Terrae Gran Canaria 2026 : Le coup d’envoi gourmand est donné
Ce prochain dimanche 15 mars, Terrae Gran Canaria donne dans les terres intérieures de Gran Canaria le coup d’envoi de sa quatrième édition, la troisième consécutive sur l’île. Santa Brígida, plus précisément le Parc Municipal de la Villa, se pare de ses plus beaux atours pour accueillir des milliers de Grancanariens lors d’un événement désormais traditionnel qui ravit chaque année ses visiteurs.
Un tour de l’Espagne des saveurs en quelques cuillères
Le retour en Espagne commence fort avec la cazuela de Xune Andrade (Monte, Asturies, une Étoile Michelin), qui apporte à San Felix sa version du pote asturien par cuillerées. C’est de ces ragoûts dont on a envie même sous le soleil : légumes fondants, charcuterie de caractère et cette sensation de plat maison servi debout, un verre dans l’autre main. Depuis la Catalogne arrivent deux chefs qui connaissent les rizières du Delta de l’Èbre par cœur : Vicent Guimer (L’Antic Molí, Étoile Verte) et Joan Capilla (L’Algadir del Delta, également Étoile Verte). Leur proposition marine tourne autour des riz de poisson et de fruits de mer, un hommage à la Méditerranée où la céréale est la parfaite excuse pour parler de fonds, de poissons et de durabilité sans se prendre au sérieux. Ils nous laissent dans l’attente de voir quels poissons de l’Atlantique ils utiliseront et quelle vision ils en donneront, ce qui sera à coup sûr extrêmement enrichissant.
Les saveurs du Portugal et d’Italie à l’honneur
Le Portugal se joint à la fête avec João Narigueta et Vítor Adão (Poda, Montemor-o-Novo), qui serviront leurs Migas Gatas. Une cuisine du “rien ne se perd” en version gourmande : du pain, de l’ail, du gras bien dosé et cette texture onctueuse qui réclame du pain, même si le pain en fait déjà partie. La représentation italienne est signée Giuseppe Iannotti (Krìsios, deux étoiles Michelin), qui a opté pour des pâtes aux pois chiches, sans effets de manche. Un plat humble, très familial, où un bouillon de légumineuses enveloppe les pâtes et où la haute cuisine se cache derrière une apparente simplicité : un goût net, un fond profond et un souvenir tenace des repas en famille.
Les chefs locaux, gardiens du terroir grancanarien
Sur place, la fine fleur des cuisiniers grancanariens est bien décidée à rappeler qu’ici aussi, on s’y connaît en cuisine réconfortante, en viande et en identité. Nous avons là Carmelo González (Grill La Pasadilla), qui met au feu un ragoût de viande de bête “machorra” (adulte), une déclaration d’amour à l’animal mature et aux cuissons lentes d’antan : sauce foncée, goût corsé et ce point de gélatine qui rend le pain obligatoire. Carmelo Mójica (La Trastienda de Chago) apporte un cochon de lait canarien à basse température avec un mojo aux amandes de Tejeda, où technique contemporaine et paysage se donnent la main : peau croustillante, chair très juteuse et une sauce qui a le goût des terres intérieures et des zones sèches. Pour leur part, Saylem Cuevas et Creusa Ramos (Lemusa Catering, La Aldea de San Nicolás) servent leur chevreau enveloppé de lard, une bouchée pour les amateurs de saveurs intenses : la couenne de lard protège et parfume la viande, ajoute du bon gras et transforme chaque morceau en petite bombe de saveur.
Revisites audacieuses des classiques canariens
Il y a aussi des clins d’œil à cette cuisine, des plats et des produits que nous reconnaissons tous au premier coup d’œil mais revisités par de grands talents locaux comme Aridani Alonso (Casa Romántica, Agaete), qui mise sur un classique qui ne rate jamais son effet : le fromage frit. Croûte dorée, intérieur tendre et la possibilité de l’accompagner de mojos ou d’une confiture, selon l’envie de celui qui s’approche du comptoir. Depuis Agaete, nous poursuivons jusqu’à la capitale, où Alejandro Mederos et Javier Alabadi (Anteo) transforment le puchero (pot-au-feu canarien) en lasagne croustillante de ropa vieja (viande effilochée), fromage canarien et pois chiches frits. Couches, textures et saveur reconnaissable : croustillant à l’extérieur, juteux à l’intérieur avec le pois chiche grillé pour la touche espiègle. Carlos Padilla (Dorotea) arrive avec ses poireaux “hommage”, une tapa qui revendique le légume comme protagoniste. Ici, le poireau cesse d’être un accompagnement pour passer au centre de l’assiette, travaillé avec soin et pensé pour ceux qui aiment quand le végétal commande.
Fromages, vins et ambiance de romería
À tout cela s’ajoutent les fromages artisanaux de l’ASOQUEGRAN, qui permettront de faire un petit tour des fromageries de l’île, et les vins locaux de Vinífilos, Bien de Altura, Ventura et Lava, parfaits pour accompagner chaque bouchée avec le verre qui convient. Le rendez-vous est fixé à ce dimanche 15 mars, de 12h00 à 16h30, au Parc Municipal Villa de Santa Brígida, avec plus de 6 000 dégustations à 3 euros, de la musique live et une ambiance de romería (fête populaire) gastronomique.
C’est la porte d’entrée de trois jours durant lesquels Gran Canaria deviendra l’épicentre du mouvement rural, avec plus de 60 cuisiniers de 14 communautés autonomes espagnoles et une représentation du Portugal et de l’Italie. Mais ici, tout commence de la façon la plus simple : un plat à la main, un verre dans l’autre et l’envie de goûter. Après le succès retentissant à Gáldar en 2024, la consolidation à Agüimes en 2025, ce Santa Brígida 2026 va, j’en suis sûr, pulvériser toutes les prévisions. Mon conseil : venez tôt et laissez-vous porter par les saveurs et les cuillères qui réconforteront le corps au cœur des terres intérieures de Gran Canaria, un formidable coup d’envoi pour Terrae Cocina Rural 2026.


