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Enseignants aux Canaries : des salaires élevés, vraiment ?

Un rapport national qui fait polémique

Les enseignants des Canaries sont-ils bien payés ? Cette question a suscité l’émoi ces derniers jours dans la communauté éducative, alors que le corps professoral alerte depuis longtemps sur les charges de stress et de travail élevées, ainsi que sur un manque de reconnaissance sociale. Cette semaine, le syndicat UGT a publié une étude nationale situant les Canaries parmi les communautés autonomes qui rémunèrent le mieux les enseignants du public en Espagne. Le même syndicat, mais dans sa section locale, a toutefois précisé que ces données incluent des concepts qui ne reflètent pas la réalité de la majorité des professeurs. Le rapport a également été déconstruit par les syndicats STEC-IC et ANPE.

Des chiffres flatteurs mais trompeurs

Le rapport de l’UGT étatique indique que les montants bruts mensuels s’élèvent à 2 657 euros pour les instituteurs, 2 745 euros pour les spécialistes de Formation Professionnelle et 2 939 euros pour les professeurs de secondaire, sans prendre en compte l’ancienneté. Il ajoute que la rémunération est majorée dans les îles non capitales (hors de Tenerife et Gran Canaria). UGT Canarias souligne que si certaines analyses placent l’archipel en tête des rémunérations, « il est impératif de signaler que ces données incluent des concepts qui ne représentent pas la réalité majoritaire du professorat. Les valeurs diffusées ne peuvent pas être interprétées comme le salaire moyen réel de l’ensemble des enseignants des Canaries ».

Le coût du logement, un obstacle majeur

UGT Canarias insiste sur le fait que, même dans les territoires où des compléments d’insularité sont perçus, la réalité de l’archipel est que « le coût élevé du logement complique le pourvoir des postes dans certaines spécialités ». Le syndicat ajoute que « cela démontre que ces compléments, bien que nécessaires, ne compensent pas les difficultés résidentielles ni ne contribuent par eux-mêmes à la stabilité du personnel enseignant ». En effet, les syndicats ont maintes fois alerté sur les difficultés des professeurs à occuper des postes sur d’autres îles en raison de l’impossibilité de trouver un logement abordable.

Des compléments salariaux parmi les plus bas d’Espagne

Pour UGT Canarias, il est important de souligner que « les concepts salariaux qui reconnaissent la responsabilité et la carrière professionnelle enseignante – comme les compléments pour postes de direction, tutorat, triennats ou sexennats – se trouvent aux Canaries parmi les plus bas et les moins actualisés de l’État ». La seule amélioration salariale appliquée ces dernières années proviendrait de l’accord national négocié par le syndicat pour « la récupération du pouvoir d’achat du personnel fonctionnaire ».

Le point de vue du syndicat majoritaire ANPE

De son côté, le syndicat majoritaire ANPE Canarias explique qu’« être enseignant est mal rémunéré, aux Canaries et dans l’ensemble de l’État. Nos salaires sont notablement inférieurs à ceux d’autres employés publics de même catégorie. Cela ne correspond pas à la fonction que nous remplissons dans la société ni à ce qui se passe dans les pays aux systèmes éducatifs les plus avancés ». Le syndicat confirme l’existence d’un complément de résidence pour compenser l’insularité, similaire à celui des Baléares, Ceuta et Melilla.

Cependant, ANPE apporte une nuance cruciale : « le complément de résidence perçu dans les îles non capitales, où se concentre la grande majorité du professorat des Canaries, est environ trois fois inférieur à celui perçu dans les îles capitales ». Bien que justifiée par des raisons objectives, « cette différence fausse les données et donne une image équivoque de ce que gagne réellement la majorité des enseignants aux Canaries ». De plus, les chiffres publiés ne reflètent pas l’ancienneté, un point où le professeurat canarien est perdant face à d’autres communautés ayant instauré des compléments de carrière professionnelle.

Des revendications concrètes et un pouvoir d’achat en chute libre

ANPE liste ses principales revendications : l’augmentation des compléments pour tutorat, coordinations et postes de direction (actuellement « dérisoires »), le versement automatique des sexennats, le paiement des mois de juillet et août aux enseignants intérimaires, et l’inclusion de la totalité des compléments dans les primes. STEC-IC, un autre syndicat important, abonde en ce sens et estime que le rapport de l’UGT « se trompe ». Son porte-parole, Gerardo Rodríguez, invoque deux raisons principales : « l’IPC et l’inflation qui ont extraordinairement augmenté aux Canaries » et « les conditions de vie ici, avec les problèmes d’accès au logement et le fait de l’insularité ».

Rodríguez dénonce une situation précaire : « Il y a des professeurs qui vivent dans des conditions précaires, dans des véhicules ou des caravanes aménagées. Ils ne réunissent pas les conditions minimales parce qu’ils n’ont pas les moyens, leur salaire ne suffit pas ». Il souligne également le gel des compléments depuis 2018. « Les sexennats n’ont pas été actualisés depuis 2018, pas plus que les tutorats, les postes de chef de département, la coordination des risques professionnels, la coordination TIC, le programme AICLE (enseignement intégré de langue et contenu), la coordination de la vie scolaire… Nous avons perdu énormément de pouvoir d’achat ici aux Canaries par rapport à l’inflation et à la hausse des produits, y compris le logement, tandis que les salaires sont restés stagnants ».

Une perte chiffrée à des dizaines de milliers d’euros

Selon un rapport du STEC-IC, dans le corps A1 (enseignants de secondaire), la majorité des professionnels ayant environ 13 ans d’ancienneté ont perdu au moins 50 000 euros de pouvoir d’achat. À cela s’ajoute le gel depuis des années des compléments rétributifs, sans aucune mise à jour face à l’indice des prix. Pour Gerardo Rodríguez, le rapport de l’UGT « dénature la réalité du professorat des Canaries et devrait être plus rigoureux, car il affecte les enseignants, ne dit pas la vérité et donne à l’opinion publique une image qui ne correspond pas aux faits ».

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