Un 1er mai sous le signe de la revendication sociale
Le mois de mai a débuté comme il le fait depuis plus de 130 ans, avec la célébration de la Fête internationale du travail. Ce vendredi, plus de 3 000 Canariens sont descendus dans les rues de l’archipel pour célébrer les droits acquis au fil de l’histoire, mais aussi pour exiger des améliorations pour une classe ouvrière qui, selon les organisations syndicales, continue de subir une « précarité professionnelle » malgré l’amélioration des chiffres de l’emploi.
Les principales revendications de la journée
L’augmentation des salaires, la fin de la figure du « travailleur pauvre », le refus de la guerre en Iran ou encore l’accès au logement ont été les principales revendications d’une journée qui, tombant en plein pont de l’Ascension, a connu une affluence moindre que les années précédentes. Selon les données de la Délégation du gouvernement, la manifestation organisée à Las Palmas de Gran Canaria a rassemblé environ 1 100 personnes. À Santa Cruz de Tenerife, où deux cortèges étaient prévus – l’un mené par l’UGT, la CCOO et l’USO, l’autre piloté par la Fédération syndicale ouvrière –, on comptabilisait au total environ 2 100 participants, 4 000 selon les organisateurs.
« De meilleurs salaires pour vivre dignement sur notre terre »
Luis de la Barrera, avocat intérimaire au sein de l’administration régionale, s’est rendu ce matin à la manifestation de Las Palmas de Gran Canaria, avant d’aller à la plage, pour dénoncer le fait que la situation des salaires aux Canaries reste « à la traîne du reste du pays ». À ses yeux, cela se traduit par des difficultés croissantes pour faire face aux dépenses de base comme le loyer ou le panier de courses. Ce jeune homme de 33 ans a défendu l’importance de mobilisations comme celle du 1er mai pour mettre en lumière la nécessité d’améliorer les conditions de travail et de garantir que la population active puisse vivre dans l’archipel sans être contrainte à l’émigration. « L’objectif est d’obtenir de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail et ainsi de mieux vivre sur notre terre, sans avoir besoin de partir », a-t-il souligné.
La figure du « travailleur pauvre » au cœur des débats
Sa réflexion rejoint l’une des idées les plus répétées au cours de la journée, celle du « travailleur pauvre ». « Il ne s’agit plus seulement d’avoir du travail aux îles, mais que les conditions proposées par le patronat et par les administrations soient de qualité », a expliqué De la Barrera au début du rassemblement.
Cette perception est partagée dans des secteurs clés comme l’hôtellerie-restauration. Jordana García, serveuse dans un établissement hôtelier, s’est plainte ce matin que malgré le poids du tourisme dans l’économie de la région, cette croissance ne se reflète pas dans les revenus de ceux qui travaillent dans le secteur. « On nous dit que nous vivons du tourisme, mais les travailleurs ne le voient pas dans leurs poches. Seuls les grands patrons le voient », a-t-elle défendu. Selon la jeune femme, ce type de rassemblements est nécessaire pour, face à cette réalité déséquilibrée, « consolider les droits déjà existants et progresser vers de nouvelles améliorations professionnelles ».
Le logement, une urgence pour les jeunes Canariens
Les difficultés rencontrées par les Canariens pour accéder à un logement ont été un autre thème récurrent ce matin lors des manifestations organisées dans les îles. Le secrétaire général de la CCOO de l’Industrie aux Canaries, Juan Miguel Hernández, a rappelé que, malgré les augmentations du salaire minimum, une partie importante de la population jeune n’a pas de « projet de vie viable ». Il a directement lié cette situation à la hausse des prix du logement et a plaidé pour le développement de politiques publiques qui « facilitent l’accès à un foyer dans des conditions dignes ».
Les aidantes, des invisibles en lutte
À côté de ces revendications, d’autres réalités moins représentées se sont également fait entendre ce matin. Miriam Tejera, porte-parole de la Plateforme étatique des aidantes principales, est descendue dans la rue pour réclamer la reconnaissance d’un travail qui, selon elle, s’effectue de façon ininterrompue et sans droits sociaux équivalents. Elle a insisté sur la nécessité de rendre visible ce travail pour qu’il puisse être reconnu sur les plans institutionnel et social, dans un contexte où nombre de ses collègues n’ont pas pu se rendre aux manifestations en raison des exigences même de leur rôle d’aidante. « Il manque un peu d’élan chez les jeunes et il faut que les gens voient que descendre dans la rue a un impact. Nous ne pouvons pas baisser les bras, nous devons continuer à crier », a-t-elle défendu.
