Mineurs migrants aux Canaries : la réalité derrière les préjugés
L’un des arguments récurrents des opposants à l’accueil de mineurs migrants sous tutelle des Canaries dans leur ville ou communauté est le lien supposé avec une hausse de la délinquance, comme on a pu le voir récemment avec les événements survenus dans la localité cantabrique de Cartes. Mais cette affirmation est-elle fondée ? Des députés du Parlement européen, en visite en septembre dernier pour évaluer la situation de la Route canarienne, ont posé la question directement à la procureure des Mineurs du Tribunal suprême espagnol, Teresa Gisbert, et à la procureure en chef de la communauté autonome des Canaries, María Farnés Martínez.
Une augmentation des délits, mais des victimes avant tout
L’entretien avec les deux magistrates s’est tenu à huis clos, mais les eurodéputés ont consigné leurs réponses dans un rapport de 37 pages publié cette semaine. Ce document, qui contient les recommandations de la Commission des pétitions du Parlement européen à l’UE et aux autorités espagnoles concernant la migration aux Canaries, est sans équivoque. Les deux procureures ont confirmé à la délégation européenne une augmentation de la délinquance dans l’archipel suite à l’arrivée de mineurs non accompagnés, mais avec une nuance cruciale : “Les délits sont principalement commis contre eux”.
Le rapport précise : “Si les rapporteurs reconnaissent que certains mineurs migrants peuvent commettre des infractions, ils insistent sur le fait que la majorité sont victimes de délits tels que l’exploitation, sexuelle et professionnelle.”
Des violences subies au sein même des centres d’accueil
Quels sont les délits subis par les jeunes Africains accueillis aux Canaries ? Teresa Gisbert et María Farnés Martínez ont également donné des détails aux députés. Le rapport relate qu’elles ont cité des bagarres, des insultes et des agressions sexuelles, “qui se produisent principalement dans les centres d’accueil”.
Lors de la visite de ces six eurodéputés en septembre 2025, la Police canarienne et le Tribunal de protection de l’enfance et de l’adolescence de Las Palmas de Gran Canaria – le seul en Espagne spécialisé dans ce domaine – avaient déjà lancé l’opération qui a abouti à la fermeture de quatre centres d’accueil pour mineurs. Ces fermetures faisaient suite à des suspicions de mauvais traitements et de racisme envers les résidents.
La procureure en chef des Canaries elle-même a évoqué la raison de ces fermetures : des abus commis par le personnel des centres contre les mineurs migrants dont ils avaient légalement la charge.
Le rejet d’un terme jugé “déshumanisant”
Par ailleurs, la procureure Gisbert a répondu à un eurodéputé l’interrogeant sur les “MENAs” (Mineurs Étrangers Non Accompagnés) pourquoi ni le Parquet ni elle-même n’utilisaient plus cet acronyme. L’élu concerné, Jorge Buxadé (Vox), défendait pourtant l’usage de ce terme, le jugeant “ni raciste ni xénophobe” et “internationalement accepté”.
La représentante du Parquet espagnol pour les questions des mineurs a rétorqué à M. Buxadé que l’institution “rejette fermement l’utilisation du terme MENA, le considérant comme déshumanisant et parce qu’il se centre sur leur condition d’étrangers et non sur leur vulnérabilité en tant que mineurs”. Elle a ajouté que ce type d’usage avait, selon le Parquet, conduit certains citoyens à associer ce concept à des délits ou à des situations problématiques.


