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Tenerife : le projet Cuna del Alma de nouveau dans le viseur de la justice

Une enquête judiciaire rouverte à Tenerife

Le projet touristique ultra-polémique « Cuna del Alma » (« Berceau de l’Âme »), situé dans la zone du Puertito de Adeje au sud de Tenerife, est de nouveau sur la sellette. La justice a en effet rouvert l’enquête pénale le concernant, faisant droit aux recours du ministère public et de l’accusation populaire, exercée par l’Association Culturelle Sociale Écologiste Puertito Libre. Cette décision annule l’ordonnance de classement rendue il y a un peu plus d’un mois.

La juge exige le dossier complet et une expertise

C’est la même magistrate du tribunal d’instance numéro 1 d’Arona, Sandra Peraza, qui avait initialement classé l’affaire, qui vient de la rouvrir. Elle exige point par point ce que réclamait le parquet : le dossier complet des travaux que la promotrice est en train de réaliser dans la bande de protection du littoral, ainsi qu’une expertise indépendante de ces travaux. L’objectif est d’analyser s’ils sont conformes à la réglementation en vigueur.

Pas d’arrêt des travaux pour le moment, mais la porte reste ouverte

L’ordonnance rejette pour l’instant la suspension préventive du projet, qui prévoit la construction de plus de 3600 lits touristiques dans l’une des dernières zones non urbanisées du sud de Tenerife. La juge estime que les travaux disposent des autorisations administratives nécessaires et ne remplissent pas, à ce stade, les conditions légales requises pour un arrêt. Cependant, elle « ouvre la porte » à une telle mesure une fois les résultats des nouvelles investigations obtenus. Le ministère public a également indiqué ne pas disposer pour l’instant de la documentation permettant d’adopter une mesure de suspension, « sans préjudice de ce qui pourrait ressortir une fois les nouvelles enquêtes réalisées ».

Le cœur du litige : les travaux en zone protégée

Bien que la plainte vise l’ensemble du projet pour des délits présumés contre l’aménagement du territoire et l’environnement, faux en écriture et prévarication, la question la plus controversée – celle qui a motivé le classement puis la réouverture de l’enquête – concerne les travaux que Cuna del Alma exécute dans la zone de servitude de protection du littoral. Ces travaux ne représentent qu’une petite partie du projet global. La magistrate avait justifié le classement initial en arguant que les travaux avaient été autorisés par la Direction Générale du Littoral du gouvernement des Canaries. La promotrice entend construire dans cette bande protégée une piscine à ciel ouvert, un restaurant et un parking pour buggies, dans le cadre de la future urbanisation de luxe.

Le parquet conteste la légalité des constructions

Dans son recours, le parquet a rappelé que les usages autorisés dans la zone de servitude sont très restreints par la loi. La loi nationale sur le littoral stipule qu’on ne peut y ériger que des ouvrages, installations et activités qui, par leur nature, ne peuvent avoir d’autre emplacement (comme les établissements de culture marine ou les marais salants), ou ceux qui rendent des services nécessaires ou utiles à l’usage du domaine public maritime-terrestre. Le ministère public estime qu’« il nous semble difficile de défendre que ces deux installations ne peuvent avoir d’autre emplacement, ou qu’elles rendent service à l’usage du domaine public, du moins sans avoir connaissance du contenu dudit dossier ».

Un rapport interne défavorable et des alertes environnementales

Le gouvernement régional, formé par la Coalition Canarienne (CC) et le Parti Populaire (PP), a autorisé les travaux dans cet espace car « ils sont bénéfiques pour le tourisme », a rapporté Canarias Ahora. Il existerait pourtant un rapport technique interne considérant qu’ils n’ont pas leur place. Pour l’accusation populaire, la réouverture du dossier est une victoire : « La tentative d’étouffer l’affaire n’a pas fonctionné, la procédure continue et entre maintenant dans une phase clé. La réouverture du cas atteste ce que nous avions déjà dit en son temps : qu’il existait des raisons plus que suffisantes pour enquêter sur l’un des cas de corruption environnementale et urbanistique les plus graves d’Espagne ».

Le dossier réclamé par la juge, auquel ce journal a eu accès, comprend également un rapport de la Sous-direction Générale de la Biodiversité Terrestre et Marine du Ministère pour la Transition Écologique (MITECO). Ce document alerte sur le manque d’informations pour évaluer correctement l’impact de Cuna del Alma. Il rappelle qu’en face du projet se trouve un espace protégé du réseau Natura 2000, la Zone Spéciale de Conservation (ZEC) « Franja Marina Teno-Rasca ». Une documentation suffisante n’a pas été produite pour pouvoir écarter – ou non – l’impact de l’initiative sur l’environnement. Le MITECO avait demandé en décembre 2024 des études supplémentaires, tant sur les actions dans la bande de protection du littoral que sur le projet dans son ensemble. Aucune réponse ne figure dans le dossier.

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