Une journée historique de mobilisation pour le monde rural
Agriculteurs et éleveurs espagnols investissent aujourd’hui les rues et les routes de toute l’Espagne avec leurs tracteurs à l’occasion du « super jeudi du monde rural espagnol ». Ce mouvement de protestation massif dénonce les coupes budgétaires prévues dans la future Politique Agricole Commune (PAC) et l’accord commercial UE-Mercosur. Les professionnels estiment que ces deux facteurs pourraient aggraver la situation critique que traverse le secteur agricole en Espagne, et ce, malgré la récente suspension de l’accord Mercosur par le Parlement européen.
Une action unitaire à l’échelle nationale
Ces « tractadas » sur l’ensemble du territoire national sont organisées conjointement par l’Association Agraire des Jeunes Agriculteurs (Asaja), la Coordinatrice des Organisations d’Agriculteurs et d’Éleveurs (COAG) et l’Union des Petits Agriculteurs et Éleveurs (UPA). Les organisations professionnelles multiplient les rassemblements et manifestations depuis le début de la semaine, mais c’est bien ce jeudi qui constitue le point d’orgue de la mobilisation. Elles espèrent faire de cette journée une date historique pour la défense du monde rural, avec le plus grand nombre de concentrations à l’échelle du pays.
Des Canaries à la péninsule, une mobilisation générale
Des manifestations et cortèges de tracteurs sont ainsi prévus du nord au sud du pays, notamment à Valence, Cadix, Malaga, Zamora, Valladolid, Bilbao, Vitoria, Logroño, Murcie, Tolède, Santa Cruz de Tenerife, Pampelune, La Rioja, Las Palmas de Gran Canaria ou encore Majorque. À Madrid, où des mobilisations et un « cocido revendicatif » (pot-au-feu protestataire) étaient initialement prévus en plein cœur de la Puerta del Sol, les événements ont dû être reportés en raison de la menace de pluie.
Les motifs d’une colère profonde
« Nous voulons concentrer le plus grand nombre de mobilisations le 29 janvier en réponse aux questions qui nous préoccupent, comme la réduction du budget de la prochaine PAC, les accords commerciaux avec d’autres pays et la bureaucratie excessive dans le secteur agricole », expliquait récemment le secrétaire général de l’UPA, Cristobal Cano, lors d’une conférence de presse commune avec les représentants d’Asaja et de la COAG. Cette semaine « chaude » sur tout le territoire vise à faire entendre aux administrations l’urgence d’écouter les problèmes réels du secteur et d’adopter des décisions courageuses et pertinentes pour garantir sa viabilité économique et sociale.
Des actions symboliques et des revendications concrètes
Lors de ces journées de protestation, agriculteurs et éleveurs ont exprimé leur malaise face à la situation critique du monde rural avec des slogans comme « Pour l’unité du monde agricole », « Arrêtons l’accord du Mercosur. Notre avenir est en jeu » ou « Le monde rural lutte, le gouvernement abandonne ». En Castille-et-León, les organisations ont convoqué diverses actions pour ce « super jeudi » : de grandes « tractadas » à Burgos, León, Valladolid, Salamanque et Zamora, ainsi qu’une « tractada » infantile avec des véhicules jouets à Palencia, menée par les enfants d’agriculteurs. Cette dernière se conclura par une distribution de pommes de terre et de sucre, tandis qu’à Salamanque, une distribution de viande est prévue, et qu’à Burgos, des produits locaux seront également offerts.
Un budget en baisse et une concurrence jugée déloyale
Les organisateurs rappellent que ces mobilisations répondent, entre autres, à la coupe de 23 % du budget prévue dans la nouvelle réforme de la PAC, une réduction qu’ils jugent insoutenable pour des milliers d’exploitations familiales. S’y ajoute le rejet des accords commerciaux avec des pays tiers, comme le Mercosur, le Cambodge ou le Myanmar, qui permettent l’entrée de produits agricoles sans exiger les mêmes conditions de production, sanitaires et environnementales que celles imposées aux agriculteurs européens.
Les principales revendications portées par le secteur
Lors de ces rassemblements, les organisations agricoles réclament : l’application stricte de la Loi sur la Chaîne Alimentaire avec l’interdiction expresse de la vente à perte et la publication officielle des coûts moyens de production ; l’adoption d’une Loi d’Urgence pour les dégâts causés par la faune sauvage ; et l’adaptation de la Réforme du Travail aux besoins des campagnes agricoles. Les organisateurs lancent également un appel à la mobilisation à tous les secteurs connexes : coopératives, sucreries, entreprises de semences, de produits phytosanitaires, distributeurs, étudiants, fabricants de machines et de tracteurs, ainsi que les secteurs de l’alimentation et de l’hôtellerie. « Le Mercosur est un traité qui nous affecte tous et qui affecte l’avenir et la santé du monde rural et des consommateurs », concluent-ils.


