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Cuna del Alma à Tenerife : le Parlement ouvre une enquête

Le Parlement des Canaries se saisit du dossier Cuna del Alma

Le Parlement des Canaries a franchi une première étape pour enquêter sur les travaux du projet touristique controversé Cuna del Alma, situé dans la zone de servitude de protection du littoral que le gouvernement régional a autorisé début de l’année dernière, au motif qu’il était bénéfique pour le tourisme, comme l’a révélé Canarias Ahora. Le bureau de la chambre a admis au feuilleton une plainte administrative déposée par plusieurs collectifs sociaux et écologistes, dont El Tagoror Permanente Rotativo, Rebelión Científica Canarias, La Gaveta 20A et l’Assemblée Revendicative Canarienne (ARCAN), ainsi que par la famille Galindo, affectée par une expropriation à El Puertito de Adeje.

Une plainte transmise à toutes les instances concernées

La plainte a également été envoyée au ministère régional des Travaux Publics, du Logement et de la Mobilité, à l’Agence Canarienne de Protection du Milieu Naturel (ACPMN), au Cabildo (conseil insulaire) de Tenerife et au ministère espagnol pour la Transition Écologique et le Défi Démographique. Le Parlement a ordonné à la Commission du Statut des députés et des Pétitions, où siègent tous les partis politiques, d’étudier la dénonciation. Ses membres devront rendre une décision finale et en informer les plaignants, qu’ils pourront convoquer à une audition spéciale afin qu’ils exposent les détails du dossier.

Des pouvoirs limités mais une capacité d’investigation

Bien que les prérogatives du Parlement soient très limitées (il ne pourrait pas, par exemple, paralyser les travaux), il peut exiger du gouvernement, formé par Coalition Canarienne et le Parti Populaire, qu’il remette tous les dossiers, rapports et documents concernant Cuna del Alma, leur demander des comptes ou ouvrir une commission d’enquête. Il dispose en principe de trois mois pour prendre une décision. Les membres de la Commission sont Marcos Guillén (PSOE), Socorro Beato (CC), María Saavedra (PP), Yone Caraballo (Nueva Canarias), Paula Jover (Vox), Jesús Chinea (ASG) et Raúl Acosta (groupe mixte).

Une “complicité institutionnelle” dénoncée dans un site sensible

Les collectifs dénoncent la “complicité institutionnelle” du gouvernement des Canaries pour faciliter les démarches administratives de Cuna del Alma, un projet touristique qui prévoit la construction de plus de 3 600 lits touristiques dans l’une des dernières zones non urbanisées du sud de Tenerife, entourée d’une Zone de Conservation Spéciale (ZEC), d’un Site d’Intérêt Scientifique (SIC) et d’un Lieu d’Intérêt Géologique (LIG) désigné par l’Institut Géologique et Minier (IGME). Ils se concentrent particulièrement sur les travaux autorisés par la Direction Générale du Littoral dans la bande de protection côtière, où les usages sont très restreints.

Une autorisation jugée contraire à la loi

Selon la réglementation, seules peuvent être implantées dans cette zone “des constructions, installations et activités qui, de par leur nature, ne peuvent avoir d’autre emplacement, comme les établissements de culture marine ou les marais salants, ou celles qui fournissent des services nécessaires ou appropriés à l’utilisation du domaine public maritime-terrestre”. Cependant, l’exécutif a donné son feu vert à des travaux incluant une piscine à ciel ouvert, un restaurant et un parking pour buggies, au motif que cette action “est appropriée pour le modèle économique canarien basé sur le tourisme de masse”.

Le service du Littoral avait initialement rédigé un rapport rejetant les travaux, arguant qu’ils pouvaient avoir un autre emplacement en dehors de la zone de servitude et qu’ils ne fournissaient pas un service nécessaire ou approprié au domaine public. Mais après que le promoteur a présenté ses arguments, il a adopté ses postulats et a finalement autorisé la construction “pour veiller à ce que [les plages des Canaries] soient équipées de ce type de services”.

Un projet aux impacts territoriaux majeurs

Il convient de rappeler qu’il ne s’agit que d’une petite partie de l’action de Cuna del Alma à El Puertito de Adeje, précisément 5,25% de la parcelle T2, qui s’étend sur environ 45 000 mètres carrés. Le plan d’ensemble couvre quant à lui quelque 430 000 m². Les plaignants estiment qu’une autorisation de ce type mérite une motivation renforcée, qui est “inexistante ou au minimum insuffisante en l’espèce”. Ils indiquent que la justification (le fait que c’est bon pour le tourisme) est “générique, abstraite et décontextualisée” car elle ne tient pas compte “de la réalité territoriale et socio-économique d’Adeje”, l’une des municipalités subissant la plus forte pression urbaine et touristique des Canaries.

“Le feu vert pour Cuna del Alma contribue à aggraver les déséquilibres territoriaux déjà existants, en augmentant la pression sur le littoral, en compliquant l’accès au logement pour la population résidente et en approfondissant un modèle de saturation touristique et de développement effréné largement documenté et fortement remis en question par une bonne partie de la population canarienne qui en subit déjà les conséquences : inflation galopante des prix, effondrement des routes, pollution des eaux, des montagnes et des cieux, manque de ressources, effondrement sanitaire, augmentation des mafias, de la spéculation et de la corruption politique”, expose la plainte.

Des alertes ignorées et des promesses non tenues

Les collectifs se réfèrent également au rapport du ministère espagnol pour la Transition Écologique (MITECO) qui alertait sur le manque d’informations pour évaluer de manière adéquate ces mêmes travaux dans la bande de protection côtière. L’État avait demandé davantage de documentation et d’études, mais rien n’indique qu’ils aient été fournis. Ils soutiennent qu’il existe une “complicité institutionnelle par action de l’exécutif autonome” pour favoriser le projet polémique. Ils rappellent que le conseiller à la Transition Écologique et à l’Énergie de l’archipel, Mariano Zapata (PP), avait promis en septembre 2023 qu’il “ne se mettrait pas de profil et serait scrupuleux avec la légalité”. Deux ans et demi plus tard, les écologistes défendent qu’il y a eu un “changement d’avis et une renonciation à agrer” de sa part.

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