Un déséquilibre criant sur le sol rustique
Le sol rustique des îles Canaries abrite environ cinq fois plus de logements de vacances que d’établissements dédiés au tourisme rural, selon les chiffres présentés ce lundi. Alors que l’archipel compte 1 027 hébergements ruraux et emblématiques inventoriés, le nombre de villas et appartements touristiques dispersés dans les campagnes est bien supérieur. Cette situation crée, selon les professionnels, une concurrence déloyale qui exige une mise à jour urgente de la réglementation.
Deux modèles, deux philosophies
Lors de la présentation de la première étude sur la situation du tourisme rural aux Canaries, le président de l’Association du Tourisme Rural de Tenerife (Tenatur), Pedro David Díaz, a souligné la différence fondamentale entre les deux modèles. « Le tourisme rural a un aménagement territorial clair et défini et s’installe là où il doit s’installer. Sa relation avec le territoire et le patrimoine est parfaite », a-t-il expliqué. À l’inverse, « l’implantation des logements de vacances est plus dispersée et ne se rapporte pas directement au patrimoine ou au sol, mais plutôt au marché et à la recherche de revenus ». Ce problème se concentre principalement sur les îles de Tenerife et de Gran Canaria.
Une bureaucratie à deux vitesses
La croissance des logements de vacances s’explique en partie par une charge bureaucratique moins lourde. Pour s’établir sur ce type de sol, une simple déclaration de responsabilité suffit. La conseillère au Tourisme, Jéssica de León, a reconnu le problème : « Les deux modalités sont bonnes pour fixer la population et générer de l’économie en milieu rural, mais il existe une concurrence déloyale étant donné qu’aux Canaries, aucune déclaration responsable n’est vérifiée. Vous pouvez opérer sans que personne ne vous contrôle. »
Un secteur stratégique mais fragile
L’étude, réalisée par Valerio del Rosario de El Cardón NaturExperience, pointe l’absence de définition claire du produit, le manque de stratégie publique spécifique et l’obsolescence de la norme. En positif, elle souligne la valeur stratégique élevée du secteur comme outil de conservation patrimonial et une demande réelle. Selon les données du vice-conseiller au Tourisme, José Manuel Sanabria, sur les 1 027 hébergements ruraux inventoriés, 984 sont actifs, soit un taux d’activité de 95,8%. Ce segment représente environ 5 000 lits, une goutte d’eau face aux plus de 684 000 lits de l’hébergement touristique conventionnel. Son chiffre d’affaires est d’environ 22 millions d’euros, soit 1% du PIB régional du tourisme.
L’urgence de repenser et de promouvoir
« La vocation du tourisme rural n’est pas la croissance exponentielle », a rappelé Pedro David Díaz. Il s’agit d’une modalité qui s’appuie sur le patrimoine, remplissant une fonction publique de préservation. L’objectif est donc de se différencier. Jéssica de León a insisté sur la nécessité d’une promotion distincte dans les salons, mettant en avant un tourisme « plus lent, plus reposé, en contact avec la nature », en phase avec les valeurs de biodiversité que les Canaries tentent de positionner. Elle a aussi alerté sur la disparition progressive des propriétaires, l’activité n’étant pas attractive pour les jeunes générations en l’état. Les conclusions de l’étude plaident pour une simplification administrative et un ajustement dans la future Loi d’Aménagement du Tourisme des Canaries, afin de définir l’avenir du tourisme rural dans l’archipel pour la prochaine décennie.


