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Canaries : le tourisme résiste malgré les tensions géopolitiques

Une croissance fragile, suspendue à la paix

L’Alliance pour l’Excellence Touristique (Exceltur) a rendu publique ce mardi son évaluation des résultats de l’activité hôtelière pour le premier trimestre de l’année, ainsi que les perspectives des professionnels du secteur pour les mois à venir. Parmi elles, une augmentation de la demande (de 2,1%) est attendue aux îles Canaries, en raison de leur éloignement géographique du conflit au Moyen-Orient. Mais cette prévision est soumise à une condition importante : “que sa durée soit courte”. Si, après deux semaines, la trêve convenue entre les États-Unis et l’Iran ne se concrétise pas par des pas plus décidés vers un retour à la raison, ces calculs pourraient bien partir à l’égout.

Le prix du baril de pétrole Brent a chuté de 13% à l’annonce de la nouvelle, bien que dans les heures suivantes, les informations concernant de nouvelles attaques contre des installations énergétiques l’aient fait remonter. C’est cette instabilité qui maintient dans le flou toutes les prévisions qui pourraient être émises actuellement. Si les escarmouches se poursuivent et que le ton des menaces reprend de l’ampleur, le coût des hydrocarbures suivra la même trajectoire. Dans ce scénario indésirable, la transmission de cette hausse à l’ensemble des prix se traduirait par une baisse notable du revenu des ménages, ce qui, à son tour, entraînerait une réduction de la demande de voyages.

Les Canaries, destination “refuge” mais pas principale bénéficiaire

Dans tous les cas, le calcul d’Exceltur indique clairement que les Canaries ne seraient pas les principales bénéficiaires d’un éventuel transfert de touristes depuis les zones les plus proches du conflit, ainsi que depuis les destinations nécessitant une escale dans la péninsule arabique (le Qatar et les Émirats arabes unis, principalement). Au deuxième trimestre, de nombreux points de la côte continentale espagnole – ainsi que les Baléares – rejoignent en effet l’offre de soleil et de plage, réservée presque exclusivement aux îles pendant l’hiver.

Dès l’instant où les États-Unis et Israël ont appuyé sur le bouton de la guerre, les tour-opérateurs et agences de voyage ont dû relocaliser leurs clients. Ces derniers ont dû choisir entre récupérer leur investissement ou mettre le cap sur un autre lieu. Dans ce dernier cas, l’archipel était l’une des destinations “refuge”. Encore en pleine haute saison et avec de très bons niveaux de réservation pour la Semaine sainte, les lits disponibles n’étaient pas légion dans la communauté autonome. Néanmoins, des déviations ont existé, même si elles n’ont pas représenté un changement de cap aussi intense que lors du début de la décennie précédente, lorsque le Printemps arabe avait généré des problèmes de sécurité dans des destinations concurrentes comme l’Égypte, la Tunisie ou la Turquie.

Le climat, un atout qui s’estompe au printemps

À partir de maintenant, le climat n’est plus un facteur différenciant. Le printemps adoucit les températures sur toute la côte continentale, plus proche pour la clientèle européenne. En raison de cette proximité, ces destinations génèrent des coûts de transport moindres. C’est pourquoi Exceltur annonce dans son rapport “de meilleures attentes de croissance des ventes” pour la Communauté valencienne (7,7%), Murcie (6,3%) et les Baléares (6,0%). Cependant, c’est précisément la “proximité” qui permet à Castille-La Manche (8,2%) et à l’Estrémadure (7,8%) de se positionner comme les régions qui connaîtront la plus forte croissance d’avril à juin.

Météo capricieuse et volatilité des réservations

L’Alliance pour l’Excellence Touristique, dont font partie Binter, Hospiten, Loro Parque et Baleària, relate également les circonstances auxquelles le secteur touristique a été confronté au premier trimestre 2026. Parmi elles, des “conditions climatiques particulièrement adverses dans des destinations clés” espagnoles, parmi lesquelles elle inclut les Canaries. La dépression Therese du mois dernier a constitué le dernier épisode d’une série de phénomènes météorologiques “générateurs de difficultés opérationnelles”, ainsi qu’une “incertitude” qui a alimenté la “volatilité des réservations”.

Après l’éclatement de la pandémie de Covid-19, le volume de vacances organisées plusieurs mois à l’avance a diminué. Il s’est peu à peu redressé, sans atteindre les niveaux antérieurs, mais se retrouve maintenant confronté à des moments compliqués.

Résilience de l’hôtellerie de luxe et inquiétude des transports

Malgré tout cela, le secteur hôtelier de l’archipel a réussi à maintenir sa robustesse. Exceltur mentionne “la demande vacancière” pour les îles comme l’un des segments du tourisme espagnol qui a continué sur la voie de la croissance. Et dans un contexte d’augmentation du nombre d’arrivées mais de raccourcissement des séjours, elle souligne également que les hôtels “de catégorie supérieure” en sont exempts, et ont enregistré une augmentation de 2,1% des nuitées facturées.

Dans l’ensemble du pays, ce sont les hôtels (4,6%), avec les établissements vacanciers (5,2%) – majoritaires en nombre de lits dans les îles –, très au-dessus des hôtels urbains (3,3%), qui prévoient la plus forte croissance pour le deuxième trimestre. Les entreprises de loisirs (3,3%) adhèrent également à cette vision optimiste du futur immédiat. Dans une moindre mesure, les agences de voyage (2,3%), “plus impactées par le conflit”, le font aussi.

Les compagnies de transport (-1,6%) représentent un chapitre à part, car elles subissent encore plus que les agences les fluctuations que l’ardeur belliqueuse de Trump et Netanyahu introduit sur les marchés. La hausse du prix des carburants justifie leur “plus grande inquiétude pour les mois de printemps”.

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