiaques.

La nouveauté n’est cependant pas la procédure en elle-même – réalisée depuis des décennies dans les blocs opératoires du monde entier – mais le fait que cette ablation soit effectuée grâce à l’électricité, ce qui évite d’endommager d’autres organes. « C’est une procédure qui existe depuis plusieurs décennies, mais elle est généralement réalisée avec un autre type d’énergie, par exemple avec la radiofréquence qui produit de la chaleur, avec le froid ou avec le laser », précise Valdivia. Avec le temps, il a cependant été constaté que ces techniques, bien qu’efficaces, provoquaient certains effets secondaires. « Nous nous sommes aperçus que, dans certains cas, cela pouvait être contre-productif pour le patient », insiste le chirurgien.

Risques réduits pour les veines pulmonaires

Concrètement, comme le révèle le chirurgien, les anciennes méthodes pouvaient générer des perforations, des fistules dans l’œsophage ou des saignements. « Le plus gros problème se situait dans l’ablation des veines pulmonaires, car elles sont en contact étroit avec certains nerfs, l’œsophage, les bronches et d’autres structures, et cela représentait un risque de les endommager », affirme-t-il.

Un cathéter plus fin pour moins d’effets secondaires

Ce n’est pas la seule nouveauté appliquée dans ce bloc opératoire futuriste des Canaries ces derniers mois. Avec l’introduction de l’électroporation, la porte s’est aussi ouverte à l’incorporation d’un cathéter plus fin pour réaliser ces chirurgies. Un simple changement qui contribue cependant aussi à réduire les effets secondaires associés à l’intervention elle-même. « Ce nouveau système permet une application duale de l’énergie, l’électroporation et la radiofréquence traditionnelle », insiste-t-il. Cela permet en outre d’utiliser l’une ou l’autre selon que la zone d’application est plus ou moins épaisse, plus ou moins sensible ou voisine d’un autre organe qui pourrait être endommagé.

Il faut rappeler que ce petit tube doit être introduit par la veine fémorale – la voie la plus rapide pour atteindre le cœur –, donc, s’il est de dimensions considérables, il peut provoquer certains dommages transitoires chez le patient. « Cela peut occasionner quelques problèmes qui traditionnellement ont obligé à maintenir le patient en observation quelques heures, mais nous pensons qu’avec le nouveau diamètre nous pourrions même réduire ce temps et que la chirurgie soit presque ambulatoire », révèle Valdivia.

Des résultats prometteurs : sortie le jour même

Cette dernière avancée ne deviendra réalité qu’avec le temps et si la méthode démontre l’efficacité qu’elle semble présager. Pour l’instant, ce changement technique obtient déjà des résultats jamais vus auparavant dans le traitement des patients souffrant d’arythmies. « Nous terminons l’opération en moins d’une heure et, si nous opérons le matin, le patient peut rentrer chez lui l’après-midi », conclut le chirurgien.

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