« Non à la guerre », un cri porté par toutes les générations
Le mot d’ordre « non à la guerre » était également très présent lors de la célébration du 1er mai. La retraitée María Ángeles Sánchez Domínguez s’est protégée du soleil avec son chapeau et ses lunettes et n’a pas hésité à descendre dans la rue pour soutenir les marches organisées pour la Fête du travail. La Canarienne a défendu l’importance de ne pas rester indifférent aux problèmes internationaux et de revendiquer le respect du droit international. « Nous ne pouvons pas ignorer les problèmes qui existent dans le monde. Nous devons défendre nos droits, qui sont bafoués par ceux qui se croient les élites », a-t-elle déclaré.
Sánchez a regretté que tous les jeunes Canariens ne soient pas conscients de l’importance de défendre la liberté. « Nous n’avons pas su apprendre à nos enfants que la liberté doit être défendue chaque jour, même s’ils sont nés avec elle », a-t-elle ajouté. Ángel Escarpa, libraire retraité de 89 ans, s’est joint à la mobilisation en signe de soutien à la classe ouvrière et a rappelé que les droits sociaux sont le fruit de décennies de lutte. Selon lui, la défense de ces conquêtes exige un engagement constant et une plus grande participation à l’espace public. « Se plaindre dans son fauteuil à la maison, c’est facile. Il faut se battre pour les choses et descendre dans la rue tous les jours », a-t-il insisté.
Les syndicats appellent à une meilleure redistribution des richesses
Sur le plan syndical, les représentants des principales organisations ont également mis l’accent sur la nécessité de progresser sur des améliorations concrètes pour la classe ouvrière canarienne. Le secrétaire général de l’UGT Canaries, Manuel Navarro, qui a participé à la manifestation de Santa Cruz de Tenerife, a réclamé des avancées en matière de santé au travail et une augmentation des salaires face aux « répercussions » économiques liées au contexte international, qui, selon lui, affectent « très directement le porte-monnaie des familles canariennes ».
Dans la même veine, la secrétaire générale de la CCOO aux Canaries, Vanesa Frahija, s’en est prise au patronat, estimant que la croissance économique actuelle de la région ne se traduit pas par une réelle amélioration pour les travailleurs. Elle a critiqué l’« enrichissement » des entreprises alors que, selon elle, on assiste à une « déloyauté absolue envers la classe ouvrière », avec une redistribution des richesses qui « brille par son absence ».
La réponse politique et les mobilisations dans toute l’Espagne
Le président du gouvernement des Canaries, Fernando Clavijo, a utilisé ses réseaux sociaux pour adresser un message de reconnaissance aux travailleurs de l’archipel. « Il y a des acquis, mais il existe des défis importants que nous devons relever, comme la stabilité de l’emploi et la distribution générale des richesses des secteurs productifs », a-t-il publié sur X (anciennement Twitter). Dans son message, il a également plaidé pour le renforcement « du dialogue et des accords » comme voie pour que le travail permette d’améliorer les conditions de vie.
La célébration du 1er mai a également vu la participation de personnalités politiques. À la manifestation de Las Palmas de Gran Canaria, on notait la présence du ministre Ángel Víctor Torres, accompagné de représentants socialistes comme Carolina Darias, Sebastián Franquis ou Elena Máñez.
Au-delà de l’archipel, des mobilisations ont eu lieu dans de nombreuses villes espagnoles. Le point d’orgue était cette année à Malaga, où les leaders syndicaux de la CCOO et de l’UGT ont mené une journée marquée par des revendications similaires à celles avancées aux Canaries, avec une attention particulière portée à l’accès au logement et à l’amélioration des salaires dans un contexte de croissance économique qui, selon eux, ne se traduit pas de manière équitable dans le pouvoir d’achat de la classe ouvrière.


