Une pénurie de travailleurs qui s’aggrave
Le manque de travailleurs a augmenté de 36% au cours des cinq dernières années à Tenerife, passant de 8% des entreprises concernées le 1er janvier 2021 à 44% au même jour de cette année. Pour la deuxième année consécutive, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée se confirme comme le principal facteur négatif pour la croissance des entreprises sur l’île. C’est ce qu’ont révélé le président, Santiago Sesé, et la directrice générale, Lola Pérez, de la Chambre de Commerce provinciale, lors de la présentation de l’Indicateur de Confiance des Entreprises (ICE) pour le premier trimestre 2026.
Une confiance en phase de stabilisation
Cette pénurie de personnel, associée à un absentisme en hausse depuis la pandémie – oscillant entre 7% et 14% selon les données –, constitue la principale préoccupation des entrepreneurs canariens et tinerfos. Sur l’île, la confiance des entreprises est légèrement supérieure (0,6%) à la moyenne de l’archipel (0,4%) et un peu au-dessus de l’indice national, qui s’établit à 0,1%. Une croissance “modérée et inférieure à celle des années précédentes”, a souligné Lola Pérez. À titre de comparaison, ce niveau avait atteint 4,6% à Tenerife en janvier 2023, son maximum des quatre dernières années. L’île entre dans une phase de stabilisation après avoir connu la croissance la plus intense lors des périodes antérieures.
La Gomera et Gran Canaria en contraste
Pérez et Sesé attribuent ces chiffres à “la stabilité” du tissu productif insulaire après des années de “forte croissance” de cette confiance. Ceci expliquerait la différence avec Gran Canaria, qui affiche un indice de 2,4%, ou avec le boom de La Gomera, où l’ICE atteint 12,9% en ce début d’année. Ils ont lié cette performance exceptionnelle à l’installation récente de nouveaux complexes hôteliers sur l’île. La Gomera a également mené le classement du solde de l’enquête sur la situation des entreprises (différence entre les réponses positives et négatives) aux Canaries au dernier trimestre 2025, avec 35,9%. Suivent Lanzarote (28,5%), Gran Canaria (18%), Fuerteventura (17,7%) et Tenerife, avec 15,6%.
Un problème transversal et sectoriel
Si 44% des entreprises de Tenerife se plaignent du manque de main-d’œuvre, ce taux monte à 52% à l’échelle de l’archipel, toutes tailles et tous secteurs confondus. Par secteur, c’est la construction qui présente le problème le plus criant, avec 67,3% des entreprises concernées, suivie par les transports (59,7%), l’industrie (55,8%), le commerce (48,4%) et les autres services (38,6%). L’augmentation de la concurrence perd un peu de terrain mais reste en tête des facteurs limitants avec 48,6% (contre 49,6% en 2024), suivie par la pénurie de main-d’œuvre et la faiblesse de la demande (40,5%) pour les entreprises de Tenerife.
Vers un problème structurel ?
Selon l’analyse présentée, cette hausse de la concurrence indiquerait une activité plus dynamique, tandis que la faiblesse de la demande serait due en partie à la pression de la tension inflationniste accumulée. D’autres facteurs reculent, comme les difficultés financières (17,9%) ou l’insuffisance des équipements (5,8%). La catégorie ‘autres’, qui inclut des variables comme le financement, reste stable (26,1%). Santiago Sesé a souligné qu'”il est inquiétant que cette situation devienne un problème structurel”. Il estime donc “nécessaire” de renforcer les politiques actives d’emploi, les programmes de formation et d’orientation, et de réaliser une évaluation continue pour répondre aux besoins réels des entreprises. En résumé, il faut “accorder l’offre et la demande”, ce qui “n’arrive pas actuellement”.
Des métiers traditionnels et émergents en tension
Il a été révélé qu’il manque des professionnels dans des métiers traditionnels comme maçons, installateurs de climatisation, électriciens et travailleurs du secteur métallurgique, sans oublier des secteurs émergents comme le numérique, les technologies ou les énergies renouvelables. L’une des clés réside dans “la rétention du talent” insulaire qui part. Selon ce diagnostic, beaucoup de personnes n’ont pas la formation suffisante pour les postes demandés. Dans ce sens, la Chambre de Commerce mise sur un développement complet et puissant de la Formation Professionnelle (FP) Duale, avec des stages en entreprise et une réelle possibilité pour l’étudiant d’y rester comme salarié.
Absentisme et tensions sur le système de santé
Concernant l’absentisme, Sesé a évité de blâmer les travailleurs, car “l’immense majorité fait son travail et soutient les entreprises”. Il a insisté pour différencier les absences injustifiées des arrêts maladie pour incapacité temporaire. Il a mis en garde contre les tensions dans le système de santé, avec des listes d’attente et des retards dans les examens médicaux qui empêchent la réintégration des travailleurs, ce qui génère des problèmes tant pour les entreprises que pour les personnes concernées.
Le cocktail négatif : logement, salaires et profils complexes
Santiago Sesé a également évoqué le problème structurel le plus préoccupant à Tenerife : le manque de logements à des prix abordables. Le président de la Chambre de Commerce a lié la pénurie de personnel qualifié aux difficultés d’accès au logement social et à l’augmentation de la complexité des profils professionnels, formant un cocktail négatif qui affecte le fonctionnement normal de la chaîne de valeur des entreprises sur l’île et aux Canaries. Ceci, malgré “l’effort” pour augmenter les salaires de 7% à 9%.
Investissement freiné et incertitude financière
En matière d’emploi, 80% des entreprises prévoient de maintenir leurs effectifs au cours des premiers mois de 2026, bien que le solde entre celles qui augmenteront et celles qui réduiront l’emploi “commence à afficher des valeurs négatives, ce qui indique un ralentissement de la croissance”, selon Pérez. Un autre paramètre contenu est celui de l’investissement privé, non par manque de projets ou d’initiative, mais à cause de “l’insécurité juridique et du manque d’agilité administrative”, ce qui freine selon eux la croissance et la diversification économique, en plus de provoquer la perte d’investissements qui généreraient emplois et progrès social.
Une tendance générale à la modération
À cette situation s’ajoute l’incertitude sur le financement public, avec des Budgets Généraux de l’État prolongés depuis trois ans et une proposition de financement régional qui, selon la Chambre de Commerce, crée un désavantage comparatif et manque de consensus. Le bilan est une tendance à la modération des réponses favorables et une augmentation de celles qui pointent vers la stabilité, une fois la haute saison commerciale terminée et après la stabilisation des résultats dans l’hôtellerie. Cette stabilité mentionnée offre un éventail d’opportunités qu’il faut saisir pour éviter “un frein au développement et au bon tonus économique”.


