Un archipel qui défie la géopolitique
Malgré un contexte international complexe – guerre au Moyen-Orient, offensive américano-israélienne contre l’Iran engagée fin février, et opérations israéliennes au Liban – le tourisme aux Canaries se porte comme un charme. Même sans avoir encore intégré les chiffres des jours les plus forts de la Semaine sainte (qui, tombée hors du mois de mars, clôt traditionnellement la haute saison dans l’archipel), les professionnels du secteur affichent une satisfaction évidente.
À ce jour, aucun effet négatif de ces conflits aux répercussions internationales – hausse du prix du pétrole et du gaz, augmentation générale des coûts de transport – ne se fait sentir sur les arrivées de visiteurs étrangers. Et personne ne peut prédire avec certitude comment ce flux de demande, le plus important pour les Canaries, évoluera à l’avenir : la guerre pourrait soit freiner l’activité, soit au contraire l’accélérer, comme ce fut le cas lors du Printemps arabe, qui avait apporté 1,5 million de touristes supplémentaires aux îles, détournés d’autres destinations.
Une troisième année record en ligne de mire
En attendant d’y voir plus clair sur les conséquences de cette conjoncture internationale – certes préoccupante pour le tourisme européen – l’archipel continue de surfer sur la vague. Mieux encore : si le rythme de croissance enregistré au premier trimestre 2026 se maintient, avec une progression de 2,8% des arrivées d’étrangers, cette année pourrait marquer un troisième record consécutif d’affluence touristique en provenance de l’étranger (après des records en 2024 et 2025, 2023 étant passé tout près).
Avec une telle augmentation moyenne, le cap des 16 millions de visiteurs annuels serait franchi (soit environ 400 000 de plus qu’en 2025). En ajoutant la moyenne des touristes espagnols venus du continent, qui s’élève à environ 2,7 millions par an, les 18,4 millions de visiteurs accueillis en 2025 – le record historique actuel – seraient largement dépassés pour se rapprocher des 19 millions. La machine semble inarrêtable.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Selon les statistiques publiées ces jours-ci par l’INE (Institut national de la statistique espagnol) via les enquêtes Frontur et Egatur, le tourisme étranger aux Canaries a atteint 1,56 million de personnes en mars, soit une légère hausse de 0,4% par rapport à mars 2025 (contre 3,3% pour l’ensemble de l’Espagne).
Sur l’ensemble du premier trimestre (janvier à mars), le cumul est encore plus significatif : 4,5 millions d’étrangers, soit une progression relative de 2,8% (contre 2,5% au niveau national). En mars dernier, les Canaries ont attiré à elles seules 23% de tout le tourisme du pays, se hissant au premier rang des communautés autonomes espagnoles (devant la Catalogne, 19%, et l’Andalousie, 17%).
Dépenses records et séjours plus longs
Cette première place, les îles l’occupent également en matière de dépenses touristiques. Selon l’enquête Egatur, les visiteurs étrangers ont dépensé 2,479 milliards d’euros en mars, soit 2,3% de plus qu’en mars 2025. Sur l’ensemble du premier trimestre, la note atteint 6,93 milliards d’euros, représentant 28% du total national (établi à 25,017 milliards, en hausse de 6,3% sur les trois premiers mois).
Il est important de préciser que cette variable de dépense touristique ne correspond pas directement aux recettes que les Canaries tirent ou conservent de leur activité touristique. En mars, la hausse de la dépense n’était pas liée à une augmentation des dépenses individuelles, mais à un allongement de la durée moyenne des séjours, qui se rapproche désormais des neuf jours (8,6 jours précisément).


