Des tuk-tuk dans les rues de Santa Cruz, un débat qui dépasse la simple circulation
Ils existent bel et bien, même s’il n’est pas toujours facile de les croiser. Pourtant, les véhicules tuk-tuk, qui évoquent immanquablement des pays asiatiques et des touristes ébahis au milieu de rues chaotiques et de cultures très éloignées de l’Occident, ont fait leur apparition à Santa Cruz de Tenerife. Une entreprise a même officiellement demandé les autorisations nécessaires, d’abord à la Mairie, puis au gouvernement régional des Canaries.
L’opposition frontale de la mairie et la colère des taxistes
D’emblée, le gouvernement municipal (coalition CC-PP) s’oppose à ces véhicules, qui ont déclenché un rejet catégorique de la part du sous-secteur du taxi. Cette profession est déjà très contrariée par la suppression de stations à des emplacements clés, comme la calle El Pilar, en raison de l’ancienne piste cyclable (démontée suite à une décision de justice), ainsi que par le gel régional des tarifs en vigueur depuis trois ans. Des protestations de taxistes ont déjà eu lieu pour dénoncer leur situation, de nouvelles mobilisations sont annoncées, et certains affirment devoir effectuer des journées de 13 heures ou plus pour rentabiliser leur licence et leur travail afin d’obtenir des revenus décents.
Un enjeu qui symbolise la “touristification” des îles
Toutefois, la possible régularisation des tuk-tuk dépasse les seuls effets sur des collectifs comme celui des taxis. Elle rouvre le débat, en pleines mobilisations de la société canarienne, sur les excès du tourisme de masse et la “touristification” croissante des espaces. Il convient de rappeler que, selon la Mairie de Santa Cruz elle-même, la capitale est l’un des lieux les plus visités de Tenerife, avec le Parc National du Teide. Ces flux se font sentir dans les rues, les bus (de façon de plus en plus évidente), le tramway et les sites de visite quasi obligatoire : les parcs (Sanabria, La Granja…), les places (comme celle d’España ou del Príncipe), la zone maritime et le port, Las Teresitas, les musées…
Un bras de fer administratif en perspective
Si le gouvernement local s’oppose au projet et n’a pas l’intention d’accorder la concession municipale indispensable, il laisse néanmoins ouverte la possibilité que l’entreprise obtienne l’autorisation du gouvernement régional. En effet, il s’agissant d’une activité touristique, c’est la consejería (département) compétente qui doit la permettre. Cependant, même dans ce cas, la mairie de Santa Cruz insiste sur le fait qu’elle n’accorderait pas la concession, ce qui pourrait provoquer un choc entre administrations. Cette situation augmenterait l’incertitude des taxistes et pourrait déboucher sur une période d’activité en attendant qu’un tribunal ne tranche, si l’entreprise décidait de contester la décision municipale. En attendant, la mairie annonce que la Police Municipale continuera d’agir contre ces véhicules conformément à la réglementation, ce qui sous-entend que l’activité ne sera pas permise, ou du moins qu’elle sera sanctionnée.
Le fond du dossier : une activité jugée illégale en l’état
Le gouvernement municipal insiste auprès de Canarias Ahora sur le fait qu’il s’agit, du moins pour le moment, d’une activité non conforme à la réglementation en vigueur pour son exercice dans la commune. Un décret (CDMA-2025/2391) daté de novembre indique qu’il “n’est pas opportun d’accorder ce qui est demandé, car cela n’est pas réglementé dans l’Ordonnance de Circulation de cette municipalité et aucune licence ou autorisation d’activité de quelque nature que ce soit n’est accréditée”.
L’équipe dirigée par José Manuel Bermúdez (CC) rappelle les étapes : une demande d’usage spécial du domaine public pour aménager un ensemble d’arrêts a été déposée le 18 septembre dernier et rejetée en novembre. Puis, le 20 novembre, une “communication préalable de début d’activité” a été présentée. Mais, du fait de sa nature touristique, la compétence revient au gouvernement des Canaries. “C’est pourquoi nous nous sommes adressés à l’exécutif canarien pour qu’il se prononce sur la légalité de cette activité dans notre municipalité”, explique la mairie, qui a transmis le dossier à la consejería du Tourisme et de l’Emploi.
Une future régulation municipale inévitable mais non souhaitée
Les autorités locales précisent que si l’activité était autorisée par le gouvernement régional, elle devrait malgré tout être régulée au niveau municipal par une concession, car elle implique un usage spécial du domaine public. Le décret municipal justifie cette intervention pour des “raisons d’intérêt public impérieux comme l’organisation du trafic, la sécurité, la santé publique ou la protection de l’environnement”.
La position de la mairie reste ferme : “Lorsque ce moment arrivera, une décision sera prise conformément au cadre juridique en vigueur, bien qu’il n’y ait pas l’intention d’autoriser de nouvelles concessions de ce type dans la ville.” En attendant, elle réaffirme que la Police Municipale agira en fonction de la réglementation. Par conséquent, “pour le moment et en l’absence de la concession municipale requise”, elle devra empêcher cette activité ou imposer les sanctions appropriées.